Michel Barnier à propos des événements du 8 mai 1945 :

«Il est essentiel d’examiner ensemble le passé»

Par Ghada Hamrouche, La Tribune, 9 mai 2005

Sous le titre «Une tragédie inexcusable», notre confrère El Watan a publié dans un numéro spécial dédié à la tragédie du 8 mai 1945, une interview exclusive de Michel Barnier, ministre français des Affaires étrangères.M. Barnier est revenu sur la visite à Sétif de l’ambassadeur de France en Algérie, M. Hubert Colin de Verdière, et surtout sa déclaration selon laquelle cette ville fut le lieu d’une «tragédie inexcusable» en mai 1945, saluant à cette occasion la mémoire des «victimes de cet enchaînement d’un climat de peur, de manifestations et de leur répression, d’assassinats et de massacres». Le ministre des Affaires étrangères a souligné que cette démarche est celle des autorités françaises, en précisant «toute l’importance que nous attachons au travail de mémoire dans nos relations avec l’Algérie, pays proche et ami» et que «nos chefs d’Etat l’ont inscrit au cœur du partenariat d’exception». Il a, en outre, estimé qu’«il est essentiel, pour construire un avenir commun, que nous arrivions à examiner ensemble le passé» et appelé à «surmonter les pages les plus douloureuses pour les deux peuples». Michel Barnier a ajouté qu’il fallait «encourager la recherche des historiens, de part et d’autre, qui doivent pouvoir travailler ensemble, sereinement, sur ce passé mutuel», en précisant que ce travail de mémoire «est un objectif qui doit se retrouver dans le traité d’amitié en préparation». Michel Barnier a fait état également d’un travail qui était déjà fait par «les chercheurs des deux pays qui ont, aujourd’hui, l’accès le plus large aux archives de toute la période de la présence française et qui peuvent nous aider à qualifier les faits». Il précisera qu’il s’agit de la réhabilitation des cimetières français en Algérie, ainsi que de la duplication des actes civils des Français rapatriés qui «va bientôt reprendre», comme il le soulignera.Le ministre français des AE a affirmé, en réponse à une question, que la loi du 23 février 2005 «entend également contribuer au travail de mémoire nécessaire sur la guerre d’Algérie […]» tout en affirmant être «tout à fait d’accord» qu’il faut encourager les historiens français et algériens, ajoutant que «c’est ce que nous cherchons à faire et souhaitons soutenir à travers le traité qui doit être signé cette année».Evoquant le traité d’amitié algéro-français, M. Barnier a souligné «la mobilisation de la France qui se traduit au niveau politique par une intensification du dialogue entre les deux pays dans tous les domaines, et le développement de visites à haut niveau», en indiquant que «ce mouvement va s’amplifier jusqu’à la signature du traité d’amitié». Il a fait état également de la volonté de son pays d’accompagner les «efforts courageux» engagés par l’Algérie dans les domaines qui engagent l’avenir : l’éducation et la formation, la transition vers l’économie de marché, le renforcement de l’Etat de droit». Le ministre français a affirmé que la mobilisation a eu pour conséquence que «les entreprises françaises sont de plus en plus nombreuses à retrouver le chemin de l’Algérie», avant d’ajouter que la priorité pour son gouvernement est l’application de l’aide-mémoire sur le partenariat pour la croissance et le développement signé le 27 juillet par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Economie et des Finances, et son homologue algérien. Concernant la circulation des personnes entre les deux pays, il affirmera que son pays allait développer de nouveaux efforts pour le réaménagement et la modernisation des consulats d’Alger et d’Annaba et pour la réouverture du consulat d’Oran. Un plan d’action est envisagé avec l’Algérie dans le cadre de la nouvelle politique européenne de voisinage, a indiqué M. Barnier, qui a mis l’accent sur la nécessité d’accélérer les efforts pour la mise en place de la zone de libre-échange à l’horizon 2010, et de renforcer l’efficacité des instruments financiers considérables mis à la disposition des pays méditerranéens du Sud, avant d’insister sur le développement d’un dialogue économique et financier entre l’ensemble des partenaires, et être volontariste sur le volet qui concerne l’éducation, les échanges entre sociétés civiles et le dialogue des cultures.

A. R.

   
www.algeria-watch.org