Logement aidé par l’État

Des formules séduisantes sur le papier, inapplicables sur le terrain

Par : S. H., Liberté, 19 juillet 2011

Entre les bénéficiaires qui attendent la livraison de leur logement pendant des années, ceux qui “habitent des listes” car les chantiers ne démarrent pas, ceux qui se désistent à cause de l’apport initial, et la spéculation sur les unités récupérées indûment par les promoteurs immobiliers, l’échec du LSP est établi.

e logement promotionnel aidé risque de subir le même sort. Au-delà, la distorsion entre l’offre et la demande, conjuguée à l’opacité dans la distribution, dissipe les espoirs des postulants aux logements aidés.
Entre les bénéficiaires qui attendent la livraison de leur logement pendant des années, ceux qui “habitent des listes” car les chantiers ne démarrent pas, ceux qui se désistent à cause de l’apport initial, et la spéculation sur les unités récupérées indûment par les promoteurs immobiliers, l’échec du LSP est établi. Le logement promotionnel aidé risque de subir le même sort. Au-delà, la distorsion entre l’offre et la demande, conjuguée à l’opacité dans la distribution, dissipe les espoirs des postulants au logements aidé. Il y a quelques jours, le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme, M. Noureddine Moussa a fait, euphorique, la promotion du logement promotionnel aidé (LPA), destiné aux ménages dont les revenus sont supérieurs à 24 000 dinars et inférieurs ou égaux à 90 000 dinars. Il a affirmé que cette formule, lancée officiellement au mois de juin dernier, conjugue les avantages de la location-vente de l’AADL et le logement socioparticipatif ou LSP. En théorie, l’idée est séduisante. Il est à parier, néanmoins, que les contraintes qui ont entravé le succès du LSP, se poseront inévitablement pour le LPA.
À l’origine, le LSP est pensé, par ses promoteurs, comme une aide de l’État à l’accession à la propriété immobilière accordée aux postulants non éligibles au logement socio-locatif et dont les salaires, cumulés avec ceux du conjoint, ne dépassent pas six fois le SNMG. Le prix du logement est plafonné à 2 800 000 dinars dans les villes du nord du pays et 2 000 000 dans les wilayas des Hauts-Plateaux et du Sud. Pour atteindre ce prix exceptionnel d’un F3 dont la superficie se situe entre 65 et 70 m2, les promoteurs immobiliers publics ou privés, bénéficient d’un abattement fiscal sur le prix du terrain variant entre 80 et 90%.
Les bénéficiaires reçoivent, pour leur part, une aide financière non remboursable, de l’ordre de 400 000 à 700 000 DA, accordée par la Caisse nationale du logement (CNL). Ils sont, par contre, astreints d’honorer, sur apport propre, d’un premier versement allant de 600 000 dinars à 1 200 000 dinars, selon les exigences des promoteurs, qui proposent le plus souvent une vente sur plan. C’est justement à ce niveau que les failles de la formule de l’État apparaissent. Au moins la moitié des attributaires des LSP, mis sur la liste de l’APC établie par le président d’APC et approuvée par douze élus, renonce à son logement pour des raisons pécuniaires. Soit ils ne possèdent pas la totalité de la somme réclamée comme apport initial, soit ils n’ouvrent pas droit au crédit bancaire (âge avancé ou faiblesse des revenus déclarés) pour financer ce qui reste du prix du logement. Les élus locaux regrettent qu’ils ne puissent pas faire profiter les candidats aux LSP, mis sur liste d’attente, à cause de l’intransigeance du promoteur immobilier à ne prendre en compte que la liste initiale. De cette manière, il a toute latitude de spéculer librement sur les logements dont les attributaires se sont désistés. Sur les sites et journaux spécialisés dans les transactions immobilières, il est fréquent de rencontrer des annonces sur des propositions de vente de LSP à des prix nettement supérieurs à ceux homologués par l’État. L’exemple qui suit est édifiant. “J'offre promotion LSP (décision et pas acte), F3 de 88 m2 à Hammamet. Remise des clefs pour bientôt (le site et fin prêt). Le prix est de 680 unités (soit 6 800 000 dinars) ferme. Pour plus d'info contactez-moi. NB : formule avec CNL, pas de promesse de vente. Crédit bancaire sur la somme de 126 millions (de centimes, ndlr) pas pour la totalité”. En bref, pour avoir cet appart, il vous faudra avoir 480 millions cash. Il en reste 4 uniquement ! Une autre promotion à Draria, toujours en LSP. Même formule et procédure”. Au-delà les citoyens qui ne renoncent pas à leurs logements, attribués par l’APC, attendent souvent des années avant de pouvoir en jouir. Le délai de 18 mois, imparti à l’achèvement du projet, durant quatre à cinq ans, dans les meilleurs des cas. Certains chantiers ne démarrent même pas. C’est ce qui a amené la vice-présidente de l’APC de Kouba, à s’apitoyer sur le sort, de “ces bénéficiaires de logements socioparticipatifs qui habitent des listes”. Ils ont obtenu les décisions d’attribution en 2006. Leur chantier n’a pas démarré jusqu’à ce jour.
Dans l’absolu, le LPA présente de meilleurs avantages pour la catégorie de demandeurs de logements auquel il est réservé. L’apport initial est réduit à 20% du coût du logement (soit environ 560 000 dinars), payable en deux tranches. Le taux du crédit bancaire est bonifié à 1%. L’aide de la CNL est maintenue dans les proportions susmentionnées. Les conditions d’attribution des programmes de LPA aux promoteurs immobiliers sont toutefois durcies. Ces derniers doivent absolument se soumettre à un cahier de charges. Le prix du mètre carré est plafonné à 40 000 dinars. La surface du logement ne saurait être supérieure à 70 m2. Les pouvoirs publics doivent choisir, parmi les soumissionnaires, les moins-disant. Ce qui a poussé de nombreux promoteurs à affirmer que les autorités favorisent désormais “l’aspect financier au détriment de la qualité”. Un arrêté ministériel, publié dans le Journal officiel du 4 juillet 2011, stipule que “les promoteurs immobiliers doivent s’engager à ne pas vendre leur logement avant leur achèvement et l’obtention du certificat de conformité”, s’ils souhaitent ouvrir droit au crédit bancaire dont le taux est bonifié à 4%. Ils ne peuvent plus, en outre, “établir des contrats de vente sur plan ou de recouvrer, auprès des ménages bénéficiaires, toute somme à quelque titre que ce soit”. Dans le cas de retard dans la livraison des projets, ils seront soumis à des pénalités. Autant de conditions qui n’agréent guère les promoteurs immobiliers qui menacent de “bouder les programmes des logements aidés par l’État”.


