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Étude du snapap sur le coût du panier des ménages Pouvoir d’achat : ce que les chiffres ne disent pasEl Watan, 27 janvier 2008 Djamal gagne 18 300 DA par mois. Avec la nouvelle grille des salaires, il devrait toucher 26 000 DA. Il ne pourra, malgré ce qui est présenté comme une augmentation, subvenir aux besoins de sa famille, composée de cinq personnes, évalués à 34 000 DA par le Syndicat national des personnels de l’administration publique (SNAPAP). Il est une des victimes de la paupérisation que les statistiques officielles refusent de voir, mais que d’autres symptômes révèlent galopante. L’Etat nous a mis à genoux. Nous sommes écrasés dans notre propre pays. » Djamal, 50 ans, cadre moyen dans l’administration, a la voix qui tremble. Après trente années au service de l’Etat et toujours payé à moins de 20 000 DA par mois, il s’apprête à partir en retraite. « Et je n’ai toujours pas de logement. Je vais devoir trouver un autre travail pour nourrir mes enfants. » Au bureau, entre collègues, les discussions tournent presque toujours autour du même sujet. Le pouvoir d’achat. « Le problème, c’est qu’il n’existe aucun dispositif donnant des statistiques régulières et fiables sur l’évolution des salaires », relève Mohammed Yazid Boumghar, statisticien économiste au Centre de recherches en économie appliquée pour le développement. A défaut, il faut s’accrocher aux données officielles : 3,5% d’inflation en 2007 contre 2,5% en 2006. Des chiffres qui sont loin de refléter la réalité du quotidien des Algériens. MARUTI À 9000 DA/MOISDe cette tranche de la population que l’on pourrait, si on était en Tunisie ou en Syrie, appeler classe moyenne. « Sauf qu’en Algérie, cette classe moyenne n’a jamais existé, nous explique Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à l’unité Maghreb/Moyen-Orient de l’Institut français des relations internationales. Ni la Révolution, ni le socialisme, ni les réformes sous Chadli n’ont vraiment généré de classe moyenne. Il y a d’un côté les nantis, de l’autre les marginalisés. Et au milieu, le gros de la population éloigné des prises de décision politique et qui ne bénéficie pas de la redistribution de la rente pétrolière. Celle-là même qui devrait alimenter les budgets de l’éducation, du logement, des soins…, bref, de tout ce qui touche au quotidien de la population. » Au quotidien, une classe « oubliée », qui se paupérise chaque jour davantage. Ce que les chiffres ne disent pas, d’autres paramètres le démontrent. Comme l’invasion des petites voitures. « La Maruti est assez symptomatique de la paupérisation de la société, note Mohammed Yazid Boumghar. Dans un pays disposant de 100 milliards de dollars de réserves et dont l’économie fonctionne correctement, on ne voit pas autant de petites cylindrées. » L’endettement des ménages pour s’acheter une voiture ne fait qu’aggraver la situation financière du foyer. « Nous avons tous autour de nous des exemples de personnes qui ont renoncé aux congés d’été parce qu’ils ont contracté un crédit automobile. Certains n’arrivent même pas à débourser les 9000 DA mensuels pour rembourser leur crédit et sont obligés de travailler clandestinement, poursuit l’économiste. Il n’y a qu’à regarder le soir, dans certains quartiers, dans quelles voitures se trouvent les taxis clandestins. » karentita pour 17 DAAutre symptôme visible : le développement des commerces de quartier populaire. Type stocks américains, qui ont depuis quelques années cédé la place aux commerces de vêtements chinois. « Prenez un quartier, celui de l’avenue Didouche Mourad, autrefois habité par les Français et la bourgeoisie algérienne uniquement, ajoute-t-il. A partir de 1992, des commerces typiques des quartiers populaires se sont installés. On a vu les cadres moyens des banques et des assurances déjeuner d’une karentita, c’est-à-dire débourser 17 DA pour manger. Un cadre bien payé prendrait un repas à table ! » La part du budget consacré à l’alimentation peut également être une preuve de la paupérisation de la société. Là encore, aucun chiffre ne permet de le dire, mais les observations de terrain donnent à penser que si on avait le détail de la consommation des ménages sur dix ans, on verrait le budget destiné à l’alimentation augmenter. Le rapport du Programme national de développement des Nations unies relevait en 2006 que les dépenses alimentaires représentaient 58,22% des dépenses globales. « La consommation des ménages s’étudie à partir de cinq postes : l’alimentation, la santé, l’habillement et les loisirs. Quand une classe moyenne se paupérise, deux phénomènes apparaissent. Les extrêmes augmentent : le poste alimentation augmente et celui des loisirs tend à disparaître. » En d’autres termes, quand 15 000 DA ne suffisent pas à alimenter les cinq postes, ils servent à assurer juste le minimum vital. Au détriment de l’habillement, des loisirs, et plus grave, de la santé. Mélanie Matarese
