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Après la montée au créneau des
islamistes à propos du code de la famille
La
riposte des démocrates
Par
Souhila Hammadi, Liberté, 9 septembre 2004
Des
démocrates, dont des militantes du mouvement féminin,
accusent les islamistes, qui rejettent la révision du code de la
famille, de malhonnêteté politique et d’hypocrisie.
Depuis plusieurs semaines, les leaders des milieux islamistes, dont
les présidents du MSP et d’El-Islah et aussi des imams, s’échinent à monter
l’opinion publique contre de spécifiques amendements contenus
dans l’avant-projet de révision du code de la famille (il
sera examiné par le Conseil des ministres lors de sa prochaine réunion).
Des responsables de partis politiques et des défenseurs des droits
de la femme ont décidé de s’engager, à leur
tour, dans le débat public afin de replacer, dans sa véritable
dimension, une question qui tend à servir d’arme politique à des
partis en mal d’existence.
Nadia Aït Zaï, juriste et militante de la cause féminine,
déclare que les islamistes trompent l’opinion publique par
une mauvaise interprétation des préceptes de la charia.
Elle avance, comme argument, que le Coran ne contient aucun verset
imposant
le tutorat matrimonial.
La charia non plus. “Il ne faut pas parler de charia, mais de fiqh,
qui n’est qu’une multitude d’écoles juridiques.
L’imam Malek a donné sa propre interprétation de la
tutelle. Il ne fait pas le consensus”. Elle répète
inlassablement que s’accrocher à cette disposition, au XXIe
siècle, est absurde. “Les arguments des islamistes ne sont
fondés ni religieusement, ni sociologiquement, ni politiquement.
Il est temps de reconnaître à la femme un statut de personne.
Les amendements doivent être adoptés tels qu’ils sont
proposés. C’est important”. Mme Aït Zaï estime
que le combat des femmes ne sera pas terminé, y compris après
l’entrée en vigueur d’un code de la famille révisé.
Il n’en demeure pas moins qu’elle juge opportun de soutenir
le gouvernement dans son action. “Agissons par pragmatisme en profitant
de la volonté politique qui est manifestée pour arracher
des acquis”, conclut-elle. Mme Belala, présidente de SOS Femmes
en détresse, abonde dans le même sens en qualifiant le projet
du gouvernement de positif, malgré ses insuffisances. “Nous
pouvons dire que c’est un soulagement pour beaucoup de femmes qui
vivent une situation dramatique, à cause des dispositions du code
de la famille”. Elle se dit choquée d’entendre des islamistes,
dont des imams (elle cite un prêche donné récemment
dans une mosquée d’El-Biar), diaboliser les femmes qui revendiquent
leurs droits et juger l’heure grave pour les musulmans. “J’ai
l’impression de revenir à l’époque du FIS (dissous),
car les femmes sont, à nouveau, la proie des islamistes”.
Pour elle, les partis islamistes sont animés par des gens qui prônent
le double langage. “Ils se disent démocrates, mais défendent,
dans le même temps, des idéaux obscurantistes”. Le RCD
se montre peu amène et avec les pouvoirs publics et avec les islamistes. “Le
code de la famille fait partie des grands dossiers qui ne bénéficient
pas de volonté politique chez les décideurs pour lui trouver
une solution générale et globale. Il s’agit, aujourd’hui,
de replâtrage, même si je reprends les propos de Nadia Aït
Zaï, lors de son intervention à l’université d’été,
où elle dit que les amendements proposés sont bons à prendre”,
souligne M. Khendak, secrétaire national adjoint à la communication
du parti qui a de tout temps exigé l’abrogation pure et simple
de la loi de 1984. “Quant à la danse du ventre des islamistes,
nous savons très bien, quand bien même ils laisseront des
plumes sur cette question, que leur seul intérêt est la politique
de l’entrisme et leur maintien dans les sphères du pouvoir…”,
poursuit notre interlocuteur, qui ne nourrit aucune illusion sur la constance
de ces partis au moment de l’adoption du projet du gouvernement. “Encore
une fois, ils feront preuve de malhonnêteté politique”. À partir
de là, le responsable du RCD tire ses déductions sur l’alliance
présidentielle, laquelle fait apparaître de grandes divergences
de visions entre notamment le RND et le MSP. “C’est une coalition
fondée sur le partage des postes et non pas sur un programme”.
Certainement pour ne pas envenimer outre mesure la situation, le
RND n’a
pas voulu épiloguer sur l’agitation du MSP et d’El-Islah
autour d’un projet qu’il soutient mordicus. “Les responsables
islamistes sont souverains dans leurs positions et déclarations.
Quant à nous, nous dirons notre dernier mot à l’APN”,
déclare Miloud Chorfi, porte-parole du Rassemblement. Plus direct,
Djelloul Djoudi du Parti des travailleurs, affirme que “le groupe
parlementaire du PT s’attellera à défendre les droits
de la femme dès que le projet de révision du code de la famille
arrivera à l’Assemblée nationale”. Il s’agit,
pour ce parti, de continuer à porter une revendication vieille de
vingt ans, c’est-à-dire l’abrogation du code de
la famille.
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