LA FNTR TIRE LA SONNETTE D’ALARME

La caisse de retraite menacée de cessation de paiement

Le Quotidien d'Oran, 30 juin 2005

La commission exécutive de la FNTR tient son 4e congrès à un moment où la majorité de ses membres se plaignent de leur mauvaise situation sociale.

«Un congrès n’est pas chose banale dans la vie d’une organisation», commence par dire Abdelmadjid Azzi, secrétaire général de la FNTR, à l’ouverture hier des travaux à l’hôtel Riad de Sidi Fredj. Son rappel de l’adoption des lois de 1983 relatives à la sécurité sociale est pour souligner que «l’Etat s’est autorisé, sans coup férir, à mobiliser et à utiliser les ressources, les moyens et les instruments des organismes de sécurité sociale pour la réalisation de ses objectifs socio-économiques». Conséquences: «De cet interventionnisme tous azimuts, il en a résulté l’instauration par l’Etat d’une confusion entre sa politique sociale et le fonctionnement de la sécurité sociale». Une confusion, selon Azzi, qui a conduit à des transformations de l’objet de la sécurité sociale, et ce par l’effacement progressif de toute frontière entre la solidarité nationale, qui relève du champ de compétence et d’intervention de l’Etat, et la solidarité collective des travailleurs, qui relève du champ de compétence et d’intervention de la sécurité sociale.

«La suite est connue de tous», dit-il. Récupération des fonds de réserve, perpétuation du forfait hôpitaux, participation au financement des équipements et des infrastructures de santé, couverture des catégories sociales vulnérables, utilisation du système de sécurité sociale pour amortir le choc en retour du programme d’ajustement structurel. Azzi a tout dit pour prouver «l’extrême précarité qui caractérise le système de sécurité sociale dans ses branches les plus névralgiques, notamment celle de la retraite». Tout en affirmant pourtant que la CNR a enregistré un excédent de 15 milliards de dinars, il n’exclut pas une situation de cessation de paiement de la caisse «si rien n’est entrepris dans le sens d’un sérieux redressement». Les conséquences du PAS, fait-il remarquer, ont poussé à verser dans les nouveaux régimes de l’Etat 280.000 nouveaux retraités, dont 46% de cadres. «Ce qui a coûté depuis 1997 plus de 141 milliards de dinars à la caisse, sans possibilité de les compenser un jour».

Azzi pointe du doigt «l’implication directe de l’Etat dans l’affaiblissement du système de protection sociale». Il demande aussi «que l’on prenne conscience que la protection sociale se trouve désormais au centre d’enjeux décisifs». Pour conclure que la sécurité sociale est guettée par le démantèlement et la privatisation.

L’intervention du secrétaire général chargé de l’organique, Salah Djenouhet, se fera à la place de Sidi Saïd, le SG de la centrale syndicale, absent pour raison médicale. Elle se fera aussi pour relever «des nuances» entre le discours de Azzi et celui de la centrale syndicale. La FNTR enregistre régulièrement les cris de détresse de ces 25.000 adhérents dont la situation sociale n’est pas brillante. Un délégué de Aïn Témouchent nous raconte ses déboires après 39 ans et demi de travail dans la mine de Béni-Saf. «J’ai mon épouse malade. Et pour un acte médical que j’ai payé 500 dinars, on m’a remboursé 40 dinars, que je n’ai pas encaissés depuis avril à cause du retard du contrôle médical», dit-il. Logé dans une habitation (F4) d’une cité construite en... 1880, il peine aujourd’hui pour payer son prix de cession fixé à 140.000 dinars. Un représentant de Khenchela décrit la galère des retraités de plus de 70 ans «qui n’ont pas où dormir parce qu’à l’intérieur du pays, il n’y a pas de centre de vieillesse». Les retraités demandent aux agents de l’ordre de leur assurer la sécurité dans les bureaux de poste «parce qu’on se fait voler sans que personne ne nous défende».

A l’instar de l’ensemble des retraités, le comité syndical des métallurgiques appelle la direction de leur entreprise «à agir auprès du comité de participation pour obtenir le respect du droit», à savoir l’obligation de les faire bénéficier des oeuvres sociales.

Habib Dahou Abdelkader, de la wilaya de Aïn Témouchent, demande à ce que le droit de retraite bénéficie aussi aux commerçants conformément à l’article 32 de la loi du 12 avril 99. Un retraité de Sétif revendique un allégement de la période fixée au contrôle médical pour les malades chroniques «d’un an à 6 mois». Il indique aussi que les médicaments des malades chroniques coûtent très cher mais ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. L’IRG, imposé «encore» aux retraités, est une taxe jugée «en trop». Il est revendiqué sa suppression «au moins des retraites au seuil du SNMG». L’extrait de rôle est une pièce administrative qui est exigée à la famille du retraité en cas de décès. Mais pour l’avoir, il faut débourser 50.000 dinars. «C’est donc une confiscation du capital décès qui ne dit pas son nom», relève le retraité de Sétif. Le problème des travailleurs du secteur agricole est aussi posé. «Ils travaillent dur pendant 40 ans mais ils ne bénéficient pas de retraite parce qu’ils ne sont pas déclarés».

Le 4e congrès de la FNTR a été présidé par Demine Debbih Abdellah, 88 ans, ancien SG de l’UGTA (1978-1982). Un congrès qui a vu une participation plus importante de femmes, dont une siège dans le bureau. «C’est une évolution», pensent les hommes. Aujourd’hui, les congressistes éliront leur secrétaire général. Abdelmadjid Azzi est tout indiqué pour être plébiscité et reconduit pour un autre mandat. Ce sont les membres de la CEN qui l’affirment.

Ghania Oukazi

   
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