Le gouvernement opte pour les mesures provisoires

La paix sociale à tout prix

El Watan, 28 Août 2007

La manière avec laquelle le gouvernement procède au règlement des revendications pressantes des citoyens est pour le moins déroutante.

Les mesures prises pour régler la crise du lait et celle de la pomme de terre devenue aujourd’hui inaccessible pour la majorité des Algériens en sont un exemple édifiant. Pressé par une contestation de plus en plus grandissante, l’exécutif semble céder à la panique. Acheter la paix sociale devient la priorité. Une ordonnance vient d’être promulguée pour supprimer « temporairement » les droits de douane et la TVA sur les opérations d’importation de la pomme de terre. Une mesure provisoire dont l’impact ne sera que provisoire. La pomme de terre est-elle le seul produit qui a vu son prix flamber ? Il y a aussi l’huile de table, le sucre, la semoule et autres. Tous ces produits sont de première nécessité. Pourquoi ce qui est valable à la pomme de terre n’est pas valable pour les autres produits précités ? Que représente la pomme de terre dans le budget d’un salarié algérien de la fonction publique et père de famille s’acquittant régulièrement de ses factures d’électricité, d’eau, du gaz et des soins médicaux ? Passer trois mois de l’année en mangeant de la pomme de terre à bon prix ne ramènera jamais la paix sociale. Le gouvernement continue à ignorer le véritable problème, celui du pouvoir d’achat. Il ne faut pas être un expert économique pour constater que le niveau des salaires est faible, voire dérisoire. La réforme annoncée par le gouvernement depuis des années visant le statut de la fonction publique n’arrive toujours pas à voir le jour, enfonçant ainsi tout un pan de la société dans la précarité la plus totale. La centrale syndicale qu’on ne peut taxer « de pro travailleurs » avait, il y a trois ans, réalisé une étude détaillée du monde du travail dont l’une de ses recommandations est de relever le SNMG à 25 000 DA. L’étude en question meuble aujourd’hui les archives de l’UGTA. Depuis, le pouvoir d’achat des Algériens n’a cessé de s’éroder. L’argument de l’inflation arboré à chaque fois par le gouvernement pour justifier le maintien du statu quo a été à plusieurs fois battu en brèche par des experts et même des opérateurs économiques. Des salaires corrects n’ont jamais nui aux économies. Bien au contraire. Dans le cas précis de l’Algérie où le niveau de consommation est très élevé, comparé à plusieurs pays de la région et même dans le monde, des niveaux de salaires acceptables entraîneront une consommation effrénée. L’investissement sera alors au rendez-vous pour satisfaire une consommation de plus en plus grandissante. L’Algérie vit aujourd’hui un paradoxe économique. Optant officiellement pour l’économie de marché, elle n’arrive pas à se débarrasser des séquelles laissées par les années de dirigisme socialiste. Au lieu de se contenter de son rôle de régulateur et de puissance publique, l’Etat demeure l’acteur principal dans la chose économique. L’offre et la demande sont loin d’être la règle du marché. On continue toujours de subventionner les produits alimentaires. En somme, c’est l’anarchie qui semble prendre le dessus. Faute d’un Etat régulateur puissant et impartial, le pays est aujourd’hui livré aux spéculateurs et aux importateurs véreux.

Salah Slimani

  Dégradation de la situation sociale  
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