Economie > Social 
   

Après les déclarations du président

La colère des syndicats autonomes

Par Arab Chih Liberté, 26 février 2005

Pour les syndicalistes regroupés autour du CNLS, la légitimité “des syndicats autonomes émane de leurs bases respectives et ne peut être une reconnaissance administrative ou patriarcale”.

La déclaration du Président, dans laquelle il affirmait, mercredi, qu’il ne reconnaissait que l’UGTA, a choqué les syndicalistes des organisations autonomes qui ont pris part, jeudi, à la conférence du Comité national pour les libertés syndicales (CNLS). “Je suis horrifié”, s’est offusqué un syndicaliste du CLA. “Il n’y a plus de liberté syndicale puisqu’on impose aux travailleurs leurs représentants”, a fait remarquer un syndicaliste du SNTE.
Un autre verra dans la déclaration de Bouteflika “un message non pas aux syndicats, mais aux travailleurs pour rejoindre les rangs de l’UGTA”. Mais si certains ont été bouleversés par la sortie de Bouteflika, d’autres, par contre, plus sereins jugent qu’il y a lieu de riposter.
Tout en s’interrogeant, un brin ironique, si le président de la République “est au courant de l’existence de syndicats autonomes”, M. Benkhelfellah du SNPSSP estime qu’une interpellation franche et directe du premier magistrat du pays est de mise. “Il faut répondre aux pouvoirs publics en observant, par exemple, un sit-in au Palais du gouvernement le jour de la tripartite”, propose un syndicaliste du Snapap. D’autres veulent carrément aller vers une grève. Loin d’être ébranlé par la déclaration de Abdelaziz Bouteflika, le Dr Tahar Besbas, coordinateur du CNLS, affirme pour sa part que “si le Président a dit que seule l’UGTA représente les travailleurs, cela veut dire que, quelque part, il est dérangé par les syndicats autonomes”. Ceci dit, il estime qu’avec ce parti pris du Président en faveur de l’organisation de Sidi-Saïd, une action commune “s’impose d’elle-même”.
Dans la déclaration finale sanctionnant les travaux de la conférence, le CNLS affirme que “la légitimité et la reconnaissance des syndicats autonomes émane de leurs bases respectives et ne peut être une reconnaissance administrative ou patriarcale”.
Par ailleurs, il a vigoureusement dénoncé “l’irresponsabilité et la culture autoritaire” du gouvernement qui ne veut pas, selon lui, engager un dialogue social malgré la multiplicité de grèves observées dans plusieurs secteurs. “L’usage de pouvoirs spéciaux par le gouvernement à l’encontre des syndicats autonomes en vue de prohiber le droit de grève et/ou d’en limiter la durée est une pression directe pour criminaliser les conflits sociaux et l’action revendicative”, lit-on dans ladite déclaration.
Aussi appelle-t-il toutes les forces syndicales à “développer la solidarité, l’unité d’action, les rapprochements intersyndicaux en vue de défendre les libertés syndicales (…), le droit de grève et lorsque la situation l’exige des actions revendicatives”.


Tahar Besbas, coordinateur du CNLS, à Liberté

“Notre légitimité, nous la détenons de notre base”

Par Arab Chih

Liberté : Pouvez-vous nous faire une évaluation du travail accompli par le CNLS ?

Tahar Besbas : Il faut dire que, réellement, le CNLS n’a qu’une année d’existence. Il a évolué dans un contexte et un environnement très hostiles. Un environnement qui ne permet pas l’épanouissement d’un comité comme le nôtre. Cela ne nous a pas empêchés, à travers nos humbles actions, de nous affirmer en tant qu’entité syndicale. Je pense qu’on a atteint au moins la moitié de nos objectifs, c’est-à-dire de s’imposer sur la scène sociale et de faire de nous, même si les pouvoirs publics ne le reconnaissent pas, un pool syndical capable de faire contrepoids à l’UGTA, que nous respectons au demeurant.
Malgré toutes les persécutions et toutes les contraintes, nous avons pu organiser notre première sortie publique, c'est-à-dire la conférence nationale des cadres. Nous allons aussi rendre public, prochainement, le premier rapport du CNLS. Et forts de ce rapport, nous allons toucher toutes les instances nationales et internationales pour leur donner un véritable état des lieux des libertés syndicales en Algérie.

Le président de la république a déclaré ne reconnaître que l’UGTA comme représentant des travailleurs. Quelle lecture en faites-vous ?

