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ILS
VEULENT RÉCOLTER 1,5 MILLION DE SIGNATURES
CONTRE LE NOUVEAU CODE DE LA FAMILLE
Les
islamistes bloquent le jeu
L'Expression,
18 septembre 2004
Le texte de loi
ne sera finalement pas débattu lors du conseil
des ministres de ce matin. Peut-être même ne le sera-t-il
jamais.
Les islamistes, partis en guerre ouverte contre le code de la famille,
viennent-ils de remporter leur première victoire? Rien n’est
moins sûr. Encore faut-il préciser que la naissance d’une
instance qui se fixe pour objectif la récolte d’un million
et demi de signatures pour empêcher les amendements prévus
a de quoi inquiéter les esprits les plus optimistes. Cela est
d’autant plus vrai que des sources proches du gouvernement, qui
nous indiquaient, mercredi, que le projet de code de la famille devait être
soumis à l’approbation du conseil des ministres, dont
la tenue est prévue ce matin sous la présidence du chef
de l’Etat, vient d’être retiré sans qu’aucune
explication officielle n’en ait été fournie. Or,
les mêmes sources précisent simplement que «Bouteflika,
qui joue à fond la carte de la réconciliation, préfère
attendre que les ardeurs des uns et des autres se calment avant de
poursuivre sa démarche».
En clair, même si le président sait parfaitement qu’il
jouit d’une très confortable majorité au parlement,
avec le FLN, le RND, le tiers sénatorial qui lui est acquis, et
probablement le MSP, il ne veut quand même pas provoquer des divisions
assez profondes dans la société entre ceux qui prônent
l’abrogation du code de la famille et ceux qui, au contraire, se
battent résolument pour le maintien du texte de 1984. Il s’agit
en somme, d’un «recul tactique», comme nous l’expliquent
nos sources puisque Bouteflika ne désespère pas de faire
admettre aussi bien aux uns qu’aux autres la nécessité de
mettre en application ces réformes. Force est de souligner, du
reste, que ces idées ne sont pas demeurées tout à fait
sans écho. Si le PT, en effet, continue de se battre pour l’abrogation
de tous ces textes afin que ne soit appliqué que le code civil,
il n’en demeure pas moins que ce parti soutient implicitement les
réformes édictées par la commission mise en place
par Bouteflika. Il en va de même pour le RCD dont le président,
lors de son université d’été, avait mis en
exergue tout le bien qu’il pensait des nouveaux textes, mais aussi
de la nécessité de chercher un juste milieu dans ces risques
de déchirements de la société, dans le strict respect
de la maxime qui veut qu’«un tiens vaut mieux que deux tu
l’auras».
Le camp des islamistes, qui jouit du soutien d’un puissant groupe
de pression, composé par des représentants de la société civile,
vient même de lancer une pétition visant à rassembler
pas moins de 1,5 million de signatures.
Les premiers signataires, outre le président de l’Association
des oulémas musulmans, Abderrahmane Chibane, sont notamment des
responsables du MSP et d’El-Islah, mais aussi des cadres supérieurs
et des hommes de loi très médiatisés, telle que
Me Fatima Ben Braham. Des dirigeants de puissantes zaouias, notamment
ibadhites, font également partie des signataires. Cela explique
donc pourquoi Bouteflika a préféré opérer
ce recul tactique. Outre le fait qu’il ne veut pas provoquer un «hiatus»,
peut-être impossible à combler au sein de la société algérienne,
nul n’ignore toute la considération que voue le président
aux zaouias qu’il oeuvre à réhabiliter et dont il
a fait un des atouts majeurs en faveur de sa réélection.
Pour revenir à la pétition en question, que même
Ali Benhadj pourrait signer puisqu’il a déjà eu à se
prononcer sur le sujet, ses concepteurs tentent de tempérer leurs «revendications» en
intitulant leur mouvement «Instance nationale pour la protection
de la famille». Prenant à contre-sens le second homme de
l’Etat, l’instance en appelle à un référendum
sur ce qu’elle qualifie de «question qui concerne l’ensemble
des Algériens». Les slogans lancés à l’appui
de cette pétition sont les suivants: «Oui au recours à l’enrichissement
juridique, oui à l’amendement, non au montage sélectif
des textes juridiques, non à des décisions imposées
par le haut». Ainsi, et même si les objectifs réels
poursuivis n’échappent à personne, force est de constater
que les concepteurs de l’appel ont parfaitement su les draper «d’atours» séants
pouvant leur garantir le nombre de signatures annoncées.
La pétition, qui sera adressée au président Bouteflika,
comportera un texte dont le contenu serait encore en discussion, mais
qui ne sera pas tellement différent des slogans cités plus
haut. Dans le texte en question, si un soutien clair est apporté à des
amendements, il n’en est pas moins précisé que ceux-ci
ne sauraient absolument pas se faire en dehors de la religion musulmane.
«
Nous appelons les Algériens et les Algériennes à se
mobiliser pour la défense de la famille et à faire front
contre les tentatives d’abroger le code de la famille et lui substituer
des lois importées ou fabriquées à partir de morceaux
de législations de différentes écoles juridiques
musulmanes sortis de leur contexte et utilisés en dehors de ce
dernier».C’est donc dans le camp islamiste que le compromis
demeure le plus hypothétique. Curieusement, les deux frères-ennemis
que sont le MSP et El Islah, censés être «fâchés» depuis
les sénatoriales de l’année passée, font désormais
cause commune. L’un et l’autre, sortant leurs bâtons
de pèlerin, sillonnent le territoire national, multiplient les
sorties publiques et médiatiques, plus intempestives les unes
que les autres, fustigeant toutes, sans la moindre retenue, les projets
de réformes, accusés d’avoir été «orientés
dans le sens contraire à celui que leur avait imprimé la
commission».
Des membres de celle-ci, on s’en souvient, avaient élevé les
mêmes griefs. Or, le ministère de la Justice n’a eu
de cesse de démentir de pareilles assertions puisqu’il est
affirmé que «le projet de loi a été strictement
basé sur le rapport final qui lui a été publiquement
remis par les membres de cette commission venus se plaindre plus tard
de n’avoir même pas terminé leurs travaux».
La preuve que ce doit être le ministère qui a raison réside
bien dans le fait que l’ensemble des membres de cette commission
montés au créneau, ont été incapables de
produire à l’appui de leurs accusations le document officiel,
portant l’accusé de réception du garde des Sceaux,
dont le contenu serait contraire au projet de loi en question.
Mohamed ABDOUN
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