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Hamid Temmar au quotidien d’Oran: Proposer, ne pas se dégonflerpar Ghania Oukazi, Le Quotidien d'Oran, 26 février 2007 Dans cet entretien, Hamid Temmar essaie de tout dire, tout expliquer. Nous voulions aussi tout comprendre. Il donnera des réponses qui posent d’autres questionnements, qui appellent d’autres problématiques. Pour les plus importantes, celles liées à la réussite de la stratégie industrielle dont il a tracé le cadre et les contours, il en appelle aux assises qu’il ouvre aujourd’hui pour en initier les politiques économiques. Pour cela, il ne veut pas que ses invités se dégonflent mais qu’ils en proposent de sérieuses. Le Quotidien d’Oran: Le gouvernement vient de mettre au point une stratégie de relance de l’industrie. Pourriez-vous nous en donner les grands principes ? Hamid Temmar:Il y a deux natures de principes. D’abord, des principes qui constituent le cadre même dans lequel s’inscrit cette stratégie industrielle. Cette stratégie s’inscrit dans un espace définitivement supranational. C’est extrêmement important. Ce n’est pas seulement une affirmation gratuite parce que jusqu’à maintenant, nos industries se sont toujours inscrites dans le cadre du marché national, c’est-à-dire qu’on a considéré un marché national, on a créé des industries pour la satisfaction du marché national. Même quand on a créé les grandes industries intermédiaires, on n’a jamais considéré que ces usines que nous avions créées pour faire des moissonneuses batteuses ou pour avoir des machines ou des moteurs devaient être considérées comme des usines qui allaient fonctionner sur un plan d’un marché supranational, maghrébin, européen_On a fonctionné sur le marché national qui correspondait d’ailleurs d’une manière très claire à l’option de l’époque qui est une option qu’on appelait de substitution d’importation ou d’industrie industrialisante. C’est à dire d’abord, il faut satisfaire un marché national pour assurer le fait qu’il soit un marché indépendant du reste du monde. Les principes de cette nouvelle stratégie est qu’on s’inscrit dans un espace supranational et que nos entreprises industrielles n’ont pas le marché national, mais elles ont le marché sous régional du fait de l’accord d’association et peut-être demain de l’Union maghrébine. Q.O.: Ce n’est pas voir grand dés le début ? H.T.: Non, c’est nécessaire de le faire comme ça. C’est ce qu’ont fait les Coréens, les Malaisiens, les Brésiliens, les Africains du sud. Notre marché ne peut pas permettre une croissance industrielle suffisante. Il peut certainement absorber une partie de la croissance mais si nous ne considérions que notre marché, nous blessons la stratégie industrielle et le développement industriel de l’Algérie. Nous sommes en outre dans l’accord d’association, nous sommes dans l’euromed. Nos frontières sont maintenant ouvertes. Notre protection est inférieure à celle des Marocains et des Tunisiens. Donc, il est absolument nécessaire que nos entreprises considèrent pour des économies d’échelle, pour être compétitive, pour avoir la compétitivité, de considérer leurs actions sur un plan sous régional puisque c’est leur marché. De la même manière que les Européens vendent chez nous, l’accord d’association donne la possibilité à nos entreprises de vendre sur les marchés français ou européens, allemand ou italien sans douane. Donc, pourquoi nos entreprises ne vont-elles pas effectivement considérer le marché sous euro méditerranéen en s’armant bien sûr des éléments de compétitivité, de productivité nécessaires pour pouvoir ainsi combattre et entrer en compétition avec les entreprises européennes. C’est-à-dire, ce n’est pas un choix à faire, nous sommes maintenant dans un marché au moins euro méditerranéen sinon mondial. Il faut que nos entreprises s’inscrivent dans cette stratégie. Q.O.: Excusez-moi