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Sanjay Kumar, DG d’Arcelor-Mittal Annaba «Les travailleurs n’ont rien à craindre»Dans cet entretien réalisé le 22 août dernier, le DG d’Arcelor Mittal Annaba, tout en évoquant l’expérience de privatisation, revient sur le conflit qui a failli paralyser le complexe sidérurgique d’El Hadjar suite à un projet unilatéral de mise à la retraite de 1 200 salariés. Après avoir lancé le mot d’ordre de grève sous la houlette du syndicat de l’entreprise qui a reçu la caution du patron de l’UGTA, le collectif des travailleurs avait pu arracher le 20 août un accord qui lui reconnaît des droits substantiels, dont entre autres l’octroi de primes de retraite conséquentes et l’amélioration des conditions de travail.
Entretien réalisé par Larbi Graïne, Le Jour d'Algérie, 28 Août 2007
Le Jour d’Algérie - Peut-on connaître la qualité des relations qui vous lient à votre partenaire social ; estimez-vous qu’il est à la hauteur de la mission qui lui est dévolue ? Les syndicats se fixent comme objectif la préservation de l’emploi des travailleurs ; chaque direction possède ses propres méthodes pour satisfaire les doléances de sa base. Les tâches des deux parties sont rendues difficiles du fait de l’évolution rapide qui affecte les conditions des affaires et de l’économie sur le plan mondial. Permettez-moi de vous expliquer les causes du conflit qui vient de faire dresser contre nous le syndicat : depuis le mois de septembre 2005, nous avons dû faire face à une envolée de l’impôt sur les produits importés, qui était de l’ordre zéro. Nous évoluons actuellement au sein d’un marché international dominé par une rude concurrence entre les différentes firmes multinationales. Cela signifie que nous devrions améliorer nos revenus pour couvrir nos dépenses, or le coût de la main-d’œuvre dans notre entreprise est très élevé du fait du surnombre de salariés. Sachez que la productivité de notre personnel tourne autour des 25% par rapport à ce qui a été prévu au départ. Certes, notre objectif est aussi de protéger l’emploi, mais tout d’abord nous sommes tenus d’assurer la viabilité de notre entreprise. Ces points ont été discutés avec notre partenaire social dont des représentants ont pu visiter des unités sœurs dans d’autres pays ; eux-mêmes, ils ont pu réaliser qu’il y avait nécessité d’en améliorer la productivité. Cependant parfois vous êtes obligé de prendre des décisions qui ne plaisent pas à tout le monde. Nous avons donc offert au syndicat d’améliorer les primes de retraite pour les employés qui voudraient partir. Pourquoi ? Parce que nous croyons qu’on doit faire de notre mieux pour réduire les charges que nous vaut un effectif pléthorique de salariés. Nous sommes disposés à faire de nouvelles recrues, mais cela doit se faire de manière à améliorer les conditions de travail, c’est notre souci premier. Il est évident qu’avec de lourdes charges, on ne peut espérer prospérer ni se développer dans un contexte international marqué par le renchérissement des prix. Je vous ai déjà dit que les conditions des affaires évoluent très rapidement, il nous appartient donc d’être au diapason de ces changements. Nous avons discuté de tous ces points-là ces derniers jours, et en fin de compte, on est tombé sur un accord. Le syndicat sait que nous avons pris un engagement pour améliorer les conditions du travail, un engagement qui doit être concrétisé sur le terrain dans les 3 ou 6 mois prochains. Notre souci est de travailler ensemble pour honorer cet engagement.
J’ai fait un tour dans quelques ateliers, j’ai constaté que les travailleurs évoluent dans des conditions de travail assez pénibles … L’industrie sidérurgique a toujours évolué dans des conditions assez dures, nous allons faire des investissements ; dont quelques-uns devraient améliorer la situation dans 3 ou 6 mois. Au demeurant, nous allons créer des postes aux fins de préserver l’environnement, des opérations seront réalisées d’ici 2009, d’autres suivront d’ici 2011 et ce, conformément à l’accord que nous avons passé avec le gouvernement.
