17 mois de salaire impayé

Les travailleurs du textile protestent à Oran

Par : M. MOHAMMED, Liberté, 29 novembre 2006

La filière est au bord du sinistre en raison de la concurrence déloyale des trabendistes.

Soixante-dix représentants de l’entreprise nationale du textile Enaditex (Ex-Sonitex) ont lancé lundi entre 10h et 12h une opération de protestation au siège de leur direction, sis place 1er-Novembre à Oran.
Pourquoi au siège et pas en pleine place pour attirer l’attention des pouvoirs publics ? “Pour une raison très simple, nous diront les syndicalistes et les travailleurs qui sont venus à notre rédaction : nous avons surtout voulu attirer l’attention de nos instances dirigeantes.”
Ces travailleurs dont l’effectif est passé de 166 à 106 en l’espace de quatre ans ont tenu à réclamer leurs 17 mois de salaires impayés.
Sans doute à cause de la concurrence du cabas de Turquie, de Syrie et de Chine et de la régression globale de la filière. L’entreprise a dû fermer plusieurs de ses magasins et de ses dépôts en Oranie, entre autres, à Chlef, Mascara, Mostaganem et Aïn Témouchent. En fait, la filière est littéralement au bord du sinistre. Tout particulièrement peut-être ici, dans l’ouest du pays.
D’abord le commerce informel n’a pas fait de quartier dans cette activité. Combien sont-ils les “besnessa” qui s’envolent chaque semaine vers Alicante, Istanbul et Damas pour remplir des valises et des cabas entiers de produits relativement bon marché et les injectent dans les réseaux parallèles de la distribution ? Il est difficile d’établir un chiffre. Certainement des dizaines de milliers. Même les femmes se sont mises de la partie. Elles proposent à leur clientèle généralement des mères au foyer non seulement du linge de luxe, en vogue dans les pays étrangers telles que les robes, chemisiers, tailleurs de soirée mais les allèchent pour les fidéliser par des paiements à tempérament.
Les liens privilégiés ainsi tissés ont amené par exemple les “besnessate” à travailler sur commande particulièrement à la veille des fêtes de l’Aïd et surtout en été à la veille des mariages et des fiançailles. Il serait naïf de croire que ces voyageurs et ces voyageuses d’un genre particulier régulièrement abonnés aux lignes Air-Algérie sont concentrés dans la seule ville d’Oran. Ils essaiment toute l’Oranie pour ne pas dire toutes les villes et tous les villages de l’Oranie.
À cela s’ajoutent ensuite les revendeurs des produits passés frauduleusement au travers de la frontière algéro-marocaine.
Enfin, il ne faut pas oublier l’invasion graduelle des commerçants chinois à Oran qui ouvrent çà et là boutique. Mais pour en revenir aux protestataires d’Enaditex qui pointent un doigt accusateur vers la “mauvaise gestion de leur entreprise”, beaucoup d’entre eux nous ont signalé que des familles se nourrissaient de pain et de lait et qu’un travailleur est mort dans l’établissement même, suite à ces problèmes.
Il est peut-être temps de faire un diagnostic complet de cette filière et de procéder à sa revalorisation. Il y va du pain de milliers de travailleurs.

M. MOHAMMED

   
www.algeria-watch.org