Le wali de Constantine, Mohamed-Tahar Sekrane, au Jeune Indépendant :

«Une troisième grande nouvelle ville sera construite dans la wilaya»

par Samir B. , Le Jeune Indépendant, 27 juin 2004

Dans un entretien accordé à notre journal, le wali de Constantine, Mohamed-Tahar Sekrane, a bien voulu ouvrir les dossiers de la wilaya. Pour la circonstance, il s’est fait accompagner d’une partie de son exécutif. Ecoutons-le. Le Jeune Indépendant : Un programme spécial de 6 milliards a été alloué pour Constantine.

Pouvez-vous nous dire comment a été investie cette enveloppe ?
Mohamed-Tahar Sekrane : Tout d’abord, je remercie nos amis du Jeune Indépendant de venir s’enquérir de l’état de développement de la wilaya de Constantine. Permettez-moi de préciser que ce ne sont pas 6 milliards, mais 5,520 milliards de DA, dont deux milliards ont été consentis pour la réfection du tombeau de Massinissa, en sus de l’enveloppe financière débloquée pour la réalisation du village numide.

D’autres grosses opérations ont été programmées, à savoir le raccordement en gaz naturel de près de 12 000 foyers, dont 6 000 sont déjà alimentés. Dans les deux mois à venir, les 6 000 autres le seront également. A ce titre, je peux vous dire que la wilaya de Constantine est à 70 % raccordée au gaz naturel.

Le chef-lieu de wilaya est, quant à lui, «gazéifié» à près de 100 %. Une autre opération a trait à la réalisation de 4 000 places pédagogiques ainsi que 2 000 lits universitaires du côté de la nouvelle ville Ali-Mendjeli. Nous avons, d’autre part, lancé un projet de réalisation de 3 000 logements à travers la wilaya, dont 1 000 pour la seule commune de Constantine.

La première pierre de ces logements a été posée par le président de la République le 19 janvier 2004, lors de son déplacement à Constantine, en visite de travail et d’inspection. L’éradication des bidonvilles et la réhabilitation des sites évacués semblent être une préoccupation majeure des autorités locales.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?
L’éradication des bidonvilles n’est pas seulement une préoccupation locale, elle est avant tout celle des autorités centrales. C’est donc sur instruction de M. le président de la République que nous procédons à l’exécution , dans les meilleurs délais, de ce programme.

Pour preuve, avant 1999, c’est-à-dire avant son mandat, il a été procédé à l’évacuation de 840 familles environ. De 1999 à ce jour, nous avons évacué 5 000 familles habitant des bidonvilles. Nous pouvons dire que les «gros» et grands bidonvilles ont été rasés tels que Polygone, Ganse, Tanoudji et Lentini.

Nous allons incessamment nous intéresser aux autres bidonvilles qui ceinturent la ville de Constantine dont on citera notamment Fedj Rih, Sarkina et Oued El-Had. Quant aux sites évacués, il n’est pas question que la débidonvillisation soit suivie d’une densification.

Dès lors, tous les terrains récupérés seront érigés en «poumons» de la ville. Par exemple, Tanoudji, à l’origine une forêt, redeviendra une forêt. Les autres sites accueilleront des équipements publics légers (aires de jeux, salles de sports…) au service des citoyens.

La nouvelle ville Massinissa semble à la traîne comparativement à celle d’Ali-Mendjeli, notamment en matière de prise en charge des concentrations urbaines adjacentes. Avez-vous quelque chose à dire à ce titre ?
Je peux vous assurer que «Massinissa» n’est pas du tout à la traîne.

Il se trouve que cette nouvelle ville a été lancée en 2000, alors qu’Ali-Mendjeli, avec ses 8 000 logements occupés et 21 000 en voie de l’être, remonte à plusieurs années. En plus, «Massinissa» est beaucoup plus modeste avec ses 10 000 logements prévus.

Cela dit, je peux dire qu’il n’existe aucune ségrégation en matière d’équipements publics puisque, à l’instar d’Ali-Mendjeli, la nouvelle ville de Massinissa dispose de toutes les commodités. Les études du phénomène des glissements de terrain traînent.

Quand Simecsol, le bureau d’étude français, rendra-t-il définitivement les conclusions de son travail ?
Là aussi, les études ne traînent pas. Simecsol a été retenu en 2002 et un contrat de deux ans a été signé pour prendre fin normalement en juillet 2004, donc dans un mois.

Mais certains phénomènes ont surgi, obligeant le bureau d’études français à reconsidérer son travail, comme par exemple la cité Boussouf où, contrairement au début, ce n’est plus une partie qui sera prise en considération mais toute la cité.

Du coup, compte tenu du fait que le délai de juillet 2004 n’étant plus possible, il a été décidé de proroger le contrat de six autres mois, autrement dit, jusqu’à la fin de l’année en cours. Au rythme où vont les choses, les deux nouvelles villes Ali-Mendjeli et Massinissa seront bientôt saturées.

A-t-on pensé au dégagement d’une nouvelle assiette pour subvenir aux besoins de plus en plus pressants des Constantinois en matière de logements, d’autant que l’Etat envisage de construire un million d’unités durant le deuxième mandat présidentiel de Bouteflika ?
C’est une question pertinente.

Nous avons, bien entendu, pensé à cela. En effet, en plus des nouvelles villes, Ali-Mendjeli, appelée à accueillir 50 000 logements et «Massinissa», prévue pour 10 000 logements, nous avons dégagé une assiette très importante du côté d’Aïn Abid ,dont une superficie de 1 000 hectares est déjà urbanisable, pour ériger une autre nouvelle ville, la troisième du genre de la wilaya de Constantine.