Dans l’accord collectif que vous venez de signer avec le syndicat, vous proposez un départ à la retraite aux salariés qui peuvent être intéressés. Or m’a-t-on appris, l’essentiel du personnel susceptible de postuler à la retraite exerce au niveau des ateliers. Ne pensez-vous pas que ces départs auront pour conséquence de perturber l’activité de la production ? Je ne crois pas que cela aura un impact négatif sur le fonctionnement des installations puisque nous allons mettre sur pied une organisation qui est à l’œuvre dans d’autres unités où la productivité est très élevée. Avec seulement 1500 travailleurs, elles arrivent à produire à hauteur de 4 à 5 millions de tonnes par an. Ce chiffre prouve bien que vous n’avez pas besoin de gros effectifs pour atteindre une productivité efficiente. Mais notre souci n’est pas de ramener l’effectif à de telles proportions. Après une étude, on a décidé de procéder au regroupement de certaines activités, de certaines couches dans la hiérarchie. On va donc impulser une dynamique de changement à l’organisation mise en place en 1990.
Peut-on connaître les secteurs visés par cette réforme ? Je ne peux entrer dans le détail parce qu’on n’a pas tout finalisé ; nous nous sommes donné 3 mois pour mettre au point tout cela.
Est-ce que vous avez un plan de relève ? Bien sûr. Il existe depuis cinq ans. Chaque directeur est soumis à des évaluations de performance. On a un plan de relève pour respectivement les 2 et 5 prochaines années. Les programmes de formation sont communiqués aux directeurs d’unité. L’efficacité de ce programme de formation est évaluée annuellement. L’Etat nous demande incessamment de lui fournir des explications pour savoir comment nous allions nous y prendre pour élever le niveau de production avec le même personnel. Chaque directeur est noté séparément mais on n’est pas sécurisé à 100 % parce qu’en Algérie, il n’ y a pas une rotation au niveau des responsables de ce rang. On ne peut ramener des managers d’autres entreprises pour améliorer nos compétences. Il n’est guère facile d’attirer l’attention des étrangers en vue de leur proposer un poste d’emploi ici en Algérie.
J’ai relevé une inquiétude au niveau des ateliers de maintenance où sont employées près de 3 000 personnes ; il y court le bruit que la maintenance va être supprimée ou confiée à des sous-traitants… Il n’y a rien de tout cela. Les travailleurs n’ont rien à craindre. On n’a pas de programme de sous-traitance de l’activité maintenance. On ne va pas sous-traiter cette activité au détriment de nos travailleurs. Nous avons projeté de sous-traiter seulement les activités ne nécessitant pas de grandes compétences. Car nous estimons qu’il est improductif qu’on fasse toutes les activités par nous-mêmes. La maintenance est une activité importante, et je dois de vous dire que nous ne nous sommes guère satisfaits de la qualité des prestations qui y sont fournies. Nous avons engagé une réflexion afin d’essayer d’y apporter les correctifs nécessaires.
Avec qui aviez-vous l’intention de sous-traiter, avec des entreprises algériennes ou étrangères ? Le problème ne se pose pas en ces termes, il s’agit de trouver la solution la plus à même de mettre à la disposition du personnel les compétences requises ; par exemple, récemment on a fait appel à une entreprise belge, laquelle a eu à intervenir au niveau de la PMA, mais en même temps, on a fait appel à des entreprises algériennes pour l’assister dans ses activités de maintenance.