L’intervention du premier magistrat du pays est presque un appel qui est fait à la base des syndicats autonomes pour déserter les rangs des syndicats autonomes en allant renflouer ceux de l’UGTA en mal de représentativité. Une manière de dire à nos adhérents que le pouvoir est avec cette organisation, donc vous n’avez rien à faire chez les autres syndicats. Le président de la république est le président de tous les Algériens. Il est aussi le Président de tous les syndicats même ceux qui ne partagent pas sa ligne politique. Notre réponse lui a été donnée, aujourd’hui, lors de notre conférence. Je pense que c’est une réponse qui est à la hauteur de l’événement.
Nous avons prouvé que nous n’avons jamais attendu notre légitimité des pouvoirs publics. Notre légitimité, nous la détenons de notre base. Alors qu’à travers l’intervention du président de la république, c’est une légitimité institutionnelle qu’il donne à l’UGTA. Nous allons lui remettre, et d’une manière officielle, le premier rapport du CNLS.
En le lui remettant, il sera, en tant que premier magistrat et garant des lois de la république et de la stabilité du pays, mis au courant des véritables enjeux, mais aussi des atteintes aux droits et libertés syndicales en Algérie.
N’oublions pas, aussi, ce 24 février 2003 où le même président de la république avait rétorqué à cette même UGTA qui menaçait de fermer les vannes de Hassi-Messaoud : “vous vous prenez pour qui ? Et si je risque de lâcher les syndicats autonomes…” C’était une menace qui en dit long. Alors ce brusque revirement confirme une chose, à savoir qu’il y a un compromis autour des réformes, sur les privatisations et sur une démarche néolibérale que nous nous ne cautionnons pas.
Ceci dit, si le premier magistrat est amené à prendre position dans un problème de représentativité syndicale, c’est quand même un acquis pour les syndicats autonomes même si certains dramatisent un peu la chose.

Ne craignez-vous pas, avec ce parti pris du Président en faveur de l’UGTA, de faire face à un surcroît de pressions ?

Je ne pense pas qu’il puisse y avoir plus de pressions que ce qu’on est en train de vivre. Quand vous interdisez à un syndicat de faire des réunions publiques — nous avons demandé d’organiser un meeting le 25 novembre qui a été refusé par la wilaya sans aucune raison, alors qu’on aurait pu mobiliser presque 2 000 personnes en l’espace d’une semaine —, quand la subvention d’un syndicat va chez son aile dissidente créée de toutes pièces par les pouvoirs publics, on ne peut pas subir plus de répressions que ça. La seule chose qui puisse arriver, nous ne l’espérons pas et je ne pense pas que les pouvoirs publics puissent aller jusque-là, c’est que dans la prochaine Constitution, on supprime carrément le droit de grève et qu’on refuse le pluralisme syndicalisme.
À mon sens, ce que nous sommes en train de vivre maintenant, c’est le summum de la répression et de la persécution. Puisque nous avons survécu à toutes ces épreuves, il n’y a aucune raison de ne pas survivre encore longtemps. Ma conviction profonde est que la volonté des travailleurs l’emportera sur celle des décideurs. Nous avons foi en les travailleurs.


Revendications des enseignants du supérieur

Le Cnes fait le point

Par F. Lekhmici

Le Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes) a dressé, mercredi et jeudi derniers, au cours d’une session de son conseil national, le bilan de ses activités organiques et de ses actions syndicales, tout en annonçant “le gel de l’activité du Cnes dans le Comité national des libertés syndicales (CNLS) en attendant l’adaptation des textes régissant son fonctionnement conformément aux statuts du Cnes”.
Dans une déclaration rendue publique hier, le syndicat des enseignants du supérieur estime que “les résultats de la réunion du bureau national avec le ministre de l’enseignement supérieur ont été en deçà des attentes des enseignants concernant la revendication de la gestion démocratique des établissements de l’enseignement supérieur”.
Tout en prenant acte de “l’ouverture de quelques dossiers” dont celui portant sur “le partenariat social avec le Cnes”, et celui, non des moindres, concernant “le statut particulier de l’enseignant du supérieur”, le Cnes dit toutefois attendre “des signes probants de bonne volonté” de la part du ministère. En attendant de tels signes qui risquent de se faire attendre longtemps si l’on s’en tient à la dernière déclaration du chef de l’État qui dit ne reconnaître “que l’UGTA”, le Cnes a décidé d’adresser prochainement “une lettre à monsieur le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique pour l’ouverture de négociations autour de la plate-forme de revendications du Cnes en général et l’installation d’une commission mixte” qui sera chargée de l’élaboration de “l’avant-projet d’amendement du statut de l’enseignant du supérieur”.
C’est dans cette perspective que le Conseil national du syndicat des enseignants du supérieur a d’ores et déjà installé “une commission nationale chargée de recueillir des propositions des différentes sections syndicales”.
Ces propositions serviront à rédiger “le document de base pour les journées d’étude sur le statut qui seront organisées par le Cnes”, précise le communiqué de ce syndicat qui n’annonce toutefois pas la date de cette activité. En revanche, une session du conseil national est annoncée pour la mi-avril 2005. Il sera question“d’évaluation et de suivi” mais aussi de “prise de décisions en conséquence”.
Le Cnes annonce enfin “le gel de son activité dans le comité national des libertés syndicales (…)” mais tient à réitérer “son attachement à tous les espaces de défense des libertés syndicales”.

   
www.algeria-watch.org