2005 : une opulence sur fond de pauvreté

El Watan, 31 décembre 2005

C’est aujourd’hui que la loi de finances pour l’année 2006 sera signée par le président Abdelaziz Bouteflika. Or cette loi est perçue par les Algériens comme un acte plutôt politique.

Dans les pays développés, c’est un événement attendu et qui signifie des changements perceptibles dans la vie de tous les jours. Aussi, le souci de la majorité des Algériens est aujourd’hui concentré sur l’emploi, le logement, la santé, l’instruction, la téléphonie mobile, l’automobile, les produits de large consommation, le sport et les divertissements. Cette « maturité citoyenne » fait que les Algériens ne font même plus attention aux indicateurs économiques. L’importante fiscalité pétrolière, la baisse du taux de chômage, le programme d’un million de logements ou celui de deux millions d’emplois n’ont de sens que dans l’épreuve du quotidien. Les citoyens acculés à satisfaire de multiples besoins, avec peu de ressources financières, ne se font aucune illusion. Ils savent maintenant, plus que par le passé, que la politique ne meuble pas le vide qui les entoure. D’autant moins qu’elle console leurs frustrations face à l’opulence d’un Etat qui a tous les atouts pour atténuer la pauvreté dans laquelle sont plongées des pans entiers de la société. Du coup, plus les années passent, plus les Algériens prennent conscience que rien n’est plus important que leur propre vécu. En fait, la société algérienne malgré tous les dérèglements subis a pu, bon gré mal gré, élaborer de nouveaux repères. En cette fin d’année, les citoyens ont des préoccupations multiples mais claires pour chacun. Il s’agit de survivre par tous les moyens et de transcender, volontairement ou involontairement, les conjonctures politiques. Les émeutes itératives qui ont émaillé, durant l’année 2005, plusieurs localités du pays sont un indicateur d’un dépassement du code moral jusque-là en vigueur. Pour un problème de distribution de logement, d’alimentation en eau, de réseaux électriques, ou de démolition de fonds de commerce (informels), des citoyens osent défier l’autorité publique. La contradiction est grandement perceptible dans ce genre de comportement : l’espoir est érodé par l’impuissance de changer un ordre interne injuste et surtout illégitime. Un ordre, particulièrement dans le modèle de consommation, imposé par d’autres Algériens qui se sont enrichis de la corruption, de la fraude et de la criminalité. Les passerelles entres ces trois pratiques ont affaibli l’Etat et rendu inefficaces toutes les entités censées redonner espoir. Les partis politiques, les syndicats, les organisations de la société civile ne sont aujourd’hui que des prolongements de cet Etat riche mais malade. Les Algériens font leur la citation de Napoléon Bonaparte quand il disait : « On peut gouverner de loin, mais on ne peut administrer que de près. » C’est-à-dire que la stabilité d’un Etat se juge par sa capacité d’offrir un mieux à ses citoyens. L’année 2006 apportera-t-elle plus de satisfactions que celles qui viennent de passer ? Chacun a le droit d’espérer quand même !

Salah Eddine Belabes

   
www.algeria-watch.org