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Asociaux, sans-abri, sans famille et délinquants Le triste visage nocturne d'Algerpar Abdelhalim Mouhou, Le Jeune Indépendant, 14 février 2008 Dès la tombée de la nuit, Alger se retrouve envahie par tous ceux et celles, et ils sont nombreux, qui n'ont que le ciel pour toit et les cartons laissés par les marchands informels pour passer la nuit. Les cellules d'écoute et de préservation des mineurs de la police et de la Gendarmerie nationale ont mené, conjointement avant-hier, une opération nocturne dans les rues d'Alger dans le cadre de la préservation des enfants en danger moral. Les journalistes étaient massivement conviés à couvrir cette opération. Au-delà de son objectif initial, cette sortie a permis de lever le voile sur toutes les misères humaines vécues à Alger dès la nuit tombée. Chacun de ces laissés-pour-compte a ses propres raisons, sa propre histoire, mais, au bout, le résultat est le même : une déchéance humaine. La première «histoire» est celle de Selma, une jeune fille de 18 ans retrouvée au siège de la sûreté de la daïra de Bab El-Oued, lieu de départ de cette opération. Elle venait d'arriver de Sétif, Aïn Oulmane plus exactement, qu'elle a fui. Et elle a eu le réflexe de s'en remettre aux policiers. Les conditions matérielles ne sont pour rien dans son histoire. Selma a fui un père violent et une famille qu'elle semble rejeter de toutes ses forces. L'accusant d'entretenir une relation avec un jeune homme, chose qu'elle nie, son père, commerçant de son état, la maltraite, d'une façon sauvage selon elle, et décide de mettre fin à ses études. Cette frêle jeune fille voilée, qui dit être diabétique, ne veut même pas appeler sa mère, victime elle aussi du comportement de son mari. «Je ne veux pas les appeler. Ils n'ont que faire de moi. Ils m'ont dit chah (c'est bien fait pour toi ) quand je leur ai dit que j'avais le diabète», se défend-elle, en soulignant que le médecin lui a assuré qu'elle avait contracté cette maladie chronique à cause de son stress. «Elle est en train de se venger de ses parents», selon Zakia, l'officier de la cellule d'écoute préventive de la DGSN. L'opération a commencé aux environs de 20h00 sous les ordres de l'officier Amirouche, chef de brigade de la police judiciaire. Les descentes dans les lieux de rencontre des jeunes de Bab El-Oued, au jardin Marengo et à Climat-de-France, à l'ex-rue Job notamment, n'ont rien donné si ce n'est le contrôle de quelques-uns sirotant une bouteille de vin ou quelques canettes de bière. Ils seront quand même considérés comme étant en état d'ivresse publique et manifeste. Rue Bouzrina : un «hôtel» à la belle étoile A la rue Bouzrina, ce sont d'autres histoires plus dramatiques les unes que les autres. Solidaires dans leur misère, des hommes, des femmes et même des enfants, qui sur un carton qui sur un matelas de fortune, sont alignés sous les arcades de la rue en cette nuit glaciale de février. Ils sont réveillés par les vrombissements des moteurs. Zakia et son alter ego de la gendarmerie, Wassila, rencontrent ici un cas qui relève de leur domaine. Il s'agit d'un garçon de 9 ans, collé à son père, couchant à la belle étoile. Le père explique qu'il avait été expulsé, lui et sa petite famille, du logis qu'il habitait depuis quelques jours. Lui et son garçonnet n'ont trouvé que la rue pour refuge, alors que la maman logerait, selon lui, dans un hôtel. Pas la peine de se poser trop de questions sur ce qu'elle fait. Les représentantes des services de sécurité sont formelles. «Cet enfant est en danger moral. Un PV sera dressé et envoyé au juge des mineurs pour statuer sur l'affaire», a indiqué la gendarme psychologue Wassila. A un mètre de là, emmitouflée dans ses guenilles et se battant avec les pans d'un semblant de couverture, une femme qui dit avoir 50 ans mais qui paraît en avoir 70 raconte : «Je suis de Constantine. Mon mari a subi une intervention chirurgicale qui l'a cloué au lit. Je demande l'aumône pour le nourrir ainsi que mes cinq enfants. Je retourne à Constantine chaque mois.» «Rana mahgourine (nous sommes lésés)», s'écrie Ramdane, son voisin d'infortune. Lui, il est de Jijel. Il est victime, selon ses dires, des agissements de sa femme et de ses sept garçons. «Je suis empêtré dans les problèmes depuis 1989», se plaint-il, en affirmant que sa femme et ses enfants se sont ligués contre lui. A l'époque, il travaillait à l'usine de céramique de Jijel. Aujourd'hui, il se rend utile auprès des commerçants informels qui lui assurent la nourriture. Mohamed, quant à lui, vient d'Aïn Defla. Il a travaillé dans les rangs de la police communale jusqu'à 2001, avant qu'il ne soit licencié suite à une rixe avec un collègue. Blessé par balle lors d'un accrochage, Mohamed n'a bénéficié d'aucune pension. Maintenant, il est réduit à faire dans la récupération et la vente de cartons à recycler pour survivre. Au royaume des «nés sous X» A la Pêcherie, à une vingtaine de mètres du port de pêche, un jeune homme de 23 ans est couché sur une paillasse étalée à même le sol, emmitouflé dans une seule couverture pour se protéger de l'air marin glacial. Il vient de Chlef et essaye de se rendre utile auprès des pêcheurs. Au « dortoir» des pêcheurs, situé à quelques encablures de là, deux « tourtereaux» sont débusqués. Une jeune femme, en état d'ébriété, raconte son drame. «Je n'ai ni père, ni mère, ni frère. Mon unique frère, Samir, était policier. Les terroristes l'ont assassiné en 1994. Mon mari, également policier, m'a répudié dès qu'il a été promu officier. Je suis donc obligée de travailler dans un bar pour nourrir mes trois enfants», résume-t-elle devant la caméra de la télévision. Le stade Ferhani, en chantier, est quant à lui squatté par une autre catégorie de personnes. Salah, de Bab El-Oued, Mohamed, d'Aïn Bénian, Hicham, de Constantine, et Yacine, de Souk Ahras, en compagnie d'un homme d'une quarantaine d'années au visage balafré, s'adonnent à leur activité favorite : snifer de la glue et du diluant et avaler des psychotropes. Salah, 23 ans, et Hicham, qui dit en avoir 19, sont des «nés sous X». Ils sont jusqu'à ce jour sans «identité officielle» et n'ont aucune qualification pour espérer avoir un emploi et sortir de leur misère. Après une brève «révolte» à l'arrivée des journalistes et des services de sécurité, ces jeunes, le regard dans les nuages, reprirent à s'esclaffer à gorge déployée sous l'effet de la drogue. A. M.
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Dégradation de la situation sociale | ||||
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www.algeria-watch.org
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