Quelle nouveauté ou quel apport selon vous le Groupe Mittal a pu introduire depuis la prise en main de l’entreprise ? De nouvelles techniques de gestion, des préoccupations relatives au rapport qualité-prix, fierté d’avoir accompli un bon travail. Nous nous sommes surtout heurtés à des problèmes de mentalité. Nombreux sont les travailleurs qui ramènent tout au destin. On évoque Dieu pour justifier pourquoi cela ne marche pas. On a essayé de leur expliquer que si une machine tombe en panne, cela ne relève pas de la volonté de Dieu ou du destin, mais de leur négligence. Au moment où nous avons repris cette entreprise, la sécurité y était des plus catastrophiques et la plus mauvaise dans le Groupe. L’entreprise était classée à la tête du peloton du point de vue du nombre d’accidents enregistrés dans les ateliers, et du coup, la productivité en avait pâti puisqu’elle était la plus faible dans le Groupe. Les gens ici rejettent la faute sur les autres, qu’ils soient directeurs ou simples employés. Il résulte de ce schème de pensée que personne ne se sent concerné pour améliorer la situation. Tout le monde attend l’intervention de l’autre. Le changement des mentalités s’est avéré un impératif urgent, c’est cette préoccupation que nous avons justement voulu partager avec le partenaire social et le collectif des travailleurs. Grâce aux efforts des uns et des autres, on a pu lancer le SAP, une nouvelle technique de management et une nouvelle technologie, le laminoir à rond. Des groupes de travailleurs ont fait montre d’une aptitude remarquable dans la maîtrise des nouvelles techniques. Des imperfections persistent au niveau de la sécurité, domaine qui nous a valu du reste une mauvaise note suite à un audit. Cependant certaines unités de notre usine ont pu rivaliser avec leurs homologues au niveau mondial, à l’exemple de la centrale à oxygène et du nouveau laminoir à rond. Même si certains travailleurs affichent une disponibilité au changement, on souhaite la voir gagner le reste de l’effectif de l’usine. C’est vous dire que le changement se fait avec lenteur. Il faut que tout le monde comprenne que cette usine est condamnée à fonctionner selon les normes, il en va de sa viabilité. Créer une industrie viable en Algérie n’est pas chose aisée, croyez-moi. J’ai su que Sonatrach a essayé d’adopter sans y parvenir le système intégré de gestion, le SAP, dont j’ai parlé plus haut. Grâce à l’effort de nos travailleurs, nous avons pu l’appliquer avec succès. (Après un long silence) Je veux délivrer un petit message : c’est que les choses peuvent changer en Algérie, mais il faut avoir de la patience. (sourires). L. G. Au cœur d’Arcelor-Mittal AnnabaArcelor-Mittal Annaba, plus connu sous le nom de complexe sidérurgique d’El Hadjar, est un immense domaine employant 81 00 travailleurs sur un site de 800 hectares, avec 17 km de périmètre. Si vous arrivez de bon matin en même temps que le personnel, vous constaterez un bruyant mouvement de véhicules de transport d’où des particuliers s’apprêtent à faire leur entrée par le portail principal gardé par des vigiles à l’affût de la moindre anomalie.
