En vue de répercuter la hausse du PIB sur le pouvoir d’achat

Une politique des salaires et de répartition des richesses s’impose

par Safia Berkouk, Le Jeune Indépendant, 26 octobre 2005

Alors que l’argent s’accumule dans les caisses de l’Etat, le gouvernement semble avoir choisi ses priorités. Les dépenses publiques iront davantage vers la réalisation d’infrastructures que dans l’augmentation des salaires, quitte à ce que ce soit au détriment du pouvoir d’achat des citoyens, selon les appréciations des spécialistes.

Le produit intérieur brut (PIB) par habitant a augmenté en Algérie de 73 % en 10 ans, passant de 1 499,6 dollars en 1995 à 2 626,5 dollars en 2004, selon les derniers chiffres de l’Office national des statistiques. Malgré ces améliorations, les bienfaits sur le niveau de vie et le pouvoir d’achat des citoyens restent pourtant très limités.

Selon les experts et les économistes, cela est dû à «l’absence d’une politique salariale claire et d’une stratégie bien définie en matière de répartition des richesses». Si le PIB hors hydrocarbures augmente d’une certaine valeur, cette hausse doit se répercuter sur le niveau de vie des populations, estime M. Abdelhak Lamiri, professeur en économie.

Selon lui, quant il y a une croissance, «elle doit être répartie de façon équitable sur trois fronts, à savoir la réalisation d’infrastructures, le règlement des problèmes sociaux et enfin l’augmentation des salaires». Or, ce dernier aspect semble absent des priorités du gouvernement puisqu’il «aurait dû être le thème le plus important de la dernière tripartite».

Quand la croissance du PIB n’est pas essentiellement générée par le secteur des hydrocarbures, «elle doit pouvoir profiter aux fonctionnaires», soutient M. Lamiri. L’année dernière, la croissance du PIB s’est chiffrée à 5,2 %, soit de 85 milliards de dollars.

Cette performance a été réalisée grâce aux augmentations successives du prix du pétrole, certes, mais grâce aussi à d’autres secteurs notamment à la croissance du secteur des services avec 32 %, du BTP avec 13 %, de l’agriculture avec 6 % et de l’industrie avec 3 %.

La croissance du secteur des hydrocarbures a, quant à elle, atteint 23 %. Si les répercussions de la croissance restent invisibles sur les salaires c’est en raison de «l’absence d’une politique concertée et d’une formule définie à l’avance qui prenne en charge cette question, comme cela se fait ailleurs dans le monde», souligne l’économiste.

Le problème, selon lui, réside dans le fait qu’en Algérie «c’est une gestion à court terme qui prévaut et les gens se battent pour essayer de grappiller quelque chose, alors que les priorités du gouvernement sont ailleurs». Le gouvernement privilégie plutôt «les dépenses dans la réalisation d’infrastructures plutôt que dans le développement de la PME créatrice de richesses et l’amélioration du niveau de qualification des ressources humaines».

«Les dépenses ne sont pas équilibrées», soutient M. Lamiri. La preuve en est le plan de consolidation de la relance doté d’une enveloppe de 55 milliards de dollars et dans lequel la priorité est donnée aux infrastructures. Ce plan «ne va créer que des emplois éphémères et de courte durée».

De plus, le risque encouru par le pays est grand, selon notre interlocuteur, car, «si on se concentre sur les dépenses d’infrastructures en profitant des recettes du pétrole, dans 4 à 5 ans, la perspective d’une baisse du prix du pétrole à 19 dollars propulsera le pays dans une nouvelle crise», soutient M. Lamiri Les chiffres officiels font état d’une augmentation de 14 % du salaire des ménages en 2004.

Cependant, la même année, le PNUD avait établi que 20 % des Algériens vivent sous le seuil de pauvreté, soit 6,2 millions de personnes. La Banque mondiale parle quant à elle d’environ 7 millions de personnes, alors que le ministre de l’Emploi et de la Solidarité nationale avait récemment avancé un chiffre beaucoup moindre.

Les experts en économie affirment que lorsque le PIB augmente à long terme, cela veut dire que l’économie se porte bien en général. En revanche, un taux de croissance négatif du PIB est un indice négatif, car lorsqu’une économie produit moins au cours d’une année par rapport à l’année précédente, cela signifie habituellement une augmentation du taux de chômage et une diminution du pouvoir d’achat.

Il semble que l’Algérie a cette faculté de cumuler les paradoxes, puisque le niveau de vie de la population ne correspond pas à la croissance positive du PIB, ni au cumul de 50 milliards de dollars de réserves de change. S. B.

   
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