Selon le rapport de la Banque mondiale sur le développement dans le monde 2005

« 75% des entreprises algériennes versent des pots-de-vin»

 

Par Samira Imadalou, La Tribune, 29 septembre 2004

Au moment où les scandales financiers continuent d’éclater en Algérie et au moment où le gouvernement propose un projet de loi pour lutter contre le blanchiment d’argent, la Banque mondiale (BM), dans un rapport rendu public hier sur «le développement dans le monde» 2005, accable l’Algérie. Les experts de la BM ont avancé que le phénomène de la corruption, défini sommairement par cette institution financière comme «une pratique utilisant la puissance publique à des fins d’enrichissement privé», gangrène toujours l’économie nationale. Il prend de plus en plus de l’ampleur. Ainsi, le défi majeur pour l’Algérie, comme c’est le cas pour d’autres pays en développement, reste la lutte contre la corruption et d’autres formes de recherche de rente. Car, toujours selon le rapport, «la majorité des entreprises des pays en développement déclarent avoir à verser des pots-de-vin lorsqu’elles ont affaire aux agents de l’Etat, et beaucoup jugent que la corruption est le problème qui les gêne le plus». Ce phénomène international bloque sérieusement les investisseurs et les affaires en Algérie. 75% des chefs d’entreprises algériennes ont avoué être obligés de verser des pots-de-vin pour régler leurs affaires et éviter les lenteurs administratives. Le prix de la corruption en Algérie représente en moyenne, selon les rédacteurs du rapport sur le développement dans le monde 2005, 6% du chiffre d’affaires des entreprises en Algérie. C’est le cas aussi à titre illustratif du Cambodge et du Nicaragua. Le même constat a, faut-il le rappeler, été dressé en 2003 dans le rapport européen sur les pays tiers- méditerranéens. En freinant l’investissement, la corruption bloque la croissance économique de l’Algérie et par ricochet accentue la pauvreté. D’où la nécessité d’instaurer un bon climat d’investissement en commençant par faire barrage à la corruption. «Un bon climat d’investissement est essentiel pour la croissance économique et la réduction de la pauvreté dans le monde», est–il souligné dans le dernier rapport de la BM. Selon les rédacteurs du rapport, un climat d’investissement peu porteur pénalise davantage les petites entreprises et les entreprises de l’économie informelle. Par ailleurs, plus de 90% des entreprises (des pays en voie de développement) ont indiqué qu’il y a une différence entre les politiques adoptées dans leurs pays en matière économique et la pratique. Dans un grand nombre de pays en développement, le secteur informel de l’économie représente plus de la moitié de la production. Pour cela, les experts de la BM préconisent aux gouvernants de ces pays d’œuvrer pour supprimer cette différence en s’attaquant aux causes les plus profondes de l’échec des politiques qui érodent le climat de l’investissement. De l’avis de Warrick Smith, principal auteur du rapport, en plus de la lutte contre la corruption, de la modification de la législation et des politiques, d’autres initiatives sont à prendre. Il s’agit du renforcement de la crédibilité des politiques gouvernementales (application stricte des nouveaux textes de loi), la recherche de l’appui du public pour les réformes économiques et enfin l’adaptation des mesures prises aux réalités locales. Pour rappel, dans un précédent rapport sur l’investissement dans le monde 2005 publié au début du mois en cours, la BM avait souligné la nécessité d’accélérer les réformes économiques en Algérie pour attirer le plus d’investisseurs.

S. I.

 

   
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