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D’autres révélations sur l’affaire
Khalifa
Grande évasion fiscale à l’aéroport d’Alger
Par
N. Ryadh. Liberté, 23 septembre 2004 La question lancinante
est de savoir si les recherches iront jusqu’au
bout.
L’actualité en Algérie d’ici à l’an
prochain sera marquée par de nouvelles révélations
sur l’affaire Khalifa. Et vraisemblablement par de nouvelles arrestations.
La question est de savoir aujourd’hui si les pouvoirs publics iront
jusqu'à inculper les commanditaires. Car le nœud de l’affaire
réside en ceci : connaître qui a ordonné aux dirigeants
des entreprises et institutions publiques de déposer leur argent à la
banque Khalifa. Pour comprendre le mécanisme de l’escroquerie
du siècle, il faut savoir quelle est l’utilité des
placements en dinars.
L’importance de l’argent public illégalement transféré à l’étranger
par Khalifa Bank
Ce n’est par pur hasard si la Cnas, la Cnan, les Opgi, des banques
et entreprises publiques ont déposé des milliards de dinars à Khalifa
Bank, totalisant l’équivalent d’environ 1 milliard
de dollars, correspondant à l’argent public aujourd’hui
non encore récupéré. Des spécialistes et
proches du dossier s’accordent à souligner que ces fonds
publics ont servi grâce à des surfacturations d’opérations
d’importations et de leasing destinées à transférer
d’importants capitaux à l’étranger. Ils s’accordent à souligner
aussi que ce ne sont pas seulement les taux d’intérêts élevés
de 17 % qui sont à l’origine des dépôts des
entreprises et institutions publiques, mais bel et bien des instructions
données d’en haut. Abdelmoumène s’est donc
servi de ces dinars pour les besoins de ses importations et factures
de leasing.
Qu’on se rappelle, toute entreprise publique et privée,
pour une opération d’importation, doit déposer des
dinars, auprès de la banque domiciliatrice, correspondant au montant
de la facture en devises.
Tous ces transferts illicites d’importants capitaux vers l’étranger
n’ont été rendus possibles que parce qu’il
y avait autant de dinars déposés à Khalifa Bank
grâce aux sociétés et institutions étatiques.
La Banque d’Algérie, en principe gendarme de la régularité des
opérations bancaires, n’a pas été au départ,
dans cette affaire, regardante sur la légalité des opérations,
se contentant de vérifier sommairement si les sommes en dinars
déposées correspondaient aux montants des importations.
Il s’ensuit que tant que les investigations ne remontent pas jusqu’à identifier
ceux qui ont ordonné de déposer l’argent public à Khalifa,
ajoutent ces spécialistes, on fera payer comme d’habitude “l’addition
salée” aux lampistes, en un mot les exécutants, d’autant
qu’il est plus difficile de fournir des preuves contre les premiers.
“L’aéroport d’Alger,
le territoire de Khalifa”
N’oublions pas le contexte. Lorsque l’argent public était
déposé chez Khalifa, Abdelmoumène jouissait d’une
solide position. L’image véhiculée était à cette époque
qu’on avait affaire à un intouchable, bien introduit chez
les décideurs. “J’avais l’impression, lors de
la visite de l’équipe de Marseille, que l’aéroport
d’Alger était le territoire de Khalifa et qu’il n’y
avait d’autre autorité dans cette enceinte que celle du
groupe”, raconte un responsable à l’époque
au Ministère de l’Intérieur. À telle enseigne
que ses importations de pièces détachées pour les
besoins de la compagnie aérienne Khalifa Airways s’effectuaient
de façon sauvage.
Nul besoin de déclarations. Les avions de Khalifa Airways faisaient
le va-et-vient entre l’Algérie et la France, transportaient
du matériel pour les besoins de maintenance et de croissance de
la compagnie aérienne incognito côté algérien,
indique une source sûre. Qui allait inquiéter Abdelmoumène à cette époque
? Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Les pouvoirs
publics sont beaucoup plus déterminés. Le chef de l’État
aurait donné le ton. “Si vous avez des preuves, même
contre mon frère, faites actionner la justice”, susurre-t-on
dans le milieu décisionnel. Il serait quand même étonnant
que les investigations remontent jusqu’aux “ordonnateurs
des dépôts”, d’autant que les hauts responsables
qui ont touché au miel n’ont pas l’habitude de laisser
des traces.
La justice française mène
ses investigations :
Le liquidateur de la banque entendu
Le liquidateur judiciaire de Khalifa Bank a été entendu
mardi au tribunal de grande instance de Nanterre, en banlieue parisienne,
par la juge d'instruction chargée de l'enquête sur des malversations
financières présumées dans le groupe algérien
Khalifa, a-t-on appris de sources proches du dossier. La juge Isabelle
Prévost-Desprez devrait prochainement lancer des commissions rogatoires
internationales pour demander la collaboration de la justice algérienne
dans l'enquête sur le groupe en déroute financière,
selon les mêmes sources. Durant l'entretien de près de trois
heures, le liquidateur algérien, Moncef Badsi, a tenté de
démontrer à la juge “l'existence de liens financiers
entre des infractions commises en Algérie à la banque Khalifa,
et des dépenses effectuées par les dirigeants du groupe
en France”, a indiqué une source proche du dossier. Moncef
Badsi avait déposé, fin juillet, une demande de constitution
de partie civile dans ce dossier, qui n'a pas été acceptée
pour le moment. La femme de l'ex-PDG du groupe Abdelmoumène Rafik
Khalifa s'oppose notamment à cette constitution de partie civile,
selon la même source. Mme Khalifa est mise en examen dans cette
affaire pour recel d'abus de biens sociaux, comme le dernier dirigeant
de Khalifa Airways-France, Amine Chachoua, pour abus de biens sociaux,
banqueroute, détournement d'actifs, dissimulation de comptabilité et
recel de ces infractions, tout comme une femme à l'identité non
communiquée.
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