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Statistique économique : Quelle portée didactique ?par L.B.C, Le Jeune Indépendant, 30 janvier 2008 Les chiffres périodiquement annoncés par les officiels au sujet du plan de consolidation de la croissance, des revenus extérieurs, du fonds de régulation des recettes ou encore des intentions d’investissement de certains pays étrangers, sont assurément impressionnants. Bien des questions sont pourtant susceptibles de se poser à cet égard ; il ne s’agit d’ailleurs plus seulement de s’interroger sur la destination des milliards de dollars égrenés par les organismes techniques spécialisés ou par des responsables politiques, mais de s’intéresser aussi aux modalités de communication et de gestion de la statistique économique. Devant l’avalanche de données financières évaluées en dizaines de milliards de dollars, on ne peut en effet s’empêcher d’épiloguer sur le niveau de cohérence de la démarche et sur la fiabilité et la portée exacte des chiffres. Les réserves émises sur ce qui apparaît comme une approche quasi exclusivement quantitative, par les autorités, de nombre de problématiques économiques sont d’ailleurs légitimes du fait de leur connextion à des indications parfois contradictoires et ambiguës. Le discours économique adossé à des chiffres qui ne relèvent pas d’une même typologie ni d’une même catégorie conceptuelle ne contribue évidemment pas à la clarification souhaitée. Par ailleurs, le débat sur le fait de savoir ce que recouvre le chiffrage de tel ou tel volet des réformes n’est pas que théorique et ne concerne pas que les spécialistes ; il suscite aussi l’intérêt du citoyen par rapport à ce que cela pourrait signifier de concret pour lui en termes d’emploi, de logement, d’amélioration de l’environnement, de protection sociale, de prestations de service. Cette préoccupation s’exprime du reste au quotiden dans le champ social même si elle est formulée plus directement et ne s’embarrasse pas de nuances. Cela dit, et sur un plan général, l’argument de l’embellie financière souvent mis en avant, notamment pour rassurer sur la solvabilité de l’Algérie et sur sa capacité à couvrir ses importations pour les deux années à venir, se retrouve fortement relativisé par une présentation discordante ou insuffisamment étayée des indicateurs statistiques. Que reste-t-il au fait de cette embellie si, comme le déclarait récemment le ministre de l’Industrie et de la Promotion de l’investissement, il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’Etat, et si les ressources disponibles ont déjà été affectées et réservées au programme de relance économique ? La gestion des moyens financiers du pays devrait certes se traduire sur le terrain par des réalisations tangibles, mais elle doit aussi générer une juste répartition des fruits d’une croissance dont on ne cesse de parler. Mais la rigueur en la matière est censée imposer une méthodologie et une pédagogie dans le discours sur le management macroéconomique. Il y a là une attente à laquelle on se doit de répondre en expliquant les notions de dépenses publiques, d’investissements, de projets, autrement dit, en permettant une lisibilité, une transparence sur les étapes fondamentales du processus technico-financier (prévision, engagement des financements, mobilisation ou réalisation effective, restes à réaliser, évaluation…) des réformes. Il devrait en être de même pour ce qui a trait à notre coopération extérieure et aux perspectives de partenariat et d’investissements directs étrangers à propos desquelles les indications chiffrées continuent de relever plus de l’intention que de l’engagement formel et juridique. Cette façon de procéder ajoute à la confusion sur l’état exact du potentiel financier national et sur la capacité réelle de l’Algérie à mobiliser des capitaux non générateurs de dette, et fausse quelque peu notre perception des relations de coopération et des stratégies des pays dits partenaires. On aurait tort, en tout cas, de penser que les appréhensions exprimées dans les milieux spécialisés quant aux conséquences d’une absence de définition de nombre de concepts économiques ou financiers ne visent qu’à alimenter des exercices de style ou des discussions abstraites. Les phases critiques que les marchés financiers et boursiers internationaux traversent ces derniers temps viennent nous rappeler l’absolue nécessité de hisser notre effort de réflexion à un niveau suffisamment qualitatif et percutant pour qu’il porte efficacement sur l’ensemble des répercussions probables de la conjoncture mondiale sur notre économie. Une prise en compte utile de ces données dans notre vision d’une économie nationale, de toute manière totalement extravertie, passe obligatoirement par un travail sur les nouveaux paradigmes de l’économie internationale que la mondialisation ajuste et sophistique au jour le jour. Dès lors, la réactivité et l’anticipation devraient se systématiser dans un contexte de plus en plus complexe et exigeant en termes de rationalité dans les procédures de traitement de l’information économique et financière. La transparence, l’objectivité et l’exhaustivité dans la présentation d’un bilan et l’établissement de projections économiques nationales sont donc des prérequis dans toute démarche destinée à fiabiliser l’approche quantitative d’une politique de réforme. L’évolution du rapport Etat-citoyen, l’atténuation de la défiance qui le caractérise, l’adhésion et la participation à un programme de développement, tout cela aussi est tributaire du sens et de l’intelligibilité des concepts liés à cette politique. L. B. C.
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