MEDEA

Un interrogatoire, un mort et le dénouement onze ans après

Le Quotidien d'Oran, 24 juin 2006

Onze années après le malheureux drame dont il avait été l’acteur principal, le dénommé D.B, inspecteur de police à l’époque des faits, retrouve en fin sa liberté mais surtout la paix de l’esprit. Une affaire d’homicide qui avait été déjà jugée une première fois au mois de juin 2004, par le tribunal criminel près la cour de justice de Médéa et qui est revenue, une deuxième fois, après cassation auprès de la cour suprême lundi dernier, devant le même tribunal mais avec une composante différente bien évidemment. Un premier jugement qui avait condamné l’accusé D.B, âgé de trente-six ans, le jour des faits, né à Sour El-Ghozlane dans la wilaya de Bouira et demeurant à Tablat dans la wilaya de Médéa, à cinq années de prison ferme et à trente-quatre millions de centimes au profit de la famille de la victime, à titre de dédommagements. Selon l’arrêt de renvoi dressé par la chambre l’accusation, il ressort que le 13 septembre 1995, à l’intérieur du siège de la sûreté de daïra de Tablat, au cours d’un interrogatoire de routine, mené par l’accusé D.B, la victime A.R, âgée de 22 ans à l’époque, avait été grièvement blessée par une arme à feu. Elle décédera, une semaine plus tard, à l’hôpital Z’Mirli d’El Harrach, dans la wilaya d’Alger. Appelé à la barre, l’accusé dira: «Le comportement assez louche de la victime que Dieu ait son âme, de surcroît étrangère à la ville de Tablat, nous avait poussés à l’emmener au siège de la sûreté pour les besoins d’un simple interrogatoire; en ces temps difficiles de la décennie noire, Tablat étant connue alors pour être un fief de terroristes.

alheureusement, au cours de l’interrogatoire, la victime avait tenté de s’enfuir, sans raison apparente. Je l’avais poursuivie jusqu’au portail du siège et tiré un coup de feu de sommation avec mon arme de service, un Béretta 7,65 mm, le blessant malencontreusement. Mais, monsieur le président, je n’avais à aucun moment pensé à tirer pour tuer. Je le jure devant Dieu Tout-Puissant». Et le président du tribunal de rétorquer: «ce n’est pourtant pas ce qui est rapporté dans le dossier d’instruction: le drame avait eu lieu à l’intérieur de votre bureau, l’arme utilisée une kalachnikov, et la victime était accompagnée de deux autres personnes. Les trois étant des amis venus de Baraki pour une visite familiale, chez la soeur de la victime».

Malgré le temps assez long qu’a pris l’interrogatoire de l’accusé et les témoignages successifs d’un ami de la victime présent lors du drame selon lui, du père de la victime, du chef de la sûreté de daïra de Tablat à l’époque des faits et du directeur de l’hôpital Z’Mirli d’El-Harrach, la complexité, le flou et des zones d’ombre plancheront dans la salle d’audience. L’avocat de la partie civile se contentera de dire: «mon client n’ayant pas introduit de recours à l’issue du premier jugement, pardonne sur terre et devant Dieu. Il voudrait juste savoir véritablement pourquoi et comment son fils est mort». Quant à la procureur de la République, elle dira que «la scénario relaté par l’accusé (la balle ayant ricoché sur une pierre pour aller atteindre la victime) ne tient pas debout. Nous sommes en présence d’un homicide volontaire avec préméditation et les preuves en sont suffisantes. C’est pour ces raisons que nous réclamons vingt ans de prison ferme».

Pour les trois défenseurs de l’accusé: «le dossier est vide aucun rapport officiel, aucune expertise balistique, ni autopsie, n’avaient été faites, pas de photos de la victime qui est décédée huit jours plus tard. Qui pourrait aujourd’hui, prouver qu’elle était morte des suites des blessures contractées à Tablat? Notre client servait l’Etat dans des moments très difficiles, au péril de sa vie, avec pour mission sacrée de permettre à la République de rester debout. Et en guise de reconnaissances, le ministère public lui avait offert la peine capitale, lors du premier jugement, et vingt ans de prison aujourd’hui! Cette triste affaire a déjà fait une victime, le jeune A.R que Dieu ait son âme et elle risque d’en faire une deuxième, notre client qui est en prison depuis le 16 juin 2004. Nous demandons à cet honorable tribunal de lui accorder les circonstances atténuantes les plus larges et pourquoi pas son acquittement à l’ère de la paix et de la réconciliation nationale».

Après délibérations, le tribunal criminel près la cour de justice de Médéa, siègeant pour sa deuxième session de l’année 2006, a condamné l’accusé D.B à deux années de prison ferme, synonymes d’élargissement immédiat, cette peine ayant été purgée deux jours avant la tenue de ce procès.

Rabah Benaouda

   
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