Tension dans l’ouest du pays

Les logements sociaux au cœur de la contestation

Par : A. B./N. A./M. L./D. L.

Depuis quelques semaines, plusieurs wilayas de l’ouest du pays vivent au rythme des rassemblements, manifestations et autres occupations de bâtiments officiels et de tentatives de suicide même. Les raisons sont, une fois de plus, la distribution des logements sociaux et l’affichage des listes contestées de bénéficiaires.

ne tension extrême alors que l’Algérie reçoit des rapporteurs spéciaux de l’ONU sur la question du logement. Et pour cause, la deuxième ville du pays ne dispose que de 1 333 logements sociaux à attribuer pour 80 000 demandes ! Une équation qui a tout simplement poussé le wali d’Oran à reporter, à deux reprises, la distribution de ce quota de logements. Depuis des rassemblements se sont déjà formés à maintes reprises à la place d’Armes et des routes coupées à la circulation à Sidi-Maârouf.
Il est évident que les semaines à venir n’augurent rien de bon pour les autorités locales qui ne peuvent indéfiniment reculer la date fatidique de la distribution des logements et donc passer outre les instructions gouvernementales.
L’insignifiance de l’offre des logements sociaux, aggravée par la corruption et les passe-droits, radicalise systématiquement la population. À côté de cela, l’OPGI voit les cas de bénéficiaires de logements sociaux ayant sous-loué ou revendu l’appartement, s’accroître dans son service contentieux. Alors quand le vieux bâti tue chaque hiver au moins 5 personnes et met à la rue des familles entières, les 1 333 logements ne font pas le poids et les Oranais dans tous les quartiers vous le disent : “Cela va mal finir.”

