L’ADMINISTRATION ET LE COMMERCE EMPLOIENT 53% DE LA POPULATION ACTIVE

Augmentation des emplois, informel et temporaire

Le Quotidien d'Oran, 25 avril 2005

Tout n’est pas rose dans le marché du travail en Algérie. Mis à part la baisse du taux de chômage à 17% en 2004, voire 13% selon les normes du BIT et que les officiels ne cessent de mettre en avant, et les promesses faites par le président de créer deux millions de nouveaux postes d’ici 2009, une analyse plus profonde des chiffres de l’emploi peut mener à des constats «alarmants».

En tous les cas, ceux qui ont assisté hier au forum d’El Moudjahid et pris connaissance des statistiques plus détaillées sur ce marché n’ont pas manqué de souligner la précarité du marché de l’emploi en Algérie. Le délégué à la planification, Brahim Ghanem, qui a, à cette occasion, analysé le bilan de l’économie nationale en 2004, a effectivement donné à réfléchir à plus d’un. L’on apprend par exemple que sur une population de 7,8 millions de personnes qui travaillent (1,67 million sont déclarés actifs mais sont au chômage), 53,5% sont employés dans le commerce, les services et l’administration, contre seulement 13% dans l’industrie, 12% dans le BTP et 20,7% dans l’agriculture. Une situation grave selon les spécialistes qui interpellent les autorités.

Et ce n’est pas tout, selon les chiffres du délégué à la planification, seulement 37% de la population occupée sont des salariés permanents, contre 32% d’employeurs et indépendants et 23% de salariés non permanents. Par rapport à 2003, la structure de l’emploi fait ressortir une augmentation de 33% du nombre des travailleurs indépendants contre seulement 8% de permanents. Brahim Ghanem, qui juge ces résultats positifs, souligne également «un recul de la part du salariat de 65% en 2003 à 60% en 2004, une augmentation des indépendants où prédomine l’informel (23% en 2003 et 32% en 2004) et une augmentation rapide des emplois temporaires: 18% par rapport à 2003 contre 3% pour les emplois permanents».

En matière de revenus et dépenses des ménages, on apprend que l’évolution de la rémunération des salariés de 9% et la progression de 13% des revenus des indépendants se sont traduits, entre autres, par «le renforcement du poids du revenu des indépendants dans celui des ménages». Outre le marché du travail, le délégué à la planification est longuement revenu sur le bilan de l’économie nationale en 2004. Tout en relevant la reprise de la croissance depuis 2001, Brahim Ghanem souligne que cette embellie a été réalisée grâce à des facteurs exogènes notamment «les prix des hydrocarbures et les conditions climatiques favorables qui influent sur les performances du secteur agricole».

A moyen terme, selon les prévisions de ce même responsable, rien ne devrait venir «embrouiller» cet élan, d’autant plus que le spectre de la baisse des prix du pétrole est à écarter. Allant, donc, du postulat que l’Algérie ne manquera pas d’argent à moyen terme, le délégué à la planification estime que «si le dynamisme que notre économie a retrouvé progressivement se poursuit de manière efficace, il permettra de réaliser les objectifs de développement visés». Il s’agit évidemment du programme du soutien à la croissance économique et à travers lequel il est prévu «la création de 2 millions d’emplois, la réalisation d’un million de logements, la création de 100.000 PME et la mise en place d’une capacité de production de 1 million de m3 d’eau dessalée/jour», rappelle l’invité d’El Moudjahid. Pour arriver à réaliser des projets, Brahim Ghanem estime qu’il y a lieu de réaliser une croissance annuelle de 6 à 7% environ durant la période 2005-2006. Mais, une telle performance semble difficile à atteindre. Selon effectivement les prévisions des services de la planification, les rythmes annuels moyens de la croissance seront de «4 à 5% dans l’agriculture, 5% dans le secteur des hydrocarbures et 6 à 7% dans les autres secteurs: l’industrie, BTP, services...».

C’est conclure que la réalisation des objectifs susmentionnés ne sera pas freinée par un quelconque problème de financement. Le tout est une affaire de capacité de réalisation et «d’une utilisation efficace de la ressource publique pour assurer un financement sain du développement».

Ghania Amriout

   
www.algeria-watch.org