d’insister monsieur le ministre mais quand on parle d’un marché supranational, on est censé avoir une base sur le plan national. Or, grand nombre de nos entreprises n’arrivent pas à s’affirmer sur le marché national... H.T.: Il ne faut plus considérer l’industrie comme une espèce de stratégie de l’Etat. L’Etat met en place une certaine stratégie qui est à la disposition de l’Etat. Il est clair que certaines de nos entreprises vont vouloir travailler avec le marché national. Très bien ! Je n’ai aucun problème avec ça. Mais une entreprise peut très bien fonctionner en visant uniquement le marché extérieur. Pourquoi pas ? Mais il est clair que l’Etat, lui, va faire tout pour encourager les entreprises à produire pour le marché national d’abord, bien sûr mais aussi à considérer les marchés extérieurs comme des marchés possibles. Il faut aussi absolument que la stratégie vise la compétitivité. C’est-à-dire, toujours dans ce cadre où nos entreprises ne sont plus seules, il faut que nos entreprises et notre économie soient un centre compétitif. Cela, bien sûr, exige la stabilité sociale, celle économique, la transformation du système, le développement des ressources humaines, la promotion de l’innovation, c’est-à-dire toutes ces stratégies de transformation du système économique doivent supporter des réformes structurelles. Enfin, il est clair aussi que nous avons des avantages comparatifs d’ordre naturel qui sont des avantages absolus parce que comparatifs c’est par rapport à ce qu’ont les autres. Le gaz est un élément extrêmement important mais nous ne devons pas rester seulement à ce niveau là mais nous devons aller à l’acquisition de nouveaux avantages comparatifs que nous devons ainsi construire. Et celui par qui nous devons commencer, c’est la capacité d’innovation dont on ne s’est jamais occupé sérieusement sur le plan de l’industrialisation. Nous avons acheté des machines certainement, nous les avons fait fonctionné certainement, nos ingénieurs ont appris à le faire mais nos entreprises publiques ou privées n’ont jamais mis en place des centres d’innovation pour dépasser l’acquisition des machines et aller vers la conception des machines. Q.O.: A votre avis pourquoi nous ne l’avions-nous pas fait ? H.T.: A ce moment là, je crois qu’il s’agissait de travailler essentiellement pour le marché national mais si notre économie était ouverte et nous travaillons sur le plan international, la compétition internationale aurait été tellement dure qu’il aurait été nécessaire d’aller vers l’innovation. Et parce que simplement, la mondialisation actuelle a beaucoup changé parce qu’elle n’est pas statique. Et il est clair qu’il y a aujourd’hui toute une nouvelle stratégie où l’innovation est l’élément décisif de compétition entre les entreprises. L’élément de compétition chez les grandes firmes internationales n’est plus du tout le prix mais elles jouent sur l’innovation. Q.O.: Innovation qui implique tout un environnement ? H.T.: Bien sûr ! A ce moment, nous n’avions pas l’environnement et la mondialisation ou la compétition internationale n’était pas avec nous et de ce fait, ainsi, nous n’avons jamais dépassé le stade de l’acquisition pour aller vers la maîtrise et l’exportation de notre innovation. Je reviens aux principes pour noter qu’il y a maintenant d’autres principes sur lesquels on construit... Q.O.: Justement, pourriez-vous nous dire ce que cette stratégie apporterait de nouveau au pays ? Et quels sont les fondements sur lesquels elle repose ainsi que les objectifs qui lui sont assignés ? H.T.: La stratégie est construite sur cinq principes de base qui ne sont pas loin des objectifs. C’est la reconquête des marchés intérieurs. Bien sûr, il faut les reconquérir parce que nous sommes attaqués sur le plan des importations massives qui mettent en échec nos entreprises. Ensuite, celles-ci se tournent vers le marché extérieur