à Aïn Témouchent, c’est l’effervescence !

D’ailleurs, à quelques kilomètres d’Oran, la violence s’est déjà exprimée dans la localité de Tamzoura, wilaya de Aïn Témouchent. Une effervescence sans précédent a été constatée tout récemment à la suite de la distribution de logements sociaux. Les citoyens ont tout simplement assiégé l’APC pour dénoncer la manière dont s’est déroulée la distribution des logements. Comme pour anticiper la réaction des citoyens, la commission de daïra de distribution des logements avait préféré remettre des convocations en catimini, au lieu d’afficher la liste des bénéficiaires des 50 logements destinés à la résorption de l’habitat précaire. Le départ en congé du P/APC, de son adjoint et du chef de daïra en même temps, et ce, au lendemain de l’affichage de la liste, a éveillé les soupçons chez les contestataires renforçant leur colère. Ainsi, le chef de daïra par intérim annoncera à une délégation de citoyens que la liste sera gelée, et ce, sous la protection des gendarmes déployés autour du siège de l’APC. Un recul des autorités locales probablement par peur d’amplification des troubles. Pourtant quelques jours après, ce fut au tour du chef-lieu de wilaya de faire face à un vent de révolte des “malchanceux”, provoqué par l’affichage de la liste des 150 bénéficiaires de logements sociaux. Alors que le siège de la daïra fut assiégé dès les premières heures par des groupuscules composés de mal-logés, d’autres ont pris la destination du siège de la wilaya mais aussi celui de la radio locale. Face à cette situation très tendue et qui pouvait dégénérer à tout moment, les forces de l’ordre, venues en renfort, n’ont pas tardé à prendre position aux abords des bâtiments officiels. Cette situation de crise et de rareté de l’offre de logements sociaux, à l’origine de la colère, pousse parfois des demandeurs à des gestes ultimes de désespoir comme ce père et son enfant qui ont tenté de se jeter du haut d’un immeuble.

À Relizane, “non à la hogra des démunis !”

Et comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, une situation similaire s’est déroulée à la fin juin, dans la wilaya de Relizane où la contestation a pris une forme plus violente. Là aussi, c’est l’affichage de la liste des bénéficiaires des 200 logements qui a provoqué la colère des “recalés”. Des dizaines de mécontents sillonnèrent les artères principales de la ville, prenant d’assaut les places publiques et assiégeant les locaux de la daïra et de l’APC. Durant la journée où se sont déroulés ces évènements, toute la ville s’était retrouvée paralysée, les commerces ayant baissé rideau.
Très rapidement déployées dans le centre-ville, les forces de l’ordre ont fait face aux jets de pierres des manifestants scandant “non à la hogra des démunis !”. Les émeutiers réussirent à forcer l’entrée du siège de la wilaya avant l’intervention in extremis des forces de l’ordre. 14 suspects avaient été interpellés dont 3 immédiatement placés sous mandat de dépôt pour incitation au désordre public et destruction de biens publics. Depuis la tension ne s’est pas totalement relâchée. Face aux témoignages de familles vivant dans des conditions déplorables et en attente d’un logement social depuis des années, les rumeurs sur la présence dans la liste de personnes n’ouvrant pas droit au logement social exacerbe la population. L’on nous citera le cas d’un joueur de l’ASO Chlef ayant signé son engagement pour de 1,5 milliard de centimes et faisant partie, semble-t-il, des bénéficiaires.