De notre envoyé spécial à Annaba Larbi Graïne
L’impression de fébrilité qui s’en dégage est accentuée par le spectacle de l’attroupement de jeunes gens qui se produit ici cycliquement. Ces jeunes messieurs ont répondu à la convocation des entreprises de location de main-d’œuvre. A regarder cette force juvénile exclusivement de sexe mâle qui se bouscule devant un poste de police bien protégé par des barreaux de fer, on se surprend à penser que cela se passe comme dans les romans d’Emile Zola et que tout de même, voilà peut-être un des rares secteurs en Algérie qui n’intéresse pas la gent féminine. Les femmes, bien sûr, elles y sont, mais on ne les rencontre pas au niveau des ateliers. Elles sont dans les services administratifs, dans le médical etc. Le complexe est un monde : il comprend une galerie électrique souterraine de 9 km dans laquelle on peut se déplacer en bicyclette. L’électricité s’y distribue par câble enfoui sous terre et non par poteaux. 20 250 véhicules environ y accèdent quotidiennement, le site abrite 122 entreprises privées, 10 entreprises publiques. Durant la nuit , vous verrez le complexe étinceler de plus de 1 500 points lumineux. Le site industriel, longtemps considéré comme le fleuron de l’industrie algérienne, n’est plus, depuis l’année 2001, sous le contrôle de l’Etat algérien. M. Lakhdari, la soixantaine, actuellement chargé de la direction de la sécurité, a pu reprendre du service malgré son départ à la retraite car estime-t-on, personne d’autre ne peut s’occuper comme il le fait lui d’un secteur aussi névralgique. Il est une des rares personnes qui parle avec nostalgie de l’époque de Boumediene. Des chefs d’Etat à l’heure de la gloire socialiste ont visité El Hadjar à l’image de Bourguiba, Fidel Castro et Pod Gornin. Le jeune Etat indépendant avait repris à son compte un projet datant du plan de Constantine de 1958. Il s’agissait de réaliser dans le voisinage du site d’Ouenza un haut-fourneau pour traiter le minerai de fer qui y est exploité. La Guerre de libération nationale n’en ayant pas permis l’aboutissement, il fallait attendre l’année 1965 pour que le projet soit relancé ; c’est alors que fut créée la Société nationale de sidérurgie (SNS), laquelle sera relayée vers le milieu des années 1970 par Sider. Ayant frôlé la faillite dans un moment où l’Etat s’apprêtait à se désengager de la sphère économique, Sider n’a pas d’autre choix que de se tourner vers le partenariat. Nous sommes en 2001, la société publique cède au groupe indien Ispat International 70 % de ses actions pour 400 millions de dollars. Le complexe qui basculera dans le privé s’est dénommé d’abord Ispat Annaba, et il se verra encore changer de sigle à deux reprises. Ce changement de sigle ne se fera plus l’écho du mouvement de restructuration des entreprises engagé dans le cadre de la réforme de l’économie nationale dans les années 80, mais le reflet des regroupements et des fusions des firmes imposés par la mondialisation. En 2005, Ispat Annaba sera donc rebaptisé Mittal Steel Annaba, suite à la fusion entre la société mère Ispat International contrôlée par le milliardaire indien Lakshmi Mittal et l’entreprise américaine International Steel Group. De ce regroupement naîtra le numéro 1 mondial de l’acier, Mittal Steel Company. En 2006, la société européenne Arcelor, producteur n°1 de l’acier jusqu’en 2004, fusionne avec Mittal Steel. L’actuelle appellation porte donc la trace de cette énième fusion qui allait donner naissance au Groupe Arcelor Mittal, le numéro un mondial de la sidérurgie, avec 320 000 employés répartis dans plus de 60 pays. Réduction de l’effectifArcelor-Mittal Annaba, qui est une unité de production, fait donc partie d’un ensemble encore plus grand, qui est Arcelor Mittal Algérie, lequel chapeaute des unités de commercialisation implantées à Annaba, Skikda, Blida, Hussein Dey, Réghaïa, Ksar El-Boukhari, Oran, et El Khroub. Il n’empêche, depuis le lancement du processus de privatisation qui devait sceller le partenariat avec le Groupe Sider qui détient 30 % des actions, la direction de