qu’elles considèrent comme leur marché naturel dans le cadre de réseaux qu’elles doivent établir entre elles ou avec des entreprises étrangères. Il faut l’exploitation du gaz naturel, c’est extrêmement important parce que c’est un avantage naturel et il ne coûte pas cher pour nous. Toutes les industries qui peuvent utiliser le gaz naturel -et il faut qu’elles le fassent le plus possible- partent avec un avantage de coût sur toutes les entreprises internationales. La mise en place de conditions qui permettent aux nouvelles industries créatives de se développer, créer les capacités d’innovation, donner des investissements incitatifs pour celles qui vont à l’innovation, pousser les entreprises industrielles dans des secteurs porteurs... L’Etat doit ainsi amener et créer les conditions pour pouvoir développer tout ça. Assurer la mise à niveau de nos entreprises qui sont extrêmement démunies du point de vue de l’innovation, des moyens de la recherche, du management... Un vrai programme de mise à niveau ! Q.O.: On parle beaucoup de mise à niveau sans de grands résultats... H.T.: Actuellement, nous avons deux programmes de mise à niveau, un avec le ministère de l’industrie qui est financé par l’ONUDI et un autre qui lui, est financé par l’Union européenne dans le cadre de l’accord d’association avec le ministère de la promotion et le PPME. Ce sont deux programmes qui ont en principe les mêmes objectifs mais celui de la PME est plus large parce qu’il ne traite pas seulement l’entreprise mais également son environnement immédiat. Il dépasse aussi le secteur strictement industriel et notamment public en ce qui concerne le ministère de l’industrie pour aller vers l’entreprise en général même de service et même la petite entreprise. Il est clair que ce sont deux petits programmes soit 50 ou 60 millions de dollars. D’abord, il n’est pas imaginable d’avoir deux programmes mais un seul, piloté évidemment par une seule entité institutionnelle et nous ne parlons pas d’un programme de 50 millions de dollars mais d’un programme d’un milliard de dollars ou plus c’est-à-dire, il s’agit de remettre à niveau nos entreprises nationales notamment privées si elles veulent aller vraiment à la concurrence et à la conquête des marchés extérieurs. Il y a 107 mises à niveau et sans la redéfinition de tout le cadre, il est clair évidemment que partir à l’extérieur est une chose assez hasardeuse... Q.O.: Permettez-moi, monsieur le ministre, cette digression, vous avez parlé du gaz et de son prix. Son ouverture au privé national et étranger ne risquerait-elle pas de bouleverser le marché national ? H.T.: Non, pas du tout. Nous avons un gaz dont le prix interne est inférieur au prix international parce qu’il est calculé de telle manière qu’il prend en compte la déperdition du gaz mais également qu’il puisse favoriser la création de la valeur ajoutée. Il est fait pour encourager le secteur privé à aller justement vers les entreprises utilisatrices de gaz comme celle de la pétrochimie. Et enfin, il faut absolument le développement de zones industrielles parce que l’industrie ne prend pas partout. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait avant. Nous avons estimé qu’on pouvait créer des entreprises industrielles un peu partout pour créer l’activité industrielle à travers tout le territoire national. Mais évidemment l’industrie dans ce monde mondialisé où la compétition comme l’innovation, est le maître mot, on ne peut développer l’industrie dans toutes les régions du pays, ici ou ailleurs. Il faut préciser que la stratégie est un cadre, des principes. Mais si on s’arrêtait à ces principes, on n’aura rien fait. Il faut aller au-delà de ce cadre stratégique et aller vers des politiques économiques ou industrielles qu’on ne doit pas formuler mais faire et gérer par de l’action immédiate sur le terrain. Q.O.: L’Algérie avait fait