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Textile algérien : la grande faillite
La Nouvelle République, 29 octobre 2006
La stratégie industrielle envisagée par le gouvernement algérien va-t-elle pouvoir sauver la branche textile et cuir de la disparition totale ? C’est ce que souhaite, voire revendique Amar Tadjout, responsable de la fédération syndicale UGTA de ce secteur, qui a lancé hier sur les ondes de la chaîne III de la radio dont il était l’invité de la rédaction, un dramatique SOS au nom des dizaines de milliers de travailleurs qui ont perdu leur emploi du fait de l’ouverture anarchique du marché et au nom également des dizaines de milliers d’autres sur lesquels pèse la menace du chômage si le gouvernement ne fait rien en direction de cette branche de l’industrie algérienne.
Depuis l’ouverture du commerce extérieur, une décision politique, note M. Tadjout, prise au milieu des années 1990, accompagnée de l’abandon par l’Etat de ses missions sociales et économiques, ce secteur est à l’agonie à cause de son impréparation à cette concurrence, souvent déloyale. Pour le responsable syndical, le gouvernement aurait dû préparer l’industrie algérienne à l’ouverture du marché mais c’est l’option idéologique plus qu’économique, précise M. Tadjout, de l’ouverture du marché sans contrôle avec liquidation des entreprises qui a été, selon lui, choisie, à l’époque. Pour lui, désengagement de l’Etat ne signifie pas abandon de l’industrie.
Des 200 000 travailleurs qu’employait cette branche, il n’en reste plus que 44 000, répartis entre secteur public (25 000) et secteur privé (18 000). Le plus grave, souligne M. Tadjout, est que les usines fermées l’ont été dans les zones déshéritées où il n’y a pas de possibilités de substitution et où donc s’accumule la misère, ce qui est porteur de danger, affirme-t-il.
Les importations anarchiques ont eu des répercussions négatives sur le secteur des textiles et cuirs. M. Tadjout fait observer que sur 100 millions de mètres linéaires produits bien avant 1990, ce secteur n’en fabrique plus que 25 millions dont la moitié est liée aux commandes des corps constitués. De ce fait, une vingtaine d’entreprises ont disparu. Il signale que tout récemment le Conseil national des participations de l’Etat a fermé 11 entreprises dans cette branche. La privatisation peut-elle être d’un secours quelconque ? M. Tadjout relève que les repreneurs professionnels ne se bousculent pas au portillon surtout que les implantations d’usines se situent dans des régions éloignées des centres attractifs. C’était, d’ailleurs, le résultat de la politique d’équilibre régional des années 1970 à laquelle le tissu industriel devait répondre et, sans jeu de mots, la branche textile a contribué à ce tissu industriel qui a longtemps fait la fierté du pays. M. Tadjout fait remarquer qu’aujourd’hui le secteur du textile n’est plus une priorité du gouvernement.
La mise à niveau pourrait, selon M. Tadjout, sauver le secteur si elle intervient sur les éléments qui fragilisent l’entreprise. En premier, il cite l’endettement qui empêche l’obtention de lignes de crédit pour l’achat des matières premières. Sur ce point, il signale que des usines seront mises en chômage technique, avec risque de protestations des travailleurs qui déborderont sur la rue, si les commandes des corps constitués ne pourront pas être honorées faute de matières premières. Autre élément important : la formation qui n’est plus dispensée ni par les entreprises ni par les pouvoirs publics, ce qui est anormal, juge M. Tadjout, alors que, rappelle-t-il, dans les années 1970, il y avait au moins entre 70 et 100 techniciens supérieurs et plus de 40 ingénieurs formés par an. L’investissement, ajoute M. Tadjout, est indispensable pour mettre les entreprises au niveau qualitatif exigé par la concurrence étrangère. Enfin, élément important aux yeux de M. Tadjout : l’organisation de la PME/PMI. Il rappelle que la branche était intégrée : en amont la filature, le tissage et le finissage et en aval la confection. Au passage, il signale que c’est dans la confection que les emplois ont été perdus en grand nombre. Pour M. Tadjout, les petites unités, y compris domestiques, de l’ANSEJ et l’artisanat pourraient aider la reprise dans le secteur par la demande en approvisionnement.
En résumé, il affirme qu’il est possible de sauver le secteur encore faut-il que la volonté existe de le faire. Pour cela, le soutien de l’Etat à la production nationale doit être maintenu, en particulier pour le secteur du textile. On met beaucoup d’argent dans la solidarité, observe-t-il, alors que cet argent serait plus utile à maintenir les entreprises et les emplois.
29-10-2006
M’hamed Rebah
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