Bachedjarah : Le bidonville de la misère

El Watan, 4 octobre 2007

Des carrés en parpaing coiffés de tôles de zinc, des égouts à ciel ouvert, des cloaques et des odeurs nauséabondes, des gamins courant à moitié nu : bienvenus au bidonville Jardina à Bachedjarah où près de 100 familles vivent dans un dénuement total. Mériem (44 ans) vivait à Médéa avec son mari et ses 6 enfants. « Un beau jour, il nous a mis à la porte. J’ai atterri à l‘association SOS femmes en détresse qui m’a portée secours ainsi qu’à mes enfants encore petits à l’époque. Aujourd’hui, j’occupe cette pièce dans ce bidonville. Je travaille comme femme de ménage et je gagne 3000 DA par mois. Ma famille et moi survivons que grâce à la générosité des gens. Nous sommes inscrits à l’APC de Bachedjarah pour le couffin du Ramadhan, mais nous n’avons rien vu venir à ce jour ». Et d’ajouter « Mon fils vient juste de sortir de prison pour vol à la tire. Sans boulot, j’ai peur de le voir commettre d’autres larcins. » Hedda, 31 ans, nous ouvre à son tour la porte de son bidonville : deux minuscules chambrettes en parpaing, plongées dans l’obscurité.

M. G.


Baraki : Les nécessiteux lésés

Plus de 150 repas de Ramadhan sont distribués aux personnes nécessiteuses à Baraki durant la première quinzaine du mois de carême.

Selon le représentant local des Scouts, le service social a déjà distribué environ 230 repas dans le cadre du programme de l’APC, prévoyant 400 autres au profit des handicapés et orphelins. Cependant, « les quantités distribuées à ce jour ne sont pas suffisantes, car elles ne couvrent qu’un tiers des besoins exprimés », ajoute le même responsable, estimant que parmi les 2280 personnes nécessiteuses, ayant bénéficié de cette aide alimentaire à travers les restaurants de la wilaya d’Alger, il n’y a aucune personne des localités pauvres telles que Dehimat, Ouled Allal et Raïs. Pour l’administration locale de Baraki, les services sociaux des Encalyptus et à Sidi Moussa continuent le recensement de personnes et familles nécessiteuses afin de les faire bénéficier de 5000 couffins, devant être prochainement distribués et ce, dans le cadre de l’élargissement de la solidarité ramadanesque. Cette action serait, selon la même source, assumée par 40 centres désignés pour distribuer des repas chauds à travers 35 communes dont celles des Encalyptus, Baraki et Sidi Moussa. Les services concernés de la wilaya déléguée à Baraki affirment qu’au moins 30 enfants de la région bénéficieront également de l’opération de circoncision, à l’issue de laquelle, 500 trousseaux seront octroyés aux circoncis à travers 20 communes relevant de la wilaya d’Alger. Selon le service social local, qui « revendique un programme spécifique au profit d’au moins 600 personnes recensées en difficulté ».

E. Yazid

 


Boumahni (Aïn Zaouia) : Les habitants crient à l’abandon

C’est la décennie noire qui a fait sortir Boumahni de son anonymat. Pendant des années, son nom s’invitait dans les « papiers » sécuritaires. Située à la lisière d’un massif forestier qui couvre 70% de ce versant de la commune de Aïn Zaouia,, la localité était un point de transit des groupes islamistes armés qui écumaient la région de Draâ El Mizan.