l’entreprise s’est lancée dans une politique de licenciement tout azimut. Des 14 000 personnes qui étaient employées par le Groupe Sider au moment de la prise en main d’El Hadjar, il n’en est resté aujourd’hui que 83 00. La hantise des compressions des effectifs n’est pas pour autant près de s’estomper en dépit de l’accord intervenu le 20 du mois courant entre la Direction d’Arcelor-Mittal Annaba et le syndicat de l’entreprise. Toujours est-il que la direction a réussi à convaincre le syndicat à renoncer à la grève illimitée à laquelle il avait appelé pour le 22 août en moyennant des gratifications substantielles pour les départs en retraite, et en s’engageant à élaborer des organigrammes en concertation avec le partenaire social. Des syndicalistes remplissant les critères d’âge sont eux aussi éligibles à la retraite. «Ils peuvent représenter 10% des 1 200 personnes qui vont partir» précise M. Bouraï, syndicaliste chargé des conflits. Mardi 21 août, au lendemain de l’accord, le syndicaliste Zoubir Khabati, 53 ans, 32 ans de service, employé à l’unité «Revêtement et parachèvement» jubile. «Que Dieu soit loué, on va sortir avec une pension honorable ; c’est un espoir, comparez le montant de la retraite qui se pratique ailleurs, vous ne trouverez pas meilleur traitement.» A. Ahmed, également syndicaliste, 52 ans, 29 ans de service, employé au niveau du laminoir à froid se montre satisfait des résultas des négociations : «Quand on a suffisamment de garanties pour voler de ses propres ailes, je ne vois pas ce qui me retiendrait dans cette usine. Place maintenant aux jeunes, il ne s’agit tout de même pas d’un héritage» s’exclame-t-il. SyndicatLa section UGTA a élu domicile dans des baraques. Dans le bureau du SG, des coups de téléphone parviennent des quatre coins du pays pour transmettre des félicitions ou s’enquérir des détails de l’accord. M. Smaïn Kouadria, secrétaire général par intérim, n’a pas le temps de répondre à tous les appels. Il s’extirpe subrepticement de la réunion des militants. Ses responsabilités de vice-président de l’USMAn, club phare de football de la région, lui pompent beaucoup de son énergie. On voit sur une grande photo en couleur insérée dans un cadre le SG Aïssa Menadi accueillant le président Abdelaziz Bouteflika. Aïssa Menadi est aussi député à l’APN et président du même club de football. Depuis quelques années, l’USMAn est sponsorisée par Mittal Steel. Le club de Annaba a reçu des milliards de centimes. C’est peut-être l’autre grand succès du syndicat. Ou bien d’Arcelor-Mittal qui, depuis son arrivée, a fait sortir de sa léthargie un club voué à l’agonie : «Nous nous sommes mêlés du sport pour démontrer que le syndicat sait gérer» soutient M. Bouraï. Il rappelle que le syndicat avait donné son quitus pour un week-end décliné en vendredi et samedi, arguant que cela a fait amortir les dépenses. Virée dans les ateliersNous voici dans le laminoir à froid ; c’est un entrelacs de fer, des chariots aériens qui coulissent à quelques mètres au-dessus de votre tête, de rails sur le sol et de wagonnets pleins de tôles grisâtres, des gaz fumants s’échappant des fours et un bruit assourdissant. 110 décibels sont lâchés dans ces froids espaces. Selon le Dr Boumaïza qui exerce au niveau de l’infirmerie de l’usine, la surdité avec la pneumoconiose (provoquée par les poussières de fer) est l’une des maladies les plus fréquentes. Le non- respect des mesures de sécurité est à l’origine de quantité d’accidents comme les traumatismes, les brûlures, les chocs directs, la chute des hauteurs, les fractures et les entorses de ces victimes d’accidents ; l’infirmerie, nous dit-on, ne désemplit pas. Saïd, 38 ans, chef d’équipe dans le décapage, 18 ans de service, estime que «la situation s’est améliorée ; autrefois on ne voyait jamais le directeur, depuis la prise en main par Mittal le directeur nous rend visite quotidiennement» mais, enchaîne-t-il, «notre situation socioprofessionnelle reste inchangée, on se débat toujours dans les sempiternels problèmes de logement». Pour Salah, 50 ans, 21 ans de service, «au