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Quand les femmes sont repoussées par incompétence !El Watan, 29 mars 2007 Lorsqu’en 1981, les moudjahidate ont rejoint nos manifestations contre le projet du code de la famille, nous leur avons reproché leur silence. Qu’avons-nous fait depuis ? La même chose. Si leur silence devait protéger la construction d’un pays encore fragile, nous nous sommes tues pour protéger la construction d’une démocratie encore fragile. Pourtant, une démocratie forte a besoin d’être construite sans complaisance envers ceux qui l’instrumentalisent au détriment des droits des femmes. Les rendez-vous électoraux nous ont habituées à la courtisanerie partisane. Le code de la famille a servi d’enjeu pour les batailles électorales. Même les partis les plus conservateurs ont été contraints de créer des sections féminines. Les candidats, qui ont dénoncé ce texte, ont déploré l’inertie du régime qui empêche l’évolution du statut des femmes. Pourtant, ces slogans n’ont jamais été suivis d’une quelconque campagne ni d’un programme envers elles. Le code de la famille a été désacralisé par le président de la République en 2005. Les principales revendications du mouvement des femmes ont été prises en considération. Indéniablement insuffisantes, ces réformes sont, cependant, appréciées par les femmes, même les féministes. Quels slogans peut-on servir aux femmes pour les législatives de 2007 ?Les partis sont pris de court. Ils ne se sont jamais réellement intéressés à la condition féminine. La déclaration de la représentante du MDS est édifiante : « On n’a pas de programme pour les femmes, car on ne va pas aux élections ! » De plus, le 8 mars, le président de la République a prononcé un discours-bilan digne d’un programme d’associations féministes. Il a appelé à « plus d’analyse et à une réflexion plus profonde sur la question ». Il s’est adressé aux femmes selon ses propres termes : « Sans les restrictions et les complexes d’un homme appartenant à une société machiste et sans cette forme de paternalisme pointilleux qui entache quelquefois de telles communications. » Même Abdelaziz Belkhadem appelle à plus de représentativité féminine et le principe du quota est introduit dans son parti. Malheureusement, alors que le discours du président de la République se féminis(t)e et qu’il appelle à une réflexion sur les mutations qui ont affecté le statut et le rôle des femmes, les partis de l’opposition, les démocrato-moderno-antitraditionnaloconservateurs trouvent un nouveau slogan pour les femmes : « Les traditions nous freinent et les femmes sont incompétentes. » Aucune réaction sur les acquis : les discours (même démagogiques), la création du conseil de la famille, les déclarations de M. Belkhadem, de M. Ksentini. Dans l’émission « Forum de la Chaîne III », diffusée le 22 mars 2007, les femmes sont effrontément accusées de ne pas s’engager, de ne pas s’intéresser à la politique, d’être incompétentes et d’être insuffisamment représentées. Et quand elles prouvent le contraire, ces partis ne peuvent accepter leur candidature, car on ne veut pas de femmes-alibis. Et les traditions sont l’argument suprême et indiscutable. Ces discours se sont instaurés en lois immuables Mesdames et messieurs des partis qui veulent nous représenter. 156 ans après l’insurrection menée par Lalla Fadhma N’Soumer, née de parents conservateurs, dans un village rural de Kabylie qui, à 19 ans, a tenu en échec l’armée française pendant 7 ans, je considère ces propos méprisants, insultants et diffamatoires. Je ne cherche nullement à prouver que les femmes sont compétentes, intéressées par la politique, engagées et ambitieuses. Je ne cherche pas, non plus, votre émerveillement face à ces femmes exceptionnelles. Comment osez-vous nous expliquer, à nous femmes, le poids de la société ? Heureusement que vous n’avez pas été les parents des femmes de notre génération sinon, nous n’aurions jamais été scolarisées ! Les élections sont censées être truquées et le nombre d’élus décidé par l’Etat, vous ne prendrez donc pas à faire des listes paritaires, le peuple n’y pourra rien ! Mais avant d’incriminer les traditions et les ruraux, visitez l’histoire et les zones rurales de l’Algérie : Le rôle politique de la femmeL’ignorance de l’histoire peut expliquer votre inculture politique, mais pas la justifier et encore