à une certaine époque de « l’industrie industrialisante » son slogan. Vos équipes se sont-elles appuyées sur le schéma existant pour en reformuler un nouveau ? H.T.: L’industrie est toujours industrialisante. Dans les années 70, ce n’était pas seulement une affirmation technique, c’était devenue une affirmation doctrinale. C’est-à-dire notre doctrine à ce moment là était d’aller vers les industries les plus industrialisantes, celles qui dégagent des effets pour entraîner les autres entreprises, c’est pour ça qu’on est allé aux industries intermédiaires, on ne s’arrêtait pas à la création du crayon mais à la machine qui le crée. C’est cela l’industrie industrialisante. A ce moment là, toute l’idée était basée sur un terme : l’indépendance. Il fallait que l’Algérie crée en son sein les conditions d’une indépendance totale vis-à-vis de l’impérialisme à l’extérieur. Cette doctrine se retrouvait dans 80% des pays du tiers monde. Tout le monde rêvait à ce moment là à créer chacun dans son propre pays les moyens de se passer de l’impérialisme industrialisant. Q.O.: C’était un peu ce qu’on appelait le socialisme spécifique.. H.T.: Rires... or, précisément, il y a ce qu’on appelle les économies d’échelle c’est-à-dire une entreprise doit atteindre un certain niveau pour qu’elle puisse être rentable. Elle a aussi besoin d’économie externe c’est-à-dire qu’elle produit dans des conditions qui lui permettent d’être compétitive et de vendre à l’extérieur. Le marché algérien à cette époque n’autorisait pas des économies d’échelle énormes, il était ce qu’il était... Donc, il est clair que la notion d’indépendance qui était basée sur la fameuse doctrine qui définissait ce qu’on appelle la politique de substitution, ne pouvait permettre la réussite d’une industrie industrialisante qui elle, exige la création d’un espace qui était inexistant avant. Il faut un marché mondialisé, un marché ouvert. Q.O.: Confirmez-vous ainsi l’échec de la démarche de l’époque ? H.T.: Je crois que les résultats enregistrés dans chaque pays du tiers monde à l’époque, qui sont l’échec propre de chaque modèle (soviétique, brésilien, mexicain...) était basé simplement sur une idée d’une économie d’échelle qu’on n’avait pas pris en compte dans les marchés. A moins qu’à ce moment là, il faille que ces pays créent un immense marché, ça, ça aurait marché. Mais est-ce que c’est condamnable comme politique ? Bien sûr que non ! Parce qu’à ce moment là, nous sortions de la guerre de libération et le problème de l’impérialisme était encore là c’est-à-dire que le pacte colonial ne disparaissait pas encore. Il était donc tout à fait normal que tous les pays du sud nouvellement indépendants fassent de l’indépendance économique le mot d’ordre de leurs politiques économiques. Si nous devions y revenir, avec toute notre expérience d’aujourd’hui, nous le referons, ça je vous le garantie. Mais aujourd’hui, pour réussir, nous devons remplacer la notion d’indépendance par celle d’endogènèité. C’est à dire qu’il faut que nous organisions notre industrialisation et notre économie de telle manière que la décision de croissance économique se fasse par nos entreprises et par l’Etat. Même si par ailleurs, nous amenons les IDE chez nous et nos entreprises privées devaient s’exporter. Nous pouvons le faire à des conditions de réformes, de stratégie industrielle que nous devons considérer avec beaucoup d’attention. Q.O.: C’est pour cela que vous avez tenu à ce que cette stratégie émane de la pensée économique algérienne ? H.T.: Elle a été préparée strictement sensu par une équipe algérienne que j’aie encadrée personnellement. Evidement, moi-même je suis algérien mais je suis totalement mondialisé puisque j’ai passé 20 ans de ma vie dans l’économie industrielle. Et tous ceux que j’ai choisis sont tous des universitaires qui ont une expérience considérable en matière industrielle. Le