Cette nouvelle ville, plus grande qu’Ali-Mendjeli, laquelle s’étale sur une superficie de 1 500 hectares, devra se dessiner à l’orée de 2020. Vous avez dernièrement introduit une plainte contre des médecins et des notaires au motif, pour les premiers, d’avoir sous-loué au niveau de la nouvelle ville Ali-Mendjeli des appartements pour des besoins professionnels et, pour les seconds, d’avoir apporté une caution juridique aux contrats de sous-location. Où en êtes-vous ?
Je n’ai pas porté plainte. Les choses étant rentrées dans l’ordre, je ne vois pas, dès lors, de raisons pour poursuivre des gens honorables. Un médecin n’est pas quelqu’un qu’on traîne devant la justice. On avance que la Cour suprême aurait ordonné à l’APC de Constantine de procéder à la démolition de dizaines de villas du côté de Zouaghi, au motif que le promoteur aurait réalisé ces habitations sans permis de construire.

Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
Je ne peux rien dire à ce sujet, pour la bonne raison que je ne connais pas cette affaire. Posez cette question au président de l’APC de Constantine.

S’agissant du dossier de l’investissement, comment elle la wilaya compte récupérer les terrains abandonnés par ceux qu’on qualifie de pseudo-investisseurs ?
Bien évidemment, il y a une action normale prévue par la réglementation dans le cadre du CALPI, c’est-à-dire le comité local pour la promotion des investissements.

C’est lui qui décide des affectations de terrains. Si des terrains ne sont pas utilisés, le CALPI procède au retrait de l’attribution et dans ce cadre nous avons retiré des terrains à des investisseurs qui rechignent. Pour les chiffres, il n’y a pas de problèmes, on vous les donnera.

L’on parle de l’octroi dernièrement à un industriel d’une parcelle de terrain d’une superficie de 21 000 m2, pour les besoins d’un projet. Une telle décision, si bien sûr elle est confirmée, entrerait-elle dans le cadre de l’encouragement de l’investissement dans la wilaya ?
A ma connaissance, il y a un groupement d’investisseurs, au nombre de 15, qui s’est présenté au CALPI pour la réalisation de plusieurs projets.

Un accord de principe a été donné. Cependant, constatant le non-paiement des charges et le non lancement dans les plus brefs délais de ces projets, le CALPI a décidé d’annuler la procédure. Mais quand bien même, si des investisseurs se présentent, nous mettrons à leurs dispositions des terrains pour peu que l’on veille au respect des règles.

L’OPGI de Constantine n’arrive pas à écouler les locaux commerciaux situés en contrebas de l’université des frères Mentouri. Ne pensez-vous pas que ce type d’investissement était une erreur, d’autant plus que cet office ne disposerait même pas d’un permis de construire, consécutivement à un conflit l’ayant opposé, dit-on, à la direction de l’urbanisme ?
Tout ce que je peux vous dire est que les autres locaux seront mis en vente.

D’ailleurs, l’ADE ( l’Algérienne des Eaux) a réservé deux magasins sur les lieux pour ouvrir une antenne. Vous avez récemment soutenu que le recours au retrait de confiance ne sera plus pris en considération par l’administration.

Vos propos ont été mal accueillis par bon nombre d’élus, qui y voient une atteinte aux dispositions régissant le code de la commune. Qu’avez-vous à dire à ce sujet ?
Il faut dire qu’on ne peut pas retirer la confiance à un P/APC pour un oui ou pour un non.

Toutefois, je ne remets pas en cause le droit d’agir des élus mais à condition, bien sûr, que l’on présente des griefs bien réels. Là, je n’hésiterai pas à agir.

Depuis votre désignation à la tête de l’exécutif de la wilaya de Constantine, où se situent les satisfactions et les insatisfactions ?
Nos problèmes sont énormes et c’est pour cela que beaucoup de choses restent à faire.

Je peux vous dire que je suis vraiment satisfait de mon exécutif. Je peux même vous dire que nous travaillons en bonne camaraderie, comme je porte à votre connaissance qu’aucune opération n’est en rade. Je dirai également que la contestation sociale est acceptable au niveau de la wilaya et que je reste disposé à dialoguer avec les représentants du mouvement associatif.

Etes-vous d’accord avec ceux qui disent que Constantine est «spéciale» et que, partant, sa gestion l’est également ?
Non, je ne le pense pas. Constantine n’est pas spéciale, mais je dirai qu’elle a ses spécificités comme d’ailleurs d’autres wilayas.
J’ai travaillé dans plusieurs wilayas et je sais de quoi je parle.

Dès votre désignation à la tête de l’exécutif, vous aviez affirmé votre intention de maintenir un contact permanent avec la presse. Or, dans le milieu de la profession, on parle plutôt de relations froides entre le wali et les journalistes de Constantine. Votre avis ?
Le contact avec les gens de la presse n’a jamais cessé. Les journalistes sont régulièrement conviés à assister à tout ce qui a trait aux activités dans la wilaya. Je peux vous dire que les relations sont normales et je n’hésite pas à répondre aux doléances des journalistes.

Pour preuve, le SNJ (Syndicat national des journalistes) a sollicité les services de la wilaya pour pouvoir disposer d’une salle et nous avons répondu favorablement. S. B.

 

   
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