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Abdelhak Lamiri. Économiste, docteur en sciences de gestion (USA) «Le plan de relance doit être différé» El Watan, 19 septembre 2004 Abdelhak Lamiri, docteur en sciences de gestion (université de Californie-USA), analyse dans cet entretien la portée et les objectifs qui doivent être assignés au plan de consolidation de la croissance économique, auquel le gouvernement envisage de consacrer une enveloppe de 50 milliards de dollars. Selon lui, la mise en œuvre de ce second plan de relance (appelé plan de consolidation de la croissance) doit être différée d'une année afin d'amorcer, au préalable, les nécessaires réformes de l'administration publique et du secteur bancaire. Quelles sont, selon vous, les actions à privilégier pour permettre la réussite du nouveau plan de consolidation de la croissance prévu pour les cinq prochaines années ? Le plan de consolidation de la croissance économique est en phase d'élaboration. Les pouvoirs publics n'ont pas encore arrêté le contenu de ce second plan de relance. Cela étant, on peut d'emblée constater que l'enveloppe de 50 milliards de dollars prévue à cet effet représente un montant énorme. En économie de marché, quand on lance un plan de relance, on s'appuie sur un indicateur précis, à savoir l'importance de la dépense envisagée par rapport au PIB (produit intérieur brut-ndlr). Le PIB se situant actuellement à environ 60 milliards de dollars par an, il en ressort ainsi que les 10 milliards de dollars de dépenses annuelles prévues au titre du plan de relance représentent presque 18% par an du produit intérieur brut. Il s'agit en somme d'un plan de relance des plus lourds et des plus volumineux dans le monde, car, en règle générale, les dépenses pour ce type de plan à travers le monde ne dépassent pas un maximum de 6% du PIB. L'importance de cette enveloppe financière est-elle synonyme, à votre avis, de l'efficience de la démarche quant à induire une croissance durable ? Il y a deux scénarios possibles. Le premier, qui est un scénario qui fait peur, est que le plan de consolidation de la croissance soit conçu comme le premier plan de relance (PSRE 2001-2004, ndlr) c'est-à-dire avec les mêmes orientations, les mêmes mécanismes administratifs et les mêmes projets de grands chantiers et de grandes constructions, sans que cela touche aux fondamentaux de l'économie. On aura alors, au bout de cinq ans, de nouvelles routes et autres infrastructures, mais dès que le plan de relance sera retiré, l'économie nationale retournera à la crise. Le deuxième scénario suppose, quant à lui, une meilleure allocation des ressources financières. Pour ce faire, il faut d'abord procéder à l'évaluation du PSRE par le biais de bureaux d'études indépendants afin d'en mesurer les effets réels sur le développement de l'économie nationale. Ensuite, il faut, à mon sens, différer d'une année la mise en œuvre du second plan de relance pour amorcer au préalable la réforme des banques et de l'administration, car on ne peut pas se contenter d' injecter de l'argent dans une économie et un secteur bancaire désorganisés. D’après vous, quelles sont les priorités qui doivent être prises en charge dans le cadre de ce second plan de relance ? Le plan de relance
doit être avant tout inséré dans
une stratégie de développement globale afin de créer à terme
une dynamique de croissance autonome et indépendante des ressources
de l'Etat. Le PSRE (Plan de soutien à la relance économique),
qui est un peu ce que font les pays du Golfe, se limite à la modernisation
des infrastructures sans développement de l'économie. On
a alors de belles constructions et de nouvelles routes, mais dès
qu'on retire le plan de relance, on revient à une situation de
crise. De ce fait, il faut que les 50 milliards de dollars puissent servir à préparer
le terrain à une croissance intensive qui passe par l'investissement
privé, national et étranger et non par l'Etat. Pour que
le plan de relance puisse réussir, il est nécessaire de
fixer, dès le départ, les objectifs qui doivent être
concrétisés à échéance, notamment
le taux Pensez-vous qu'une période d'une année puisse suffire à amorcer des réformes structurelles avant d'entreprendre la mise en œuvre du plan de relance ? Contrairement à ce que croient certains, le keynésianisme ne soutient l'injection des ressources de l'Etat dans une économie en crise que quand celle-ci est organisée. Aussi, avant de lancer un plan de relance, il faut d'abord consacrer une année à la réorganisation de l'économie. Il serait judicieux, à mon sens, d'allouer une partie des 50 milliards de dollars à l'amorce d'un processus de mise à niveau de l'administration et d'accélération des privatisations, avant de mobiliser le reste de l'enveloppe pour la réalisation des projets de relance. Ces derniers doivent, au demeurant, cibler en premier lieu la création d'un tissu performant de petites et moyennes entreprises, ainsi que la promotion du secteur privé. Cela passe par la création de fonds d'investissements qui permettront un meilleur accès aux crédits pour les entreprises et les investisseurs. Il est également nécessaire d'établir un plan d'urbanisme national, d'accélérer les privatisations, notamment celle des banques, de garantir une gestion moderne de l'administration et d'œuvrer à la création des marchés qui manquent tels que la bourse et le marché de l'intelligence. Il faut, en effet, favoriser le financement de l'intelligence plus que le financement de l'infrastructure. La création d'universités privées est indispensable pour instaurer un marché des managers et ne plus continuer à nommer ces derniers selon des critères secrets. On s'apprête à lancer des projets de relance pour 50 milliards de dollars, alors qu'il n'y a aucune université en Algérie qui forme des gestionnaires de projets. Soutenez-vous que la privatisation des banques publiques soit nécessaire à l'instauration de la relance économique ? Les experts reconnaissent qu'aucun secteur bancaire public dominant
dans son domaine Par A. R.
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www.algeria-watch.org
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