travail a duré un an et demi alors que je pensais que nous allons le finir en trois mois. Nous avons balayé toutes les expériences du monde, nous avons reçu des représentants de pays comme la Malaisie, la Corée, le Brésil... pour les écouter. Q.O.: Au fait, pourquoi, c’est votre ministère, le MPPI, qui s’en charge et non pas le ministère de l’industrie ? H.T.: Ce n’est pas le ministère ou le ministre qui a fait la stratégie, c’est moi-même en tant qu’expert spécialisé dans les problèmes macroéconomiques et d’industrialisation depuis 20 ans au plan international et tous ceux qui ont travaillé avec moi n’ont rien à voir avec le ministère. Q.O.: Permettez-moi encore une digression. On dit du professeur Temmar qu’il a défendu bec et ongles le socialisme quand il enseignait à l’université. Aujourd’hui, vous vous dites mondialiste, vous défendez la mondialisation... H.T.: On vous a mal informé, ce n’est pas moi qui a défendu bec et ongles le socialisme. Certainement l’économie nationale, j’ai écrit deux livres là-dessus. J’ai exposé le modèle algérien en expliquant qu’il avait des limites. Je note que je n’ai jamais été ni au FMI ni même à la Banque mondiale comme le prétendent certains mais j’ai été au secrétariat général des Nations Unies. J’ai été quand même officier de l’armée de libération nationale pas six mois, je n’ai pas rejoins en 1962 mais en juillet 1957 pour aller dans une école des cadres de l’ALN dont j’étais sorti major de promotion sur le plan de la formation politique que sur le plan de la formation militaire. Ce que nous cherchons aujourd’hui c’est que doit faire l’Algérie pour s’en sortir ? La question est très simple. Les assises devront y répondre qu’on ouvre aujourd’hui par la liberté de contribution des uns et des autres. Q.O.: On parle de 700 participants, ce ne serait pas beaucoup ? H.T.: Non, nous avons 11 commissions et 700 divisé par 11, ça vous fait 70 personnes par commission. Q.O.: Pourquoi ce retour vers l’industrie ? H.T.: Ce n’est pas un retour, c’est un redéploiement vers la fonction de production, c’est très différent. Je ne reviens pas à l’industrie, elle a toujours été là. Elle était ce qu’elle était et surtout la plus grande partie de l’industrie industrialisante c’est-à-dire les moyens de production à 70% est dans le secteur public. C’est-à-dire que lorsque le secteur privé estime aujourd’hui pourquoi vous faites appel à des IDE et pas à nous, c’est qu’il n’est pas dans ce secteur là ou très peu. Il est dans le BTPH, les industries manufacturières, les matériaux de construction, dans la consommation finale. Q.O.: Est-ce qu’on pourrait comprendre que votre stratégie reposerait en premier sur le secteur public ? H.T.: Non, nous nous ne reposons pas sur l’entreprise publique mais nous nous reposons et nous voulons sauver et réhabiliter les activités qui sont actuellement menées par le secteur public. Alors comment faire ? ça c’est une question de politique économique la plus difficile qui nous soit posée. Est-ce que je peux me passer de l’entreprise publique ? Je n’en sais rien. Est-ce qu’il faut absolument faire appel à l’IDE ? Je n’en sais rien. Est-ce que notre investissement national est capable d’y venir ? Je n’en sais rien. Le problème pour nous est de bien analyser le rapport pendant ces assises. A l’issue de ces assises, nous prendrons la décision définitive : ou bien, nous créons effectivement de nouvelles sociétés nationales d’Etat dans lesquelles il y a peut-être une participation peut-être des étrangers ou du privé national ou bien nous allons carrément vers l’ouverture des IDE ou alors nous allons au démantèlement vers la privatisation. La question de savoir est bien malin celui qui peut donner une réponse. C’est à dire, dire il y a bien l’entreprise publique mais certainement c’est une solution qui ne peut pas marcher simplement parce que la gestion publique