SELON LES CHIFFRES DE L’UNICEF

500 000 enfants sans scolarité en Algérie

Le Soir d'Algérie, 2 juin 2017

Le siège de la cellule d’écoute du réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant, Nada, a organisé, hier matin, une conférence de presse, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfants qui a lieu le 1er juin de chaque année.
Mounira Amine-Seka - Alger (Le Soir) - M. Abderrahmane Arar, président du réseau Nada, a déclaré qu’un plan stratégique et des programmes prendront place entre 2017 et 2022. Une évaluation de la phase allant de 2010 à 2015, avec l’aide et la participation d’experts, de spécialistes, dans tous les domaines.
Nada a réussi, en 2004, à mettre en place un numéro vert, permettant ainsi aux enfants de pouvoir les appeler au 30-33, via lequel toutes les catégories de la société peuvent se plaindre, allant des enfants sans abris, aux enfants des femmes célibataires, les enfants nés sous X, ceux victimes d’inceste, ceux des familles nécessiteuses, les kidnappés etc. Ainsi que les enfants non scolarisés pour cause de pauvreté, de litiges entre les parents et autres raisons.
Pour les enfants non scolarisés, que ce soit pour cause de problèmes sociaux ou de santé, le réseau Nada a mis en place les écoles vertes, comme celle montrée dans une vidéo. Une école qui a permis à bien des enfants de rejoindre le banc des écoles, mais surtout à se réinsérer dans la société et retrouver un équilibre qui leur permet d’avancer. «Il faudrait savoir que plus de 500 000 enfants ne sont pas scolarisés en Algérie, selon les dernières statistiques de l’Unicef», souligne M. Arar.
Durant l’année allant de fin mai 2016 au 1er juin 2017, le nombre d’appels a été de 20 917 dont 5 171 concernant la maltraitance physique et morale ; 934 cas d’agressions sexuelles ; 55 cas d’inceste ; 8 765 cas de litiges familiaux et de divorces ; 321 cas d’enfants nés de mariages religieux non transcrits à l’état civil ; 121 cas d’inscription à l’état civil en cours d’adoption ; 876 cas d’enfants ayant subi des violences au sein des établissements scolaires et enfin, 576 enfants de réfugiés ou de demandeurs d’asile.

Stratégie et programme du réseau NADA 2017-2022

Durant l’année 2016, le réseau Nada a procédé au bilan de ses activités sur les cinq années allant de 2010 à 2015. Un forum qui a réuni les 150 associations sur cinq ateliers différents, a déclaré le président. Le premier programme intitulé «Citoyenneté et droit de l’enfant» se trace deux objectifs majeurs, à travers ses 15 régions qui recouvrent les 48 wilayas. Le premier consiste à mettre en place 30 points focaux spécialisés sur les textes nationaux et internationaux aux droits de l’enfant. Le second point de ce premier programme est d’impliquer l’enfant dans la prise de décision. «Aujourd’hui, nous voyons clairement que l’enfant est “consommé”, ne participe à aucun projet et personne ne prend son avis sur rien. Il faudrait répandre la culture de la participation à construire ce future citoyen qui est en souffrance», déclare le président. Le second programme intitulé «Accès de la qualité à la protection sociale et judiciaire», est d’atteindre un taux de 40% (selon les analyses faites lors du forum) d’amélioration de la prise en charge des enfants en matière de violence, mais surtout à travers un plaidoyer social et juridique adapté, durant les 5 années à venir.
Lorsqu’il parle de violence sur les enfants, M. Arar fait référence aux coups, à la maltraitance morale, la mendicité, l’abandon, etc. Dans cinq ans, le réseau Nada et ses partenaires feront un autre bilan, pour vérifier s’il a atteint ses objectifs, a souligné M. Arar, assurant que «nous n’afficherons pas les résultats en chiffres, mais nous dirons comment nous avons procédé pour arriver à ces chiffres».
Le troisième programme nommé «Renforcement du Réseau Nada» consistera à renforcer les 150 associations qui font notre réseau, dont beaucoup restent faibles, bien qu’ils disposent d’effectifs, de spécialistes, de programmes… «Nous avons entamé, dès le mois de février passé la formation de 80 personnes sur les droits de l’enfant et, d’ici la fin de l’année, nous aurons formé plus de 600 animateurs par rapport à l’accord international des droits de l’enfant, mais également comment gérer les associations». En bref, les associations formant le réseau Nada suivront des formations pour atteindre leurs objectifs d’une façon plus rapide et plus efficace. «Nous aurons atteint les objectifs clés reposant sur le renforcement des 150 associations sur les droits de l’enfant, de ce fait, Nada sera une organisation professionnelle spécialiste des droits de l’enfant ; nous verrons la violence contre l’enfant baisser.»
Le même responsable a également dévoilé que «le réseau prépare un rapport alternatif qu’il présentera devant le Conseil international qui a relevé 99 remarques. Il sera présenté en parallèle avec le rapport de la République algérienne. Nous assisterons en tant que participant avec le délégué du ministère des Affaires étrangères, puis, comme étant une association, nous aurons le droit de présenter un rapport alternatif à celui du gouvernement. Notre équipe se constitue de 20 experts de différentes spécialités. Ce rapport de la société civile sera transmis à un des bureaux mis en place par l’organisme des Nations-Unies» et «d’ici 2022, nous aurons 48 réseaux locaux d’associations spécialisées dans les affaires d’enfants et chaque réseau sera constitué de 10 à 20 associations. Il faudrait donc savoir que l’activité de la société civile, sur ce point-là, a bien changé et est en train de bien se déployer», a-t-il ajouté.

Lois et décrets

Le président du réseau Nada déplore la non-exécution des dix décrets exécutifs et la modification de la loi n°09-02-, du 8 mai 2002, concernant la protection des individus handicapés. Apporter des modifications concernant le code du travail, concernant l’exploitation économique dans les marchés parallèles, ainsi que dans le code pénal, concernant les lois relatives à la responsabilité sociale qui ne s’appliquent qu’à l’âge de 13 ans, alors que pour le code pénal, à partir de l’âge de 10 ans. Une contradiction qui peut avoir de graves conséquences sur l’avenir de l’enfant. Il faudrait également, au vu des cas qui défilent sur le réseau Nada, apporter des modifications en urgence, à la loi n°54 relative au mouvement associatif.
Le plus important dans tout ce qui concerne les lois et le corps juridique est «de mettre en place des tribunaux pour enfants. Je ne vois pas pourquoi dans tous les corps constitués, il y a des cellules ou brigades spécialisées qui prennent en charge les enfants, alors que dans les tribunaux, le juge qui écoute les adultes, serait celui qui écouterait un enfant en bas âge. Le traitement n’est pas le même».
M. A.-S.

 
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Dégradation de la situation sociale  
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