|
|||||
Appel Syndicats – ArgumentLa lutte du peuple algérien pour la reconnaissance de ses droits politiques et civiques remonte au début du XX ième siècle, quand de nombreux travailleurs algériens, empêchés chez eux, se sont formés aux luttes syndicales en France. Les partis politiques algériens nés au cours des années 1920 et 1930 ont été constitués par des militants issus du mouvement syndical. La centrale syndicale UGTA (caporalisée et réduite au rang d'appareil servile de la sécurité militaire dès son premier congrès post-indépendance tenu en 1963) créée en 1956 pendant la guerre de libération a été un puissant vecteur de défense des travailleurs algériens doublement exploités et un des facteurs clés de l'internationalisation de la question algérienne. Aujourd'hui, dans un contexte de dictature et d'appauvrissement, la défense des travailleurs algériens est assurée dans des conditions extrêmement difficiles par les syndicats autonomes. Sans moyens et réprimés, ces syndicats ne bénéficient d'aucune forme de solidarité ni d'écoute hors des frontières algériennes. C'est pour rompre ce silence assourdissant et manifester la solidarité de nombres de citoyens français et algériens des deux rives que nous appelons à manifester le 1 er novembre 2005. Pour le libre exercice du droit syndical en Algérie. Les syndicats autonomes se sont constitués en Algérie à la faveur des lois promulguées entre 1989 et 1991 pendant la brève période d'ouverture démocratique menée par le gouvernement réformateur de Mouloud Hamrouche. Ce syndicats se sont créés pour défendre les intérêts des travailleurs jusqu'alors représentés par le syndicat unique UGTA complètement instrumentalisé par la police politique depuis l'indépendance. Frappés de plein fouet par l'ajustement structurel et l'absence de toute gestion économique, les travailleurs algériens voient leurs conditions d'existence se dégrader de manière très grave. Les salaires algériens sont d'après tous les indicateurs les plus faibles de la région méditerranéenne. Grâce à l'envolée des prix pétroliers, l'économie affiche depuis cinq ans au moins un excédent budgétaire et commercial de plus en plus élevé sans que cela ne se traduise par l'amélioration de l'accès aux services publics fortement dégradés, du pouvoir d'achat des fonctionnaires de moins en moins motivés à servir une administration sociale, économique et de souveraineté qui apparaît pour ce qu'elle est : paralysée, corrompue et impotente. La pauvreté se généralise, les missions sociales de l'Etat se réduisant de plus en plus à des actions spectaculaires et démagogiques de charité humiliante comme en ce mois de Ramadan. Depuis que l'Etat a lancé sous la houlette de la Banque Mondiale son programme de réalisation de logements tant de fois annoncé, les sociétés publiques et privées se sont avérées incapables de répondre aux appels d'offres les moins compliqués. Cette indigence, résultat de la destruction systématique depuis onze ans des sociétés publiques et de l'orientation du secteur privé vers la spéculation rentière et le profit à court terme, condamne ces programmes à être confiés aux sociétés étrangères sans effets d'emploi, de production et de revenus sur le marché intérieur, nourrissant la grande corruption et l'envolée des prix. Les gouvernements qui se sont succédés depuis l'interruption brutale de l'expérience démocratique en juin 1991 ont systématiquement ignoré les syndicats autonomes (largement plus représentatifs que le syndicat UGTA) en tentant de les asphyxier par le harcèlement des dirigeants syndicaux et par la répression d'une manière générale. De nombreux syndicalistes sont ainsi l'objet de mesures de suspension de salaires, de mise sous contrôle judiciaire et parfois contraints à l'exil pour des faits qui relèvent purement de l'exercice du droit syndical. Obligé de reconnaître l'existence de ces syndicats (ne serait ce qu'au regard des accords et traités internationaux – dont celui relatif à l'OIT), le pouvoir ignore en permanence ces syndicats qui sont les seuls à conduire sur le terrain des actions revendicatives. Pour la levée de l'état d'urgence et l'abrogation des lois d'exception. Depuis l'interruption du processus électoral en janvier 1992, l'Algérie vit sous un régime d'exception qui se traduit par une série de lois instaurant l'état d'urgence. Ces dispositifs légaux transfèrent des pouvoirs exorbitants à