Production agricole abondante

La transformation industrielle fait défaut

El Watan, 15 juin 2017

La surabondance de beaucoup de produits agricoles sur le marché national inquiète de plus en plus les opérateurs économiques, mais surtout les fellahs et les commerçants étant les premiers à devoir prendre en charge la commercialisation de ces produits sur le marché.

Hier, à l’occasion d’un débat organisé par le forum du journal El Mihwar, le président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA), El Hadj Tahar Boulenouar, a appelé à la nécessité de prendre en charge, en ces temps de surabondance des produits agricoles, tous les surplus de production de fruits et légumes, au risque de voir les prochaines saisons agricoles souffrir soit de pénurie, soit de flambée des prix.

Le même responsable a expliqué cela par le fait que les agriculteurs risquent de décider d’abandonner la culture d’un produit agricole, lorsqu’ils constatent que leur surplus de production n’a pas été pris en charge lors de la saison précédente. Selon le président de l’ANCA, le moyen le plus sûr à même d’endiguer définitivement ce problème est de «multiplier les unités industrielles de transformation à travers l’ensemble des régions agricoles du pays». Il faut rappeler aussi que l’absorption des surplus de production passe nécessairement par le renforcement des capacités de stockage. Un projet de développement des capacités de froid a été tracé par les autorités publiques, et dont la réalisation a été confiée à la société nationale de froid, Frigomedit.

Le projet porte sur la réalisation de 50 entrepôts frigorifiques d’une capacité de 350 000 m3 au niveau national, pour un coût de 36,6 milliards de dinars, avec pour objectif d’augmenter les capacités nationales de stockage et d’absorber le surplus de la production agricole, mais aussi d’asseoir un équilibre entre l’offre et la demande et de diversifier les canaux de distribution, de commercialisation et de stockage pour l’ensemble des consommateurs et producteurs du marché local. Selon Medjber Mohamed, président de la Commission nationale des mandataires, «le secteur agricole enregistre, cette année, une production énorme que nous n’avons pas connue depuis plus de 15 ans», estimant par la même que l’exportation de l’excédent des produits agricoles, notamment la pomme de terre, la tomate et certains fruits de saison, demeure la solution la plus en vue, en ce moment, pour prendre en charge cette surproduction.

Les animateurs du forum ont appelé, à ce propos, à la levée des entraves administratives qui freinent les exportations, à l’instar de l’absence d’un accompagnement bancaire et le manque de logistique adéquate pour une meilleure exportation. L’ANCA a notamment insisté sur le rôle des attachés économiques installés au niveau des ambassades algériennes à l’étranger, mais aussi de celui des Chambres de commerce et d’agriculture au niveau des wilayas, censées rassembler tous les intervenants dans le secteur agricole pour une meilleure productivité et une présence sur les marchés internationaux.
Lyes M.


Boulenouar El Hadj Tahar. Président de l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA)

«L’Algérie peut tripler sa production agricole»

L’Algérie a enregistré une surproduction en produits maraîchers. Est-ce la garantie d’une stabilité des prix, sachant que les capacités de stockage et les circuits de distribution font parfois défaut ?

Cette année, nous avons effectivement constaté un surplus agricole, notamment en produits maraîchers. Ceci étant, il ne faut pas se voiler la face. Car, notre pays ne dispose pas d’un plan national à même de garantir la stabilité de la production agricole. Tantôt, les agriculteurs sont confrontés à une surproduction et tantôt ils font face à des situations de sous-production.

Lorsque la production n’est pas stable, on ne peut pas réfléchir profondément à la manière d’organiser notre consommation ou de promouvoir la filière d’exportation.

Dans ces conditions, il est impossible de garantir une stabilité des prix. L’Algérie qui dispose d’un potentiel énorme peut non seulement doubler ses capacités de production mais aussi la tripler. Malheureusement, il y a de nombreuses entraves et des obstacles qui empêchent les agriculteurs de relever le défi de produire davantage.

J’aimerais citer un problème majeur qui est celui de la bureaucratie qui plombe les bonnes volontés. Le manque de coordination entre les différents secteurs et les organismes concernés (Chambres du commerce, organisations patronales, ministère de l’Agriculture...) est un autre élément qui joue en défaveur des agriculteurs.

S’agissant des moyens de stockage, ceux-ci ne sont pas mis à niveau. C’est aussi l’une des tares de notre agriculture. Il y a également le problème de l’emballage qui ne répond pas aux standards internationaux. Certaines produis locaux sont très demandés par des marchés extérieurs, mais ne trouvent pas de preneurs en raison d’un emballage extrêmement rudimentaire.

De quelle manière la faiblesse d’une industrie de transformation pèse sur le secteur agricole ?

La filière de transformation agricole est l’un des parents pauvres du secteur agricole en Algérie. Le manque flagrant en termes d’unités de transformation agricoles constitue un obstacle pour les producteurs. Nous sommes le seul pays au monde où l’agriculteur a peur pour l’avenir de sa récolte. Sans ces unités de transformation, les débouchés vers le marché extérieur, en cas de surproduction agricole, ne sont pas garantis. Donc, le manque d’unités de transformation affaiblit grandement les capacités de production nationale et peut alimenter l’instabilité de prix.

Des opérateurs se plaignent constamment de problèmes liés à l’exportation du surplus agricole. Selon vous, quels sont les principaux écueils ?

Aujourd’hui, les instituts spécialisés ne sont pas à la hauteur des défis. Personne n’est là pour accompagner l’agriculteur. Au risque de me répéter, je dois rappeler que les lenteurs bureaucratiques dépassent tout entendement.

A titre d’exemple, un Tunisien ou un Marocain peut exporter sa marchandise en moins de 48 heures, alors que l’Algérien risque de passer deux semaines ballotté d’une administration à une autre. Cette culture bureaucratique doit changer, si l’on veut réellement s’inscrire dans une dynamique d’exportation ! Ce qui fait mal, c’est que les moyens existent alors que le potentiel agricole demeure depuis longtemps non exploité. 

Hocine Lamriben

 

 
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