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Le spectre du domino Panique dans le système financierpar M. Saâdoune, Le Quotidien d'Oran, 18 mars 2008 Ambiance de panique dans le système financier mondial. La Federal Reserve Bank (Fed), la Banque centrale américaine prend le risque d'aggraver le climat de défiance, en faisant preuve d'un interventionnisme à tout crin pour éviter l'effondrement des marchés financiers. Comme une vulgaire banque centrale de pays dirigiste, la Réserve fédérale a avancé les capitaux qui ont permis à JP Morgan d'acheter, pour une bouchée de pain, Bear Stearns, la cinquième banque d'investissement américaine. JP Morgan a déboursé 236 millions de dollars, soit 2 dollars par action, pour prendre possession de Bear Stearns. Pour avoir une idée du bradage, il faut savoir que le siège social de Bear Stearns, à New York, est estimé à 1,2 milliard de dollars. La banque, durement affectée par la crise des subprimes - crédits immobiliers - était incapable de faire face à ses engagements. Le rachat de Bear Stearns est indiscutablement un sauvetage en catastrophe. Techniquement, il s'agit d'une nationalisation déguisée, puisque c'est la Fed qui a avancé les fonds à un taux bonifié à JP Morgan pour réaliser l'opération de rachat. La crainte d'un effet domino est très ressentie et les rumeurs donnent Lehman Brothers, comme la prochaine banque sur le point de tomber. La célèbre banque d'affaires a beau annoncer la conclusion d'une facilité de crédit de 2 milliards de dollars, elle a perdu 15 % de sa capitalisation boursière à Wall Street. La situation est si critique que la Fed déroge aux règles pour essayer d'éviter le naufrage du système financier. Le renflouement de Bear Stearns frappe les imaginations, mais ne rassure pas, au contraire. Après son intervention dans le sauvetage de Bear Stearns, la Fed a décidé d'abaisser en urgence, sans attendre sa réunion prévue aujourd'hui, son taux d'escompte de 3,25 % à 3 %. Elle a décidé de créer une nouvelle facilité de crédit pour injecter davantage de liquidités dans les marchés. Mesure sans précédent depuis le crash de 1929, la Réserve fédérale a décidé d'ouvrir son guichet d'escompte aux courtiers de Wall Street. Effet de contagionLa Fed a peut-être évité une faillite bancaire qui aurait pu déterminer un effet de contagion au-delà du seul marché nord-américain. Mais cet interventionnisme réitéré, et l'impression d'une approche désordonnée, nourrit les inquiétudes sur la solvabilité réelle du système financier américain. Le bradage à vil prix de l'action de la Bear Stearns alimente les doutes quant à la valorisation des actifs des nombreuses banques atteintes par la crise des crédits hypothécaires. En tout état de cause, les mesures de la Banque centrale américaine ont fait plonger le dollar à un niveau historique par rapport à l'Euro. Le marché bancaire appréhende d'autres chutes brutales, l'effet négatif est palpable sur les autres places mondiales. Hier, les valeurs des banques européennes accusaient une forte baisse. Le marché bancaire est fondé sur la confiance, or celle-ci est fortement entamée par la chute d'un établissement aussi prestigieux et aussi important que la banque d'investissement New-Yorkaise. Combien d'autres squelettes attendent d'être sortis des placards des marchés mondiaux du crédit ? Il semble que l'on ait sous-évalué l'ampleur de la crise des subprimes et que le chiffre de 2.000 milliards de dollars de pertes n'est pas une vue de l'esprit. Le sauvetage de Bear Stearns suscite de vives critiques, car il conforte l'idée que les banques peuvent être irresponsables et se faire renflouer par des fonds publics. Les banques, qui ne partagent jamais leurs bénéfices, ont ainsi l'assurance que les pertes le seront par le plus grand nombre. Les pays émergents vont trinquer aussi...Le New York Times critique une situation « d'Etat-renfloueur » des spéculateurs où, ce sont les contribuables qui payent pour les aventures des banques. L'ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, a affirmé que l'actuelle crise financière pourrait être « la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale » et qu'elle