temps de Sider il y avait du social, 3 ou 4 personnes occupaient un poste, aujourd’hui chacun a son poste, pis parfois deux». Il reconnaît toutefois «qu’on est sorti de l’angoisse de la facture de la Sonelgaz et de la facture de l’eau non réglée et des retards de versement de salaire» et d’ajouter : «Le patron a introduit la pression sur la production, on sait désormais qu’on doit retrousser les manches sinon il pourrait définitivement baisser rideau.» L’accord, s’il a réjoui les prétendants à la retraite, semble par contre susciter l’inquiétude chez ceux qui, au regard de leur âge ou de toute autre considération, ne peuvent y postuler. Il est possible que l’information n’ait pas circulé et que beaucoup de travailleurs n’aient pas saisi la logique qui sous-tend l’accord. Pourtant le syndicaliste Bouraï nous avait expliqué que les projets d’investissement devraient doter l’usine de nouvelles installations qui ne nécessitent pas de main-d’œuvre. «Le directeur veut atteindre une certaine quantité de tonnage et en même temps, il veut libérer beaucoup d’employés ; je me demande comment on va faire si quelqu’un tombe malade» affirme Saïd avant d’ajouter : «On bute souvent sur le problème de pièces de rechange pour maintenir des machines qui ont trop vieilli, mais notre patron souvent préfère ne pas donner suite à notre demande ou sinon il met beaucoup de temps pour répondre.» Ainsi dans cet univers rude qui a priori veut se débarrasser de ses «vieux os», nous sommes tombés sur un cas insolite. Mohamed, 57 ans, 32 ans de service, est un retraité qui a été réintégré en 2005 pour occuper le poste de pontier. «J’avais pris ma retraite pour acheter un appartement; chaque jour, je faisais 175 km de route car j’habitais Aïn Beida, j’ai donc repris avec un contrat renouvelable et un salaire à 12 000 DA». Mais il s’avère finalement que ce cas est légion. «Des gens compétents et qualifiés qui avaient quitté volontairement l’entreprise en 1997 sont revenus par le biais de sous-traitants qui ne les déclarent pas, quand bien même ces derniers touchent en contrepartie des millions.» révèle Ahmed, 55 ans. Le syndicat justement pointe un doigt accusateur vers ces sous-traitants auxquels il reproche de ne pas respecter la réglementation en vigueur en matière de recrutement. En fait, ces sous-traitants qui sont des entreprises de location de main-d’œuvre (il y en a quatre importantes) cristallisent la haine des travailleurs qui, menacés par les licenciements, ont tendance à voir en eux des vautours qui viennent se nourrir de cadavres. Les jeunes ingénieurs ne sont pas contents de leur salaire, même s’ils admettent que la situation pourrait changer dans le bon sens. Nadir, 36 ans, 8 ans de service tonnes, ingénieur en métallurgie se demande comment «on peut me payer à 30 000 Da alors que je produis dans la ligne de galvanisation 500 t/jour sachant qu’une tonne vaut 1200 dollars». Halim, 36 ans, déplore le fait que «l’ingénieur soit si mauvaisement payé, alors qu’aujourd’hui on produit et on fait des bénéfices» rappelant qu’autrefois «c’est l’Etat qui donnait de l’argent à Sider pour payer les travailleurs»; et d’ajouter : «Nous sommes agacés de savoir que nous appartenons à Arcelor et touchons un salaire dix fois inférieur au salaire européen. Comment cela fait-il que nous touchions 32 000 Da (320 euros) alors que dans les unités sœurs, les ingénieurs perçoivent un salaire de l’ordre de 28 000 euros?» C’est au niveau des ateliers de maintenance qui emploient environ 3 000 personnes que s’expriment les plus vives appréhensions par rapport aux licenciements, preuve si l’en est que rien n’est encore réglé, syndicalement parlant. Le syndicaliste Belamri Kheireddine, BTS en maintenance industrielle, parle d’un projet de filialisation de cette branche qui aboutirait à terme au renvoi des gens qui y sont employés. «Sous couvert de la sous-traitance, on va faire appel aux entreprises de prestation de service qui se verront ainsi confier l’ensemble de nos activités» a-t-il prédit. L.G. |
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