Djamal, 50 ans, et Ghania, 37 ans. Salaires : 18 300 DA et 11 000 DA. Trois enfants de 2, 5 et 9 ans. « On fait au mieux 4 repas complets par mois »Lui est un cadre moyen dans l’administration. Après 28 ans d’ancienneté, il touche 18 300 DA. Sa femme, fonctionnaire aussi, gagne 11 000 DA. Avec leurs trois enfants de 2, 5 et 9 ans, ils vivent dans un studio de 29 m2 à Bab El Oued, qui leur coûte 9000 DA par mois. « Les sanitaires collectifs se trouvent à l’extérieur et la bâtisse est si vieille que les enfants souffrent beaucoup de l’humidité, raconte Djamal. Tous les deux mois, je dois prévoir 3500 DA pour payer les visites chez le médecin et les médicaments. » Pour eux, Djamal n’est pas allé chez le médecin depuis douze ans, sauf chez le dentiste pour se faire enlever des dents. Quand tout va bien, la petite famille arrive à faire quatre repas complets par mois. Le reste du temps, pain et fromage sont au menu. « Les légumes coûtent trop cher et la viande est réservée aux jours de fête. » Le shopping pour trouver des vêtements se fait uniquement à la friperie, où 450 DA suffisent pour changer de pantalon. Tous les matins, ils doivent se présenter au travail avant 8h, mais ils n’ont pas de voiture. « On se déplace en bus ou à pied quand les 200 DA par mois dégagés pour le transport sont engloutis. Acheter une voiture ? Bien sûr, mais c’est impossible. » Djamal se demande comment ils arrivent à tenir jusqu’à la fin du mois. Parfois, il y a de bonnes surprises. « Récemment, il nous est resté 4 000 DA, se souvient-il en souriant. C’était la fête. On est tous partis au restaurant manger une pizza… » Mélanie Matarese
« 3,5% d’inflation ? Elle est au moins à 6,6% ! »L’étude réalisée par le Syndicat national autonome des personnels de l’administration publique a été réalisée en octobre et novembre 2007. Les prix ont été relevés par les ateliers du Snapap, aidés par des experts. Le total du panier correspond à une hypothèse basse (et pas à une moyenne). « La plupart des statistiques officielles sous-estiment l’inflation, note Mohammed Yazid Boumghar, statisticien économiste au CREAD. On n’a pas besoin d’être un expert en économie pour voir qu’elle est à plus de 3,5%. Il suffit de regarder de plus près la hausse qui a touché les secteurs étudiés pour évaluer l’indice. » D’abord, les transports et les communications. Statistique officielle : +0,9%. « Le prix du ticket Etusa (bus publics) est passé en moins d’une année de 10 DA à 15 DA, ce qui équivaut à une hausse de 33%. Sur les lignes privées, on ne trouve plus de ticket à 8 DA et il faut désormais débourser entre 12 et 18 DA. A partir de janvier 2008, le prix du billet de train s’est envolé de 20 à 25 DA, soit 25% de hausse. Admettons que le panier de toutes les offres de téléphonie n’aient pas augmenté et dans certains cas aient diminué, on reste tout de même bien au-dessus des 0,9% ! » Ensuite, l’alimentation : +6%. L’alimentation compte à hauteur de 44% dans le taux d’inflation, soit presque la moitié. « Quand on voit combien de mois le kilo de pommes de terre, pour ne parler que de ce légume, est resté au-dessus de 70 DA, l’indice me semble en deçà de la réalité. » Mélanie Matarese
Érosion du pouvoir d’achat des algériens Aisance financière contre régression socialeFace à la hausse des cours des matières premières ces derniers mois, la question du pouvoir d’achat des Algériens se fait de plus en plus sentir au point de rendre le climat social des plus dégradés. Pays vivant de la rente pétrolière et ayant les yeux rivés sur les cours du pétrole qui flirtent avec les 100 dollars, l’Algérie qui importe l’essentiel de ses besoins alimentaires et les inputs pour faire tourner son économie subit de plein fouet la hausse des autres matières premières, mettant à nu l’inefficience des politiques économiques suivies par les gouvernements successifs post-indépendance. En dépit de tentatives aussi vaines que puériles de colmater les brèches par les chiffres et des discours creux, la panne est bien réelle et le climat social gronde face à une paupérisation rampante de pans entiers de la société algérienne. Secret de Polichinelle, le divorce est plus que consommé entre une aisance financière du pays fort enviable et la régression économique et sociale de ces dernières années. En dépit d’un pacte économique et social conclu en fanfare entre les trois partenaires le gouvernement, le patronat et le syndicat-maison UGTA, et les augmentations à doses homéopathiques du SNMG, le retour de l’inflation, entraînant une nette détérioration du pouvoir d’achat de la majorité des Algériens, n’est plus une vue de l’esprit. Face à une situation des plus intenables, le gouvernement donne l’impression de naviguer à vue, tournant le dos à un mécontentement social sans précédent et s’affaire à préparer des échéances politiques qu’il juge plus digne d’intérêt. L’Algérie fait ainsi sienne l’adage qui dit : « La plus coûteuse des dépenses, c’est la perte de temps. » Au lieu et place d’une réelle revalorisation des salaires et d’une véritable réforme globale pour la promotion des libertés économiques, sociales, culturelles et politiques, seule à même de générer une croissance durable, d’atténuer le chômage et la pauvreté, le pays se plaît dans son économie de rente et se méfie comme de la peste des choix à même de faire basculer à une économie basée sur la revalorisation du travail et de l’intelligence. Préférant gérer la crise au lieu de la régler, le gouvernement concédera, à n’en point douter, quelques maigres concessions, par subventions et autres augmentations salariales insignifiantes interposées, lors de la veille électorale. Les résultats réalisés dans les équilibres macro-économiques dont les gouvernants se gargarisent ne sont pas dus à des prouesses de gestion mais à des facteurs exogènes liés à la hausse des cours du pétrole. La prouesse sera dans la capacité de faire basculer le pays dans une économie non rentière conciliant efficacité économique et équité pour plus de cohésion sociale. Cela passe évidemment par la bonne gouvernance qui fera de l’entreprise le moteur de la création de richesses et l’homme le pilier de toute réforme. En attendant, l’Algérie caracole en bas du tableau en matière de libertés économiques, de pratiques de corruption, climat des affaires, efficacité du marché de la main-d’œuvre, libertés syndicales et bien d’autres encore. M. M. * *
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Dégradation de la situation sociale | ||||
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