pourrait faire de nombreuses victimes. De son côté, le Directeur général du FMI a estimé que la crise financière actuelle allait « durer assez longtemps » avec « de graves conséquences économiques ». Selon lui, les pays émergents vont être touchés à leur tour par la crise financière qui touche les Etats-Unis et les pays développés. Il n'y a pas de « découplage » entre les pays développés et les pays émergents, mais un simple « décalage » dans le temps. Il est clair, aujourd'hui, que le niveau des capitaux à destination des économies des pays émergents va très sensiblement diminuer, les prêteurs échaudés attendront des jours meilleurs pour se risquer à de nouveaux investissements. Dans le même temps, il y a fort à parier que ces capitaux vont se diriger vers des secteurs moins risqués et contribuer à accélérer le mouvement haussier des prix des matières premières, notamment les produits alimentaires... Sombres horizonspar K. Selim, Le Quotidien d'Oran, 18 mars 2008 Les marchés financiers sont en émoi: la confiance s'érode dangereusement et l'inquiétude règne. Quand la banque centrale américaine, la FED, dérogeant au sacro-saint principe de régulation par le marché, décide de baisser son taux d'escompte et met la main à la poche pour sauver une banque d'investissement, cela n'est pas de nature à inspirer confiance. Quand la FED s'écarte aussi résolument de l'orthodoxie du marché, les investisseurs ont de bonnes raisons de s'alarmer. En effet, la rationalité du marché aurait voulu que Bear Stearns fasse faillite. La banque centrale américaine a choisi d'aller contre la logique capitaliste en avançant les capitaux à JP Morgan pour l'achat-sauvetage de Bear Stearns. Pour une poignée de dollars ! Si une banque d'investissement comme Bear Stearns, la 5ème aux Etats-Unis, ne vaut plus que 238 millions de dollars alors que son siège social est estimé à plus d'un milliard, c'est que la situation est encore plus critique qu'on ne l'imagine. Ainsi, les pertes dues à la crise des subprimes paraissent sous-évaluées et pourraient être d'une ampleur cataclysmique. Personne ne comprendrait autrement que les responsables de Bear Stearns considèrent tranquillement la transaction comme tout à fait correcte. Du coup, les interrogations s'étendent à l'ensemble des banques et les bilans affichés ne peuvent qu'être appréhendés avec suspicion. La crise est d'abord une crise de confiance: chaque initiative des banques centrales a tendance à aggraver le déficit de confiance. De surcroît, les investisseurs savent que si les banques centrales peuvent efficacement intervenir lors d'une crise locale, elles sont démunies quand celle-ci est d'ampleur mondiale. Pour y parvenir, il faudrait un niveau de coordination extraordinaire entre ces prêteurs de dernier ressort. Du coup, l'incertitude est totale. Il n'y a pas de projections optimistes, hormis celles de la Maison-Blanche, il n'y a que des perspectives plus ou moins pessimistes: récession, krach... Même le directeur général du FMI en a rajouté une louche en avertissant les pays émergents que la crise va les atteindre, car ils ne sont pas « déconnectés » des économies développées, mais qu'ils sont juste en «décalage». Dans un tel contexte, il est normal que les investisseurs se réfugient vers les valeurs sûres: l'or, les matières premières... Conséquence prévisible: les prix des produits alimentaires qui flambent déjà, flamberont davantage. Le fait que la FED déroge à des règles sacro-saintes est significatif de la difficulté à imaginer des solutions dans le cadre d'un marché mondialisé où les transactions sont instantanées et la circulation de l'information - et des rumeurs - quasi immédiate. Par un curieux effet de balancier, les marchés, euphoriques hier grâce à l'ampleur des marges, sont aujourd'hui au bord de la dépression nerveuse. L'économie américaine étant le pivot de l'économie mondiale, sa crise a des répercussions planétaires. La dernière décennie nous ayant montré que les choses les plus impensables peuvent arriver, faut-il craindre que l'on cherche la solution à la démence des marchés par la guerre ? |
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