moins vous permettre d’occulter le rôle politique des femmes et effacer leur mémoire. Sachez que les femmes ne se laissent plus instrumentaliser. Elles se désintéressent de vos programmes qui ne leur conviennent pas. Elles sont assez politisées pour ne pas perdre leur temps. Elles sont assez engagées à vous servir, à élever vos enfants et à gagner des salaires pour vous aider à subvenir aux besoins de vos familles. En un mot, vous libérer de toutes les contraintes et vous permettre de faire de la politique. De décider de leur sort et à leur place. Elles ont compris que vous n’êtes pas prêts à partager votre pouvoir et votre suprématie. Les femmes ne veulent plus être vos porte-discours, vos porteprogrammes. Lorsqu’elles ont décidé de se battre contre le code de la famille, elles ne vous ont pas attendus. A l’époque, vous nous expliquiez que nous n’étions pas « représentatives des Algériennes, qui étaient, selon vous, toutes rurales, arriérées, soumises, pauvres, analphabètes et battues par un mari polygame ». Vous cultivez ce cliché, en dépit des cités universitaires regorgeant d’étudiantes arrivant des villes de l’intérieur. Pis encore, vous refusez de voir les mutations. Vous nous servez dans la même phrase les traditions qui freinent et la forte mobilisation des femmes dans les partis conservateurs. Et si nous persistons dans notre exigence d’une représentativité, vous refusez les quotas sous prétexte de privilégier les compétences. Qui a décrété que les femmes n’étaient pas compétentes ? De quelles compétences s’agit-il en politique ? Que fait-on des convictions et des engagements ? Qui parmi vous est habilité à décerner des diplômes ès compétences politiques ? Et si on jugeait les compétences, seriez-vous à cette place ? Quel est le chef qui a été assez compétent pour former un remplaçant capable de prendre sa place ? Pourquoi n’avez-vous pas formé de femmes politiques ? N’est-ce pas par crainte de voir émerger des compétences que vous décriez tant les quotas de femmes ? Et si nous ne sommes pas assez compétentes pour être sur vos listes, comment serions-nous assez compétentes pour choisir votre programme ? Même la crainte des femmes-alibis a été inculquée aux militantes de vos partis. Que signifie le terme alibi ? C’est la preuve donnée qu’on était ailleurs à un moment donné. Alors si vous ne voulez pas d’alibis, imposez des femmes sur vos listes. Soyons sérieu(se)x, si la moitié de l’assemblée est constituée de femmes, il n’y aura plus de femmes-alibis. Bien au contraire, elles risqueraient d’être un bon alibi pour que vos partis osent proposer des lois égalitaires. Les prétendues traditions algériennes ne freinent que votre esprit. Les pays occidentaux face aux résistances masculines ont imposé, par la force de la loi, la parité et les quotas. Ayez le courage de fixer une obligation de résultat. Un nombre élevé de femmes élues. Si vous craignez que les femmes ne soient pas assez représentées, placez vos candidates en tête de listes, vous serez sûrs d’avoir, au moins, essayé de contribuer à notre émancipation. De plus, les élections sont censées être truquées, que vous coûtera-t-il de mettre des femmes puisque les voix exprimées ne comptent pas ? Reconnaissez que le patriarcat vous a octroyé une suprématie que vous êtes incapables d’assurer sans le soutien des femmes. Votre discours est la caricature du machisme : on courtise, on flatte et si la femme convoitée ne cède pas, on la dévalorise et on l’insulte. Le jour où toutes les conditions seront réunies, le président de la République vous aura imposé des quotas, l’ensemble du peuple algérien aura manifesté, spontanément, pour que les femmes investissent l’assemblée, que les traditions soient toutes effacées et que les femmes soient toutes formées et politisées, nous n’aurons plus besoin de vos listes et l’Algérie n’aura plus besoin de ces élections. Roger Pannequin : « La participation des femmes à la clandestinité fut grande ; mais combien en retrouve-t-on après aux postes de direction ? Presque aucune (...). Alors que le moindre imbécile qui a résisté six mois, on le plante sur un pavois et ça devient un responsable syndical ou un adjoint au maire. Et les femmes qui nous ont cachés, qui ont pris de grands risques, on en parle peu et bientôt plus. » Nassera Merah |
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