l'exécutif et à ses services policiers. Leur promulgation avait été justifiée par la situation sécuritaire et les contraintes inhérentes à la lutte anti-terroriste, elles ont pour effet aujourd'hui de verrouiller la scène politique et, en restreignant très fortement les libertés publiques et individuelles, d'interdire tout débat sur les questions fondamentales qui intéressent la société toute entière. Alors que l'ensemble des maquis agissant au nom de l'islamisme jihadiste ont cessé leurs activités terroristes, alors même que ces soi-disant maquisards bénéficient de l'impunité et ont publiquement accès au champ politique, le régime en place maintient depuis quatorze ans un état d'urgence mettant le pays sous régime d'exception de fait. La démonstration est faite que ce sont les libertés publiques d'expression et d'association et l'utilisation des moyens pacifiques de lutte et de résistance contre les politiques sociales et économiques aventureuses qui sont visés par ce dispositif. L'état d'urgence permanent a permis à ce jour la domestication de la presse. Les lois d'expression ont vidé l'appareil judiciaire de toute capacité d'arbitrage indépendant et l'ont transformé en instrument privilégié de répression aux ordres de l'exécutif. Pour l'égalité de droit entre les hommes et les femmes. Les archaïsmes qui continuent de dominer de larges secteurs d'une société traumatisée par la violence, la précarité et l'arbitraire sont encouragés par l'interdiction de tout débat public. Plus gravement, ces régressions sont nourries par le discours patriarcal et autoritariste du pouvoir dont les clientèles sont recrutées dans les franges les plus obscurantistes de la société algérienne. Les premières victimes de cet état de fait, que ce soit en matière de travail et d'emploi ou plus largement dans le domaine du statut social et du droit, sont les femmes. Alors que la Moudawana initiée par la monarchie marocaine montre grâce à la mobilisation réalisée à quel point les sociétés maghrébines sont prêtes à se débarrasser de l'obscurantisme séculaire anti-féminin et à concrétiser l'égalité hommes-femmes, la République algérienne, qui se proclame encore démocratique et populaire et dont les « passionarias » prétendument féministes monopolisaient récemment les médias occidentaux pour faire la guerre à la menace islamiste contre les femmes, demeure embourbée dans des lois iniques et un mépris scandaleux des revendications féminines élémentaires De fait, le code de la famille, strictement anticonstitutionnel, entérine des dispositions médiévales qui font des femmes des non-citoyens et des individus de seconde catégorie. C'est la raison pour laquelle il ne peut y avoir de libération démocratique véritable sans l'abrogation de tous les textes discriminatoires et qui portent atteinte à la dignité de la moitié de la population algérienne. Le combat pour la liberté et la démocratie est inséparable de la lutte pour l'égalité entre hommes et femmes. Pour les libertés d'expression, de réunion, de manifestation. Au moment ou des journalistes sont embastillés pour des délits d'opinion - et le cas de Mohamed Bentchicou en est une illustration tristement emblématique - ou des syndicalistes sont pourchassés ou toute opinion alternative au discours du pouvoir est bâillonnée, il est plus nécessaire que jamais d'affirmer la nécessité d'aboutir enfin au respect du droit et des normes universelles en matière de libertés publiques et privées. Aucune lutte anti-terroriste ne peut justifier la dictature et le viol permanent de l'intégrité morale et physique des citoyens. La dictature militaro-policière, au nom d'intérêts inavouables, exerce une contrainte violente et insupportable sur des libertés fondamentales pour lesquelles le peuple algérien se bat sans relâche depuis des dizaines d'années. L'Appel du 1 er novembre 1954, texte déclencheur de la guerre anti-coloniale, proclamait en toutes lettres parmi ses objectifs premiers « Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. » . 61 ans après, le peuple algérien, qui a vu détruire son encadrement politique et bafoué ses idéaux de justice et de liberté, humilié par la pauvreté et l'arriération, continue néanmoins de lutter dans les pires conditions, pour cet objectif. |
Le 1er novembre 2005, nous manifesterons pour les libertés publiques et syndicales en Algérie... |
||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||