Le centre national d’accueil des femmes victimes de violence et en situation de détresse

133 femmes prises en charge depuis 1999

par Nassima Oulebsir , Le Jeune Indépendant, 26 juin 2004

Malgré une prise en charge efficace, rien ne vaut la chaleur du foyer familial aux yeux des 19 pensionnaires qui résident dans ce centre. En attendant l’extension de la superficie du Centre national d’accueil des femmes victimes de violence et en situation de détresse, sis en pleine zone industrielle de Bou-Ismaïl, certaines femmes en situation difficile se sont orientées vers d’autres centres d’Alger.

Ce centre, placé sous la tutelle du ministère de la Solidarité nationale et géré par Mlle Ben Ghanem, est bâti actuellement sur une superficie de 710 m2. Un espace qui ne répond pas, selon la responsable, à la forte demande. «Nous voulons trouver un équilibre entre l’offre et la demande», nous a-t-elle expliqué.

Le ministère compte, faut-il le noter, à partir de 2005, entamer le projet de l’extension des lieux pour prendre en charge les femmes qui sont sur la liste d’attente. Depuis 1999, date à laquelle ce centre est opérationnel, 133 femmes ont été prises en charge.

Il en reste actuellement 19 seulement. Victimes du terrorisme, mères célibataires, femmes en danger moral et en difficulté sociale y sont accueillies annuellement. L’objectif premier de ce centre était de prendre en charge uniquement les femmes victimes du terrorisme, particulièrement celles violées.

Objectif qui s’est vite élargi à la prise en charge de l’ensemble des femmes en situation difficile. La direction de l’action sociale (DAS) effectue systématiquement une enquête sur les femmes voulant intégrer ce centre. «Nous effectuerons d’abord une enquête pour vérifier si la femme [qui se présente] est réellement dans le besoin d’être prise en charge», a déclaré la directrice.

Selon le bilan du centre, jugé très satisfaisant, 13 femmes victimes du terrorisme, dont 5 victimes d’un viol collectif, y ont résidé. Elles sont plus nombreuses que celles classées dans la catégorie des femmes en difficulté ou victimes de violence conjugale.

En effet, entre 1999 et 2004, 79 femmes ont été prises en charge. 15 autres étaient en danger moral. Autrement dit, elles sont issues de familles de père alcoolique ou de mère qui s’adonne à la prostitution. S’agissant des femmes sans domicile fixe (SDF), le centre a reçu depuis son ouverture 10 pensionnaires et 16 autres mères célibataires.

Au début de l’année, elles étaient 33 pensionnaires, avant que deux d’entre elles ne quittent les lieux de leur propre gré et huit autres réintègrent le domicile familial. Le délai de résidence dans ce centre n’est pas limité, selon la responsable.

L’administration tente, toutefois, d’aider ces femmes à économiser leur argent et à se réconcilier avec leur famille. La directrice du centre n’a pas caché sa satisfaction d’avoir marié «l’une de ses filles». Elle a remercié, à cet effet, l’ensemble des bienfaiteurs qui «n’hésitent pas à participer aux fêtes de mariage et d’anniversaires».

Tous les efforts sont fournis, selon notre interlocutrice, pour créer une ambiance familiale au sein du centre. «Toutes les fêtes religieuses, nous les célébrons ensemble pour que les pensionnaires ne se sentent pas rejetées par la société», nous explique le staff médical.

Psychologues, couturières, coiffeuses, assistantes sociales et infirmiers sont mobilisés pour accompagner les pensionnaires dans leur cure médicale et leur réinsertion sociale. Le règlement intérieur du centre est clair : aucune de ses pensionnaires ne doit en franchir le seuil au-delà de 18h.

L’accoutrement est également strictement respecté. «Nous avons des règles à respecter : pas de cigarettes, pas de sortie sans motif», a expliqué Mlle Ben Ghanem. Ce centre avait, autrefois, placé certaines pensionnaires dans des familles d’accueil, en percevant une indemnité de 3 000 dinars par mois.

Une démarche qui n’a pas eu le succès escompté, puisque quelques pensionnaires sont retournées au bout d’un temps. «Nous devons plutôt les inscrire dans des centres de formation pour qu’elles puissent trouver leur place dans le monde professionnel», nous a dit la directrice du centre.

D’ailleurs, 4 pensionnaires ont déjà un poste de travail et deux autres suivent une formation professionnelle. Quant à Malika, âgée de 19 ans, son âge ne l’a pas empêché de se présenter comme candidate cette année aux épreuves du BEF.

N. O.

 

   
www.algeria-watch.org