Les autorités imputent la responsabilité aux citoyens

La réaction du P/APW, M. Bendjebar, président de la commission de recours est éloquente : “Il faut que le citoyen s’implique davantage dans ces opérations ; même les citoyens qui ne sont pas prétendants aux logements doivent nous aider, car nous ne sommes pas censés connaître tout le monde, mais nous sommes censés entendre tout le monde afin d’assainir les listes de logements dans n’importe quelle daïra !”. La commission qu’il préside pour l’heure a enregistré plus de 1 786 recours. Et malheureusement, le début du mois de juillet n’a pas calmé les choses pour preuve puisqu’il y a quelques jours, c’est au tour des communes de Sidi-Lahcène et de Telagh (Sidi Bel-Abbès) de connaître des rassemblements de contestation. Si pour la première localité l’enjeu est l’attribution de 140 logements sociolocatifs, à Telagh ce sont 122 logements sociolocatifs pour 3 000 demandes qui provoquent les tensions et les tentatives de suicide par immolation. D’aucuns attendent aujourd’hui de savoir qu’elles vont être les réponses des pouvoirs publics face aux revendications de milliers de demandeurs de logements.


Devant leurs difficultés à accéder à la propriété immobilière

Cadres et universitaires condamnés à la location

Par : S. H.

Ils sont des centaines de milliers de citoyens, qui vivent, en apparence, dans l’aisance, mais sont en réalité à la limite de la précarité. Le profil socioprofessionnel est classique. Ce sont généralement des couples d’universitaires, jeunes ou moins jeunes, avec ou sans enfants. Ils ont un statut professionnel et des revenus, variant entre 60 000 et 120 000 dinars, voire légèrement davantage. Assez pour être à l’abri du besoin, dans l’absolu. À vrai dire, ce niveau de revenus suffit à peine à assumer des dépenses incompressibles : alimentation, habillement, frais scolaires, charges de la voiture, factures diverses et… le loyer. Ces ménages choisissent généralement un loyer modéré, oscillant entre 15 000 et 25 000 dinars, soit un minimum de 180 000 à 300 000 dinars à mettre de côté annuellement pour se loger chez les autres. La location greffe, néanmoins, le budget à telle enseigne qu’il devient laborieux de faire des économies pour prétendre acheter, un jour, une maison. Par simple calcul arithmétique, un couple qui parvient à épargner 25 000 dinars par mois, devra attendre 32 ans pour disposer de la somme de 8 millions de dinars, prix minimum d’un F3 à Alger à l’heure actuelle. Les sommes mises dans la location sont toujours considérées comme de l’argent gâché, qui aurait pu être économisé pour l’achat d’un logement.
L’absence de régulation du marché locatif donne la latitude aux propriétaires d’augmenter le loyer à leur convenance, dès que le bail arrive à échéance (le contrat de location est signé, dans les meilleurs des cas, pour une durée de deux ans, souvent non renouvelable). Et là, il n’y a que ceux qui les ont expérimentés, qui peuvent témoigner des désagréments des déménagements et des frais supplémentaires et souvent imprévus qu’ils génèrent (frais de notaire, du déménageur, du rafraîchissement de l’appartement loué…). Il faudra prendre en charge, en outre, le rallongement de la distance entre la nouvelle adresse et le lieu de travail et l’école des enfants.
Pour la première fois dans la loi de finances complémentaire pour 2009, les pouvoirs publics ont consenti un geste envers les ménages dont les revenus sont compris entre 90 000 et 180 000 dinars en leur permettant de bénéficier d’un taux de crédit bonifié à 3%, pour l’achat d’un logement collectif neuf auprès d’un promoteur privé ou public. Le montant du crédit bancaire accordé est nettement supérieur à celui auquel aurait ouvert droit le postulant avec un taux d’intérêt fixé à 6%. Il n’en demeure pas moins que, dans ce cas, le recours à la promotion libre est inévitable avec ce que cela sous-entend comme prix élevé (un F3 proposé en moyenne à 9 millions de dinars). Au-delà, le promoteur exige le versement d’un apport initial de 30% au minimum, c’est-à-dire au moins 2 à 3 millions de dinars. Des sommes que la plupart des familles, qui habitent dans des locations, ne possèdent pas.