est une gestion qui est très compliquée en plus, cela signifie qu’il faut restructurer avec des milliards de dollars, ce que l’Algérie ne peut plus faire. Elle pouvait le faire mais nous avons tout dépensé dans les programmes présidentiels et ceux de développement des hauts plateaux et du sud et il ne nous reste plus d’argent. Q.O.: Restructurer n’a rien à voir avec la mise à niveau ? H.T.: Si ! Q.O.: Alors comme allez-vous procéder ? H.T.: Là, je vous l’avoue, c’est ce que j’attends de ces assises. Nous, nous avons des réponses, seulement nous souhaitons sincèrement que chacun y apporte quelque chose. Q.O.: Mais certains privés nationaux vous reprochent d’ores et déjà de vous baser sur les IDE en premier... H.T.: Le gouvernement doit choisir un certain nombre de secteurs qu’on doit promouvoir parce qu’ils sont porteurs qui entraînent l’ensemble de l’économie nationale et qui en plus vont permettre à l’Algérie d’être présente sur le marché mondial dans les meilleurs conditions possibles. Nous avons en plus la base, nous n’allons pas les créer. A côté, l’investissement est libre et tout investisseur peut aller dans tous les secteurs qu’il veut sauf que pour certains secteurs limités, l’Etat va avoir une action de promotion beaucoup plus importante qu’ailleurs. Mais le ailleurs, une économie comme la nôtre vit de la PME, si nous ne l’aidons pas nous risquons de tout perdre à force de courir derrière les grandes entreprises. Donc, nous mettons en place une stratégie de mise à niveau extrêmement ambitieuse avec tous les moyens qu’il faut pour permettre aux entreprises publiques et privées dans une certaine mesure d’accroître leurs capacités de compétitivité et de productivité. Autre dispositif mis par l’Etat, celui de l’investissement qui est un des meilleurs au monde, en tout cas il est de classe internationale. Nous faisons avancer tout le monde mais pour certaines branches particulières, nous ne pouvons pas faire au marché, nous sommes obligés d’intervenir de manière à ce que cette promotion puisse se faire. Mais faut-il le dire, une gestion étatique non plus, nous ne pouvons non plus nous asseoir dessus. Le problème, c’est donc de voir qu’est-ce qu’on peut donner au marché totalement et qu’elle est l’intervention possible de l’Etat de manière à avoir un équilibre qui est la politique économique. Nous ne faisons pas appel particulièrement à l’IDE dans cette affaire. Si nos nationaux peuvent rentrer dans ces entreprises porteuses, pourquoi ferions-nous appel à des étrangers ? Au contraire ! Et si les étrangers veulent venir, dans quelles conditions ?Le problème est à négocier très sérieusement. Q.O.: La stratégie est donc le cadre que l’économiste Temmar a tracé et les assises c’est le débat pour proposer des politiques de mise en oeuvre ? H.T.: Exact. Nous, nous avons proposé des politiques, mais nous allons voir, chacun viendra avec ses idées. Ce que je souhaite, c’est que nos hommes qui vont être là ne se dégonflent pas, qu’ils aillent à la bataille, qu’ils nous apportent des idées parce que s’’ils restent dans la langue de bois, on n’aura rien fait. Q.O.: Est-ce que vous liez l’idée des IDE à votre programme de privatisation ? H.T.: Non, actuellement les IDE constituent à peu près 25% dans le programme de privatisation. De toutes les entreprises qu’on a vendues ou même cédées à 70%, 30%, l’IDE n’occupe que 25%. Tout le reste c’est national. Q.O.: Y a-t-il problème ? H.T.: Non, il n’y a aucun problème. Le problème, c’est la nature de l’activité. Dans certaines activités, le national ne vient pas parce qu’il n’en a pas les moyens, il n’a pas la technologie pour ça et il n’a pas le marché pour ça. Pour d’autres, au contraire, c’est le national qui est le mieux placé pour ça. Mais nous ne choisissons pas, c’est le marché qui choisit, c’est-à-dire un investisseur d’où qu’il vienne, il est pris en charge. Q.O.: