Le lait, à quel prix ?

par H.Barti, Le Quotidien d'Oran, 20 mai 2007

Maintenir le prix du sachet de lait pasteurisé à 25 dinars est devenu pour l'Etat un véritable engagement. Mais la réalité du terrain semble toutefois contredire cette volonté affichée par les pouvoirs publics.

La crise survenue depuis plusieurs semaines autour de ce produit de première nécessité semble en effet perdurer dans le temps. Sur la place d'Oran, le consommateur paie actuellement le sachet de lait pasteurisé entre 27 et 28 dinars, selon les quartiers et les commerçants. Pourtant, le prix public du sachet de lait pasteurisé d'un litre est toujours à 25 dinars, grâce à une subvention de 15 dinars par litre que l'Etat s'est engagé à accorder, avec effet rétroactif, aux producteurs.

Dans un communiqué rendu public lundi dernier, le ministère du Commerce avait en effet indiqué qu'»en attendant l'importation de la poudre de lait par la société MilkTrade et l'approvisionnement des producteurs, prévu à compter de juin prochain, le ministère du Commerce informe les producteurs de lait de la décision des pouvoirs publics de leur octroyer une subvention de 15 dinars par litre effectivement produit en vue de compenser la différence entre le coût de revient et le prix de vente, et ce à compter du mois de mars dernier».

Il devient dès lors légitime pour le consommateur de s'interroger sur les raisons qui justifieraient le prix actuel supérieur à celui fixé par l'Etat. Certains commerçants expliquent ce «dépassement» du prix public par le fait qu'ils payent le produit aux distributeurs à 24,50 dinars le sachet.

Pour eux, les prix pratiqués actuellement ne font que refléter ce prix d'achat. On avance même l'argument des frais de transport qui viennent se greffer au prix de vente. D'autres soutiennent, en revanche, qu'il s'agit là uniquement des conséquences d'une crise qui n'a que trop duré, mais qui finiront par se dissiper une fois le marché complètement stabilisé. «Le marché n'est pas encore régulièrement alimenté. Mais une fois qu'il y aura reprise complète de la production, cela va indéniablement se répercuter positivement sur les prix», indiquent-ils.

Les consommateurs, particulièrement ceux à revenus modestes, ne l'entendent pas de la même oreille. Pour eux, pour qu'il y ait respect du prix public, il faudrait plus d'engagement de la part des services chargés du contrôle des prix, faute de quoi, le marché aura toute la liberté de fixer ses propres prix. «Même avant cette crise, le prix du sachet du lait pasteurisé se vendait au-dessus de la barre des 25 dinars. Je ne vois pas pourquoi maintenant les commerçants s'aligneraient sur le prix public s'il n'y pas quelqu'un qui veille au respect des décisions de l'Etat», affirme un père de famille oranais.

Pour rappel, cette crise du lait est née il y a quelques semaines, lorsque les producteurs de lait pasteurisé en sachet se sont mis à revendiquer, face à une forte augmentation des cours de la poudre de lait importée, l'alignement du prix de vente public (25 dinars/litre) sur les coûts réels (environ 40 dinars, selon eux) ou bien un relèvement de la subvention de l'Etat à hauteur des charges supplémentaires consenties.

L'absence d'une réaction rapide des autorités a amené les représentants de la filière à stopper la production, une première fois début avril, pour la reprendre un peu plus tard après avoir obtenu des assurances que la différence de prix sera prise en charge par l'Etat et que la poudre de lait sera importée par un office public et distribuée «équitablement» entre les transformateurs publics et privés.

Les laitiers privés ont arrêté de nouveau toute production il y a une dizaine de jours, incitant le ministère du Commerce à réagir par un communiqué pour assurer qu'il s'en tenait strictement à ses engagements en vue d'une indemnisation des producteurs, en attendant de leur fournir la matière première à un prix subventionné dès juin prochain. Le ministère avait justifié le retard dans la conduite de l'opération d'indemnisation par «les délais nécessaires à la mise en place de mécanismes adéquats, en coordination avec les parties concernées, d'autant plus qu'il s'agit de mobilisation de fonds publics dans une situation exceptionnelle».

Mais lundi dernier, la Confédération des industriels et producteurs algériens (CIPA) avait annoncé, dans un communiqué, que le mécanisme de prise en charge par l'Etat de la différence entre le prix de revient et le prix de vente du sachet de lait pasteurisé a été «approuvé» par les ministères concernés et les producteurs, et a appelé en conséquence à la reprise de la production.

 
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