À l’Est du pays

Ça gronde depuis plus d’une année

Annaba, El-Tarf, Sétif, Batna ou encore Mila n’ont cessé d’être le foyer de la contestation, avec pertes et fracas, des listes de logements à l’est du pays, depuis au moins une année maintenant.

Une contestation, qui est régulièrement émaillée d’affrontements violents avec les forces d’émeutes et accompagnée de destruction de biens publics et privés comme cela s’est passé à la cité de la SAS de Sidi-Salem, à Annaba, l’été passé, et à trois reprises en moins d’une année, au niveau du quartier Didouche-Mourad. La réaction des habitants des quartiers réputés déshérités a été la même à chaque affichage des listes de bénéficiaires de logements affichées et ceci a fini par échauder les responsables locaux, notamment les chefs de daïra et les élus communaux, ciblés tout particulièrement par la vindicte des exclus.
Du côté de l’administration locale, on ne désespère pourtant pas de venir à bout de ce phénomène et les responsables rencontrés demeurent convaincus que la réalisation des différents programmes inscrits au titre du quinquennal et notamment du programme d’habitat rural sont en mesure de satisfaire le plus grand nombre. Le chef de daïra d’Annaba affirmait récemment que le programme de 7 000 logements, du type rural pour la plupart, réalisés et attribués au fur et mesure à travers toutes les localités de la wilaya d’Annaba, a quand même résorbé une bonne partie de l’habitat précaire, d’autant plus que le quota de 1 960 logements sociaux promis est effectivement livré et distribué à des familles qui le méritent, devait-il préciser.
Il est évident aux yeux de ce chef de daïra que cette perspective d’attribution de logements sociaux ne pourra pas satisfaire tout le monde, le nombre de demandeurs officiellement recensés étant actuellement de 24 511 et que le manque de terrains d’assiette est ressenti dans la wilaya d’Annaba.
Il n’empêche qu’à chaque livraison du peu réalisé, la procédure est scrupuleusement respectée s’agissant des quotas disponibles, indique-t-on au niveau de la commune chef-lieu. D’autant plus, précisent les élus, que les brigades ayant pour mission d'étudier, dans la transparence et le respect des quotas, les dossiers depuis plus de deux ans n’auraient rien laissé au hasard afin que les demandeurs de logement des différents quartiers et cités dépendant de l’APC d’Annaba bénéficient de ces attributions. Il est ajouté que les listes des bénéficiaires sont soumises à l’approbation des services de sécurité après contre-enquête sur le terrain. Des arguments qui sont loin de convaincre les habitants des vieux quartiers et des bidonvilles de la périphérie d’Annaba qui n’accordent aucun crédit aux personnes chargées de l’élaboration des listes de bénéficiaires. Ces dernières sont ouvertement accusées de “ben ammis”, de copinage, si ce n’est carrément de corruption, chacun estimant que son cas est prioritaire par rapport au reste. Les lettres de recours introduites à l’encontre de prétendus indus bénéficiaires dont on évalue le nombre à une centaine pour l’heure se sont avérées, toutes, infondées.

