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Réformes économiques Le retour sous condition de la Banque mondiale Le Quotidien d'Oran, 15 juin 2003 En choisissant d’annoncer, dès maintenant, son parrainage à un plan de réformes du gouvernement algérien pour la période 2004-2006, la Banque mondiale semble revenir à de meilleurs sentiments vis-à-vis de l’Algérie. L’institution internationale souhaite, cependant, que les décideurs algériens lui donnent des garanties. « Cette stratégie de coopération consiste à approfondir notre partenariat avec le gouvernement algérien et la société civile pour créer des opportunités d’emploi et améliorer les conditions de vie de la population algérienne», a déclaré dans un communiqué repris par l’AFP, Théodore Ahlers, directeur pour l’Algérie auprès de la Banque mondiale. C’est ce que l’institution en question appelle le C.A.S (Country Assistance Strategy). Ce programme d’assistance aux réformes, accompagne donc, un plan d’action que le gouvernement algérien a élaboré en vue de favoriser la croissance, créer des emplois et lutter contre la pauvreté. De nombreuses réformes dans différents domaines seront mises en branle sur une période de trois ans. Il s’agira pour la Banque mondiale de veiller à «éradiquer les obstacles à la croissance dans le secteur privé, en particulier dans les petites et moyennes entreprises ainsi qu’à développer le secteur financier et les infrastructures» et «à contribuer à mettre en oeuvre une meilleure stratégie de prestations des services dans les domaines de l’alimentation en eau, du logement, des services environnementaux et du développement humain pour satisfaire les besoins de la population». Filiale de la Banque mondiale, la Société financière internationale (SFI), spécialisée dans l’aide au secteur privé est appelée, à cet effet, à aider le développement du secteur financier tout en soutenant les investissements privés dans les infrastructures ainsi que les programmes de privatisations initiées par le gouvernement. Les consultations autour du C.A.S de l’Algérie ont été organisées «avec l’appui du gouvernement qui a indiqué, depuis le début, qu’il voulait être impliqué pour bénéficier du débat public sur les questions de développement avec lesquelles il se débat». C’est ce qui est rapporté dans le mémorandum que le président de la Banque mondiale pour la construction et le développement et la SFI ont adressé, en avril 2003, au conseil d’administration de l’institution de Bretton Woods au sujet de la stratégie de coopération avec l’Algérie. Ouvertes, en janvier 2002 et closes en 2003, ces consultations ont été menées auprès des autorités centrales, régionales et locales, du secteur privé ainsi que des associations et des ONG en passant par le secrétaire général de l’UGTA, les représentants des secteurs des télécommunications, du logement, de l’eau et aussi les partenaires du développement de l’Algérie. La Banque mondiale affirme avoir «préparé en consultation avec le gouvernement, le travail analytique nécessaire pour encourager un débat constructif sur la gestion de la volatilité des prix pétroliers et la création du cadre d’incitation nécessaire pour une stratégie de croissance menée par le secteur privé et la génération d’emplois». Il est noté par ailleurs que «l’ensemble des activités d’appui de toutes les entités du groupe de la Banque mondiale, s’inscriront dans la perspective de conduire rapidement à des actions et mises en oeuvre concrètes par les autorités algériennes permettant ainsi d’engendrer des effets positifs, rapidement perceptibles et susceptibles d’accélérer, par leur effet de démonstration, la dynamique de changement et de progrès en Algérie». La Banque mondiale n’est pas à son premier C.A.S pour l’Algérie. Elle en a initié un pour l’exercice budgétaire 1996. Qualifié de stratégie transitoire de coopération d’une année, le précédent C.A.S a suivi l’élection de Liamine Zeroual et la nomination d’un nouveau gouvernement. Il fallait «aider le gouvernement à maintenir le difficile parcours de la stabilisation macro-économique tout en veillant à atténuer l’impact social adverse de la crise économique et sociale provoquée par la chute des prix pétroliers et la violence civile». Bien qu’elle relève la réussite des mesures de stabilisation macro-économiques appliquées entre 1997 et 2000, la Banque mondiale avoue, cependant, avoir échoué dans sa mission d’accompagnement et de soutien «en raison du terrorisme et de l’absence d’un consensus social sur l’orientation et la profondeur des réformes structurelles». Pour cette fois-ci aussi, mais sans poser de conditions à son soutien, la Banque mondiale fait coïncider le C.A.S avec l’élection présidentielle de 2004. Les conditions déterminant l’entrée de cette institution «dans de nouveaux domaines d’engagement ou sa sortie des engagements actuels», sont étroitement liées à la volonté politique des décideurs et à l’efficacité du prochain gouvernement. Pour la banque, «il sera particulièrement important de veiller à ce qu’il y ait un lien solide aux politiques appuyant l’établissement d’un environnement propice au développement du secteur privé, à la création d’emplois et à la réduction de la pauvreté». Elle affirme, en outre, n’apporter son soutien «que dans des domaines où il y a une demande clairement établie, des signaux concrets et un accord avec le gouvernement». Elle prévient que son programme sera «très sélectif sur les trois prochaines années en fonction des demandes et des priorités du gouvernement». Elle n’examinera «ces priorités avec le gouvernement (qu’) à la suite des élections présidentielles d’avril 2004. Et de préciser que «le manque d’un consensus national sur un programme de réformes et l’incertitude liée à la prochaine élection présidentielle», limitent les perspectives susceptibles de «démontrer des résultats sur le court terme». La banque énumère, à cet effet, un certain nombre de risques «émanant d’une série de sources internes et externes». Le faible engagement de l’Algérie aux réformes structurelles, ses problèmes politiques et sociaux, la dépendance de son économie des hydrocarbures en constituent, à ses yeux, les facteurs importants sur le long terme. «Avec les élections présidentielles de 2004, il y a une incertitude inévitable sur l’exécution soutenue du programme limité de réformes décrit dans le présent C.A.S», lit-on dans le mémorandum. Il est aussi craint de fortes pressions politiques que peuvent exercer «les syndicats et d’autres parties prenantes» sur le gouvernement pour assouplir sa politique budgétaire. Ghania Oukazi |
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