Suite aux déclarations françaises sur le 8 Mai 1945

Amalgame révélateur

El Watan, 14 mai 2005

Certains mélangent tout. Un amalgame terrible ! Serait-ce exprès pour créer la confusion. On appelle les événements de Sétif, ce qui s’est passé, ou disons-le carrément les massacres commis, outre à travers plusieurs localités du pays, dans principalement trois villes, distinctes l’une de l’autre, Sétif, Guelma et Kherrata.

Il s’agit d’innombrables et indescriptibles massacres qui ont eu lieu dans chacune de ces trois villes, distinctes l’une de l’autre. En voulant mettre en doute une vérité datant d’il y a soixante ans, la dépêche de l’AFP nous apprend une autre ignominie, peut-être un lapsus ou une autre vérité vraie sortie d’une plume qui a été ou trop légère ou trop pointilleuse, mais on ne peut mieux révélatrice : de fait, nous savons que le four à chaux d’Héliopolis de Marcel Lavie ou son fils Louis a été utilisé pour incinérer les cadavres de la région de Guelma, mais nous ne savons pas qu’il le fut aussi pour ceux de Sétif ! Les cadavres auraient été ramenés de Sétif à Guelma, sur une distance d’environ 237 km ! Car un autre amalgame à éviter : Guelma ne se trouve pas à 537 km au sud-est d’Alger, mais à 537 km à l’est d’Alger, ou à l’extrême nord-est du pays. A propos du four à chaux d’Héliopolis, dont lors de l’incinération des cadavres l’odeur âcre qui s’en dégageait prenait terriblement les survivants à la gorge, pour les rescapés de ces massacres, la chose est d’une clarté inouïe : à quelque trois kilomètres de Guelma, le four à chaux, qui a été transformé en four crématoire, ouvre toujours sa grande bouche béante comme pour divulguer le sombre passé du colonialisme. Si les pierres pouvaient parler, que ne diraient-elles pas !? Elles en rabaisseraient bien des caquets. Certains officiels français ont parlé de « tragédie », qu’ils ont qualifiée d’inexcusable. Certains descendants des victimes du 8 mai préfèrent parler de « massacres ». Et bien sûr, à propos de « qui a massacré qui ? », on peut toujours ergoter, c’est gratuit et ça peut toujours rapporter, comme pour le fameux : « Qui tue qui ? ». Vrai, les survivants, les rescapés, les orphelins laissés par les victimes de ces massacres, seuls ceux qui ont souffert dans leur chair, et qui, passé le temps de la rancune, ont vécu et vivent encore dans une terrible douleur, en savent quelque chose, et se sentent offusqués par les propos du Quai d’Orsay, qui ressemblent à un certain triste « point de détail » ! Pour les autres, ce n’est plus que littérature et chiffres. « La page est tournée, mais non déchirée », a dit un des membres de l’association du 8 Mai 1945 de la wilaya de Guelma. « Page gravée à tout jamais dans notre mémoire collective », dira un autre.

A. Boumaza

 
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