À El-Tarf, les listes de bénéficiaires seront révisées

Le même constat est fait à El-Tarf où les trois listes de bénéficiaires de logements seront, croit-on savoir, révisées après l’introduction des recours qui ont commencé au lendemain des émeutes qui ont éclaté, il y a une dizaine de jours, dans la station balnéaire d’El-Kala, durant lesquelles des dégâts matériels importants ont été enregistrés.
Ainsi, nous avons tenté de prendre attache avec les membres de la commission chargée de l’étude d’établir la liste des bénéficiaires, en vain. Pourtant, selon nos sources, au moins 300 dossiers de recours ont été recensés.
Du côté de la DAS, en effet, de recevoir les recours “la liste que nous avions en notre possession comprend des irrégularités que nous allons régulariser avec une autre commission qui siégera dans les prochains jours et dégagera une liste qui sera acceptée par tout le monde. Le secrétaire général qui assume l’intérim, étant donné que le wali est en congé, a demandé à ce qu’il y ait une étude au cas par cas”.

Le pire a été évité à El-Eulma

À Sétif, c’est dans la ville d’El-Eulma que l’affichage de la liste des 963 bénéficiaires de logements qui a mis le feu aux poudres. Le pire a été évité grâce à la vigilance et à la sagesse des services de sécurité. Le cabinet du sous-préfet a été totalement saccagé, deux bureaux ont été incendiés et des carreaux de la façade cassés. Les non-bénéficiaires ont critiqué les membres de la commission et ont même exigé le départ du chef de daïra. “Plusieurs demandeurs de logements natifs d’El-Eulma, ayant déposé des dossiers depuis deux voire trois décennies, n’ont pas bénéficié d’un logement et on voit que des personnes qui sont venues dernièrement pour s’installer à El-Eulma ont en bénéficié.” Aussi, nous avons appris que plus de 1 600 recours ont été déposés au niveau de la wilaya, au lendemain des évènements qui ont, par ailleurs, émaillé la commune d’Aïn Arnet, après l’affichage de la liste des bénéficiaires de 189 logements. “Nous allons attribuer bientôt 150 unités dans le cadre de la résorption de l’habitat précaire, 250 logements ruraux et nous allons lancer la construction de 240 logements socioparticipatifs”, tenait à rassurer, M. M’higni, maire d’Aïn Arnat. Enfin, dans la wilaya de Batna, l’atmosphère est toujours électrique, une semaine après les émeutes qui ont secoué la commune de N’gaous.

N’gaous : “On nous dit d’aller à Batna”

Nous avons rencontré les citoyens qui étaient impliqués d’une manière ou d’une autre dans la contestation du 26 juin dernier, où de violents affrontements ont opposé les manifestants aux services de l’ordre. Ils tiennent une version des faits, totalement, à l’opposé de celle des autorités locales. “Personne ne voulait nous écouter, on prenait à la légère notre souhait de déposer des demandes de recours, on nous disait d’aller nous plaindre à Batna, je peux vous jurer que le chef de daïra nous narguer, il nous a même fait un bras d’honneur. Comment voulez-vous qu’on accepte une liste où les derniers arrivés sont les premiers servis. 49 citoyens vont êtres présentés devant la justice, pour la simple raison, qu’ils n’ont pas accepté la hogra et l’injustice qui règnent à N’gaous. Ce sont les enfants des responsables qui sont sur les listes des bénéficiaires, alors que certains dossiers croulent sous la poussière depuis 1998”, nous dit-on.
À la mairie de N’gaous, le président de l’Assemblée populaire, M. Rahal, a eu une rencontre avec les sages de la ville et le mouvement associatif, dans l’espoir d’apaiser les esprits. Fait marquant et pas des moindres, la commune de N’gaous est sans exécutif depuis bientôt une année, suite à un retrait de confiance du maire, qui gère les affaires de la ville avec une équipe très réduite et qui ne fait pas l’unanimité. Les membres dissidents, estiment quant à eux, qu’ils ont à plusieurs reprises, essayé d’attirer l’attention sur une gestion qu’ils considèrent catastrophique, mais peine perdue.
Le chef de daïra, quant à lui, tient un autre discours. Il faut chercher la cause des émeutes ailleurs, et non dans la liste d’attribution des logements qui, selon lui, n’est qu’un prétexte. “Nous avons informé les citoyens qu’il y a une commission de recours et que rien n’était définitif et que tous les dossiers seront réétudiés”, dira-t-il.