Encore une digression, monsieur le Ministre. On dit du ministre Temmar qu’il accapare les espaces et ne laisse pas les secteurs privatiser eux-mêmes leurs entreprises. H.T.: La privatisation est une affaire nationale qui doit être donnée à quelqu’un dont la fonction est précisément de trouver les meilleures possibilités de ce point de vue-là. En principe, ce n’est pas moi, c’est la SGP qui privatise son portefeuille. Mais vous comprenez très bien dans quelle situation on est tombé là-dedans ? A la SGP, on lui demande de développer son secteur donc à faire de l’investissement et à cette même SGP, on demande de privatiser, c’est-à-dire faire du désinvestissement pour ce qui est de son portefeuille. Mais les pauvres gars des SGP sont complètement perdus dans cette affaire. Il faut séparer totalement les responsabilités de développement qui est l’investissement, de la responsabilité de privatisation qui est un investissement par la recherche de partenaires stratégiques. Q.O.: Mais pourquoi chaque secteur ne pourra-t-il le faire pour ces entreprises ? H.T.: C’est régresser ! C’est revenir aux années 70 et ça n’a pas marché ! Ça ne marchera pas ! Dans tous les pays du monde, la privatisation a été le fait d’organismes spécifiques. On n’a jamais donné aux ministères sectoriels la privatisation parce que le secteur, lui, est chargé de développer. Q.O.: L’UGTA a même demandé la dissolution du MPPI... H.T.: Le MPPI doit disparaître dès qu’il aura fini sa mission. Ce n’est certainement pas un ministère qui doit continuer. De la même manière pour l’investissement, dans les autres pays avancés, il n’y a pas un ministère de l’investissement, il y a les banques qui font ça. La où je dis que les gens raisonnent en fonction de critères qui ne sont pas ceux de 2007. Il serait extrêmement grave de revenir à des formules de tutelle. Q.O.: Mais vous êtes une tutelle ? H.T.: Non, pas du tout ! Qui a dit ça ? Le MPPI n’est pas la tutelle du secteur public. Il y a la loi qui explique l’autonomie de l’entreprise et c’est son assemblée générale qui décide dans le cadre du CPE. Je ne privatise rien ! Le ministère ne prend jamais aucune décision de cession. Q.O.: Le CPE n’est-il pas un instrument bloquant ? H.T.: Au contraire, c’est un instrument qui donne à tous les ministères concernés d’être présents au moment de la cession. Q.O.: La stratégie implique-t-elle tous les acteurs ? H.T.: Absolument ! C’est leur stratégie ! Elle n’est pas la stratégie de l’Etat mais c’est une stratégie nationale. Je saisis cette occasion pour faire un appel vibrant au secteur privé qu’il se mobilise pour cette stratégie et qu’il prenne des initiatives et qu’il vienne avec des propositions, sans attendre que ça soit l’Etat qui le fait. Q.O.: Qu’en est-il du capital humain ? H.T.: Le problème des ressources humaines est un problème de qualification. On l’explique dans la stratégie. Mais il faut savoir que tout est basé sur les compétences ! Q.O.: Le modèle institutionnel en place répond-il à votre stratégie ? H.T.: Le problème de l’institution est un problème éminemment politique, ce n’est pas la stratégie qui va le régler. Ça c’est une affaire politique qui est laissée au pouvoir politique mais la stratégie certainement pose un problème, celui de l’organisation interne des différents départements ministériels et surtout leur capacité de gérer des politiques. Ces capacités doivent être sérieusement remontées. Ne faut-il pas s’attaquer dans chacun des ministères à ces problèmes d’organisation institutionnelle, de procédures, de méthodes, d’instruments de contrôle; tout ce qui fait l’Etat. Q.O.: Ce ne serait pas ce que recommande le rapport de la commission sur la réforme des missions et des structures de l’Etat ? H.T.: Il y certainement beaucoup de cela pour ce qui est de revoir le modèle institutionnel. |
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