Prise en tenaille par le terrorisme et le sous-développement, la population s’est retrouvée livrée à elle-même. Beaucoup reste à faire en matière de développement local dans les 20 villages qui composent ce douar. « C’est une région totalement déshéritée manquant de tout, oubliée par les autorités depuis des décennies. Le réseau routier est dans un mauvais état. L’eau manque dramatiquement. Les établissements scolaires sont mal entretenus et les structures de soins négligées. La jeunesse est livrée à elle-même faute d’infrastructures culturelles et sportives. Nous vivons le calvaire », affirment des représentants de la population. En matière de santé, Boumahni ne dispose que d’un centre de soins qui fonctionne au ralenti selon nos interlocuteurs. Le matériel existe mais pas de dentiste, ni autre médecin spécialiste. Les citoyens réclament l’ouverture d’un service pour la radiologie et un laboratoire d’analyses médicales. Selon la même source, le bourg peuplé par quelque 16 000 habitants est dépourvu de pharmacie. Dans un autre chapitre, ils demandent la construction d’un lycée et l’amélioration du transport scolaire. Les élèves parcourent une vingtaine de kilomètres pour aller suivre les cours à Draâ El Mizan. Le CEM de la localité n’est pas doté de terrain de sport, déplore-t-on. L’alimentation en eau potable constitue également un sujet de préoccupation pour les habitants. Les conduites sont vétustes et les coupures récurrentes. Certains hameaux ne sont desservis qu’une fois tous les quinze jours. En outre, Boumahni attend toujours le raccordement au réseau de gaz naturel. Les extensions opérées jusqu’à présent n’ont touché que les villages situés à la périphérie de Aïn Zaouia. Les comités de villages exigent par ailleurs la réouverture du bureau de poste de la localité fermé depuis quatre ans pour des raisons sécuritaires. Pour la moindre prestation de service relevant de la poste, le citoyen se voit obligé de faire un long déplacement au chef-lieu de la commune ou à Boghni. « Nous avons fait deux courriers à Algérie-Poste en juin et août derniers mais aucune réponse ne nous est parvenue à ce jour ». Des requêtes ayant trait à d’autres doléances ont été adressées au wali de Tizi Ouzou et aux directions de wilaya, soulignent les représentants de la population déplorant la sourde oreille de l’administration vis-à-vis de leurs doléances. « Il semble que les plans de développement ne nous concernent pas notamment en ce qui concerne l’alimentation des foyers en gaz naturel, la construction de logements sociaux et les PPDR. N’aurions-nous donc pas droit, comme les autres, à notre part des richesses nationales ? », s’indignent les villageois.

Ahcène Tahraoui

 


Ils habitent les Favelas de Ziadia

Âmes charitables, aidez Nora et ses enfants !

Mohammed est un bébé de deux ans qui n’a jamais connu les douceurs d’une fête d’anniversaire, où les bébés nagent, de droit, dans un déluge d’amour et des tonnes de cadeaux.

A quelques dizaines de mètres d’un nouveau lotissement de villas cossues, rivalisant en hauteur, Mohammed vit dans un gourbi avec ses quatre sœurs, Dounia, Amani, Maya et Faïza, dont l’aînée n’a que 14 ans, et leur mère, Nora, spoliée de sa jeunesse et de la beauté de son visage, ravagé par le vitiligo. Le père de famille est décédé l’an dernier suite à un arrêt cardiaque provoqué par les tourments du chômage et le sentiment d’impuissance de se procurer du lait pour ses enfants. Il était vendeur de fripe au marché de Daksi, fermé par la force publique quelques mois auparavant. Il n’avait ni assurance ni retraite. Sa famille se retrouve sans le moindre revenu. Nora et ses cinq enfants habitent depuis onze ans dans une baraque de fortune, construite à la lisière du bidonville Filahi, lui-même situé entre la cité Ziadia et les lotissements Sarkina. Quatre de ses enfants sont nés sous le toit troué de son gourbi, acheté à « un promoteur de gourbis » (le métier existe bel et bien), depuis qu’elle et son mari avaient quitté le domicile de sa belle-famille. Filahi est l’un des bidonvilles qui forment une longue ceinture flirtant avec l’oued depuis Djebel El Ouahch jusqu’à Oued El Had. Des favelas de la honte, cachées aux regards de tous les visiteurs officiels, notamment le ministre de l’Habitat, celui de la Solidarité nationale, et surtout le chef de l’Etat. Depuis plus d’une année, on multiplie les recensements et les promesses de relogement pour les milliers d’habitants du bidonville. Hélas, les logements, pourtant prêts à être distribués, demeurent otages de calculs intéressés entre des responsables bien installés dans le confort de leurs bureaux. Ont-ils vu Mohammed et ses copains jouer dans l’oued ? Dormir au milieu des nids de rats et de serpents ? Vivre séparé d’une frontière, si ténue, avec des dangers ahurissants, tandis que la mère fait la lessive pour d’autres, moyennant quelques dizaines de dinars ? Non, ils n’ont rien vu et ne verront rien comme nous tous repus et malades de notre suffisance, sourds et aveugles aux drames qui se jouent à nos portes.Aux premières averses généreuses, le gourbi de Nora sera menacé par la crue de l’oued et les eaux boueuses charriées depuis les hauteurs. Un autre hiver s’annonce rude pour tous les habitants du bidonville et leurs enfants, privés des droits humains les plus élémentaires. D’ici là, Nora vit au jour le jour, et au jour d’aujourd’hui, son souci est d’assurer le minimum du trousseau à ses enfants scolarisés et leur casse-croûte quotidien. Chaque matin, elle s’en va chercher le pain rassis du jour, et de quoi faire bouillir une marmite pleine de mensonges alimentaires.

N. Nesrouche

  Dégradation de la situation sociale  
www.algeria-watch.org