Ces communes qui ont échappé à la contestation

L’exemple d’Alger-Centre

Par : A. FARÈS

Entamé au lendemain des recommandations du président Bouteflika sur l’éradication de l’habitat précaire, vétuste et des bidonvilles, un programme de relogement frénétique a été adopté par la wilaya d’Alger dès mars 2010.
Parallèlement, mais avec moins d’enthousiasme, des APC continuent tant bien que mal à gérer conjointement avec les wilayas déléguées le dossier des logements sociaux. Un volet qui ne cesse d’empoisonner la vie des élus qui ne savent plus où donner de la tête devant l’inégalité outrageante de l’offre et de la demande.
Comment en effet procéder à une distribution de 60 ou 80 logements pour la dernière des communes où les demandes se comptent par milliers ? Quels sont les critères d’accès à un logement social et comment s’y prend la commission de validation des dossiers sans avoir à soulever la colère des “non admis” ? Y a-t-il un secret pour éluder la contestation débouchant souvent sur des affrontements entre forces de l’ordre et protestataires le jour de l’affichage des listes ? Ce sont là quelques questionnements que nous avons répercutés à Tayeb Zitouni P/APC d’Alger-Centre, commune considérée comme pilote dans la wilaya d’Alger en matière de gestion du volet logement dans ses deux formules populaires LSL et LSP, même si d’autres municipalités ont, dans une certaine mesure, assuré l’atterrissage en douceur à l’image de Kouba ou de Sidi-M’hamed.
Ancien DEC, trois mandats électifs et une bonne formation politique, l’élu RND d’Alger-Centre a “compris que la seule voie de salut passe par les consultations et la concertation avec la société civile”.
Une expérience acquise déjà par la première livraison de 700 logements destinés à l’absorption des immeubles vétustes ou menaçants ruine des quartiers Mulhouse, La Montagne, La Pensée, etc. “En matière de social dur (éclatement des familles dans un F2 ou F3, habitations précaires sur les terrasses ou dans les caves), la commune a satisfait 1 300 familles sur 3 000 demandes. Si nous n’avons pas eu de problèmes, c’est grâce au travail de la société civile qui a pris en charge le volet”, affirme le maire, ajoutant que les comités de quartier associés directement aux enquêtes sociales ont joué un rôle très important. En chiffres, le social dur est en voie d’être réglé, rassure l’élu annonçant que sur 624 demandes dûment reconnues, l’APC dispose d’un quota de 440 logements.
Il ne reste par conséquent que 184 demandes en instance. “Si demain la commune reçoit ces logements, on peut dire que le problème est définitivement réglé, du moins pour ce volet”, confie le maire, en précisant que “ceux qui n’ont pas bénéficié desdits quotas n’ont pas contesté les listes. C’est dire le travail colossal fait par les comités de quartier notamment au plan de la sensibilisation”.
Pour ce qui est de la crise du foncier dont souffre la capitale, l’APC d’Alger- Centre n’a pas attendu l’oracle, elle a carrément pris le taureau par les cornes en achetant 469 logements à Meftah, dans la wilaya de Blida, auprès de l’EPLF. “Là aussi aucune contestation. Nous avons expliqué aux familles qu’il n’y a pas d’autres solutions, elles ont bien compris la situation. L’essentiel est d’afficher une volonté de bien faire pour éviter une crise de confiance. Il faut savoir que nous avons procédé au relogement au niveau de 14 communes d’Alger”, argumente le maire. À noter que l’APC d’Alger-Centre est en train de finaliser un ancien programme LSP de 1 200 logements dans la commune de Saoula.
Cependant, si comme Alger-Centre quelques rares communes font exception, beaucoup d’autres localités n’arrivent pas à contenir l’ire des familles.

 
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Dégradation de la situation sociale  
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