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MOHAMED HARBI REVIENT SUR LE 8 MAI 1945 «Le poids des nostalgiques»De Notre Correspondant A Paris: S. Raouf, Le Quotidien d'Oran, 13 mai 2006 Absent des récents colloques de Guelma et d'Alger sur le 8 mai 1945, Mohamed Harbi n'est pas resté en marge des réflexions tous azimuts sur le sujet. Il a fait entendre sa voix via les colonnes du quotidien parisien L'Humanité. Avec sa rigueur habituelle, l'historien a apporté sa contribution aux débats qui, depuis un an, revisitent l'événement sous ses moindres recoins. Et s'efforcent de le remettre en perspective sur fond d'énième polémique sur le fait colonial. Révolte spontanée ? Insurrection organisée ? Manifestation pacifique qui a dérapé sous l'effet de la répression coloniale ? Les faits ont toujours inspiré des lectures différentes. Qu'en pense Mohamed Harbi ? «Au regard des documents et témoignages dont nous disposons, on ne peut pas dire qu'il y ait eu, initialement, une tendance à l'insurrection, même si des individus, ici ou là, y pensaient. Il n'y avait absolument rien de préparé, ni d'organisé. Pour autant, nuance l'historien, les tentations d'en découdre avec le colonisateur étaient devenues très fortes dans le camp algérien. Le contexte se prêtant, la population algérienne était nourrie d'un «espoir d'émancipation». Au demeurant, note l'auteur de «Aux origines du FLN», la page du 8 mai 1945 représente une «tendance lourde» dans l'histoire du mouvement national. «Chaque fois que la France s'est trouvée aux prises avec un conflit, une guerre, émergeait chez les Algériens l'espoir du moment propice pour se libérer»». «Au cours de la Seconde Guerre mondiale, s'est développée une sensibilisation très forte de la population algérienne sur son statut (...). Les rapports entre les populations ont changé les comportements des Algériens. Ils manifestaient une volonté d'égalité». Conséquence, une «véritable psychose» se manifeste dans les rangs européens et la «tendance à la répression» gagne du terrain. Du coup, explique Mohamed Harbi, la nouvelle donne pèse sur quelques pans du mouvement national. Entre 1945 et 1947, «on assiste à une réactivation assez rapide de la tradition de la force physique». Un tradition «alimentée par ceux qui pensaient que la conquête de l'Algérie s'étant faite par les armes, la voie pacifique ne pouvait rien donner». A rebours du sentiment militant ambiant, Mohamed Harbi rappelle que « cette tendance, en apparence, était minoritaire » dans le paysage nationaliste. « Mais dans la mesure où la population ne croyait pas dans un avenir avec la France, les choses ont pris, à ce moment-là, le chemin de l'insurrection ». Autre interrogation de l'interview réalisée par le quotidien communiste, le coût humain de la tragédie. Plusieurs bilans ont été établis et continuent d'imprimer, jusqu'à aujourd'hui, livres, travaux d'historiens et témoignages militants. Le mouvement nationaliste a avancé le chiffre de 45.000, repris depuis par le discours officiel. L'administration préfectorale a établi « officiellement » un millier de victimes algériennes et de 110 Européens. Dans son livre « L'Afrique du Nord en marche », l'historien Charles-André Julien a retenu le bilan de 6.000 à 8.000 morts. Un indicateur qu'avancera, plus tard, son élève Charles-Robert Ageron. L'ethnologue Germaine Tillon, réfutant le chiffre nationaliste, parle d'un bilan supérieur à 15.000 victimes. Le consulat américain parle de quelque vingt milliers de morts. « Les batailles de chiffres sont toujours trompeuses », observe Mohamed Harbi. Reste que les bilans avancés au moment des faits par les Français - officiels et indépendants - sont « largement sous-estimés » à ses yeux. « L'ampleur exacte de la répression a été dissimulée ». Pour preuve, rappelle-t-il, « des douars entiers ont été réprimés avec des moyens militaires ». A mesure de l'avance des recherches et des remises en perspective de cette page, le bilan humain est « constamment » modifié à la hausse mais, d'une source à l'autre, les écarts demeurent. Mohamed Harbi s'aligne sur « les approximations selon lesquelles ces événements auraient fait 20.000 à 30.000 victimes algériennes ». A ses yeux, elles sont « de plus en plus crédibles ». Interrogé sur le silence des officiels français sur cette page - une « tragédie inexcusable », selon l'ambassadeur de France à Alger -, Mohamed Harbi l'attribue au poids des « nostalgiques » dans le paysage politique hexagonal. Jacques Chirac, fait remarquer l'historien, s'est exprimé sur le massacre de 1947 à Madagascar lors de sa visite l'an dernier dans l'Ile. « Mais il n'a pas dit un mot, jusqu'ici, sur celui de Sétif: ce n'est pas un hasard ». A quoi tient une telle chape de plomb ? « De larges secteurs de la société française n'ont toujours pas digéré la séparation avec l'Algérie, répond l'historien. Le poids des nostalgiques est encore grand. Il a toujours pesé, y compris sur les gouvernements de gauche ».
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Spécial 8 mai 1945 | ||||
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www.algeria-watch.org
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