HYDROCARBURES

Sonatrach décroche un permis d'exploration en Libye

Le Quotidien d'Oran,  31 janvier 2005

Entre autres sociétés pétrolières étrangères qui viennent de bénéficier d'un permis d'exploration en Libye, le groupement Sonatrach, dont les projections à l'horizon 2015 tablent sur 30% de production en dehors de l'Algérie.

Après avoir soumissionné à un avis d'appel d'offres pétrolier - premier du genre - lancé par la Libye pour 15 permis d'exploration, Sonatrach a désormais la possibilité d'intervenir sur un site de la Jamahiriya situé à la frontière tunisienne. Elle sera aux côtés d'une compagnie pétrolière canadienne. Les treize restants bénéficient à d'autres compagnies étrangères, dont cinq à une seule, l'américaine Occidental Petroleum Corp, avec en plus une intervention en coopération avec une société australienne dans quatre autres périmètres libyens.

Sonatrach sera tenue, tout autant que les compagnies pétrolières, d'investir 750 millions de dollars dans cette exploration, sans compter le financement des infrastructures et de canalisations nécessaires à ce genre d'opération. C'est ce qui a été annoncé hier par Abdallah Al-Badri, président de la compagnie pétrolière libyenne, tout en précisant que la Libye lancera dans un mois un autre appel d'offres pour quarante autres périmètres à explorer. La Jamahiriya a décidé d'investir 30 milliards de dollars durant cette décennie dans le but d'augmenter sa production pétrolière.

Hier, à Sonatrach, personne n'était disposé à nous renseigner davantage sur les possibilités de participation du groupement à l'étranger et particulièrement en Libye. Il faut croire que ce sont les secrétaires qui décident de la nécessité de communiquer ou pas puisqu'elles ont transmis nos appels de poste en poste, sans pour autant réussir à nous passer un responsable qui communique... Ceci en l'absence du staff de la direction de la communication de Sonatrach.

Ce n'est pas tant la réussite de Sonatrach à décrocher un permis d'exploration en Libye qui retient l'attention, mais les objectifs qu'elle s'est fixés d'ici à l'horizon 2015. Le groupement pétrolier algérien prévoit en effet, selon le ministre de tutelle, «de réaliser 30% de notre production en dehors de l'Algérie durant la prochaine décennie». C'est ce qu'a déclaré Chakib Khelil au quotidien londonien Financial Times le 20 janvier dernier. Le ministre de l'Energie et des Mines a dû prendre comme point d'ancrage des dispositions du nouveau projet de loi sur les hydrocarbures pour avancer des prévisions aussi prometteuses.

Il est vrai qu'en décidant de se désengager de certaines activités dans le secteur des hydrocarbures, Sonatrach axera plus d'efforts sur ce qui pourrait lui rapporter le plus en matière d'entrées financières, à savoir l'exploration pétrolière. Khelil semble avoir fait justement une évaluation des capacités d'intervention du groupement pétrolier en matière de recherche de l'or noir, pour le prédestiner à une entrée relativement remarquable dans des champs pétroliers étrangers tout au long de la prochaine décennie.

«Nous avons d'ici à 2015 pour objectif d'avoir 30% de notre production en provenance de l'extérieur et je pense que nous progressons bien dans cette direction», a-t-il souligné au quotidien londonien. Les projections de Sonatrach dans cette optique ne sont pas des moindres. Le ministre avait conforté ses propos sur l'expansion du groupement à l'étranger en rappelant sa participation dans le consortium qui s'est constitué en 2003 pour intervenir dans le gisement gazier de Camiséa, au Pérou, son association à hauteur de 50% dans le terminal de l'Isle of Grain, dans le Kent, aux côtés de British Petroleum, ainsi que l'augmentation de sa production en Mauritanie, au Niger et au Nigéria.

Encore une fois, le ministre s'appuie implicitement, pour une grande partie de ses propos, sur la nouvelle loi sur les hydrocarbures, même si celle-ci n'a pas encore été adoptée. Sûr des projections de Sonatrach, le ministre de l'Energie et des Mines fait référence, selon Financial Times, à la réforme que le secteur de l'énergie doit mener pour pousser et permettre plus de participation de compagnies étrangères en faveur de son développement. Contrainte de compter encore pour longtemps sur les ventes de son pétrole d'ici à ce qu'elle réussisse la mise à niveau de son industrie et de son agriculture, l'Algérie est tenue d'évaluer minutieusement ses réserves en gaz et en pétrole. Pour cela, elle devra recourir à des expertises étrangères dont seules des dispositions de la nouvelle loi sur les hydrocarbures assurent la légalité.

Deuxième producteur mondial de GNL et classée parmi les 10 puissances gazières et les 20 grands producteurs de pétrole dans le monde, l'Algérie a toute latitude de se tracer des projets d'envergure pour assurer à Sonatrach une véritable dimension de firme internationale.

Son permis d'exploration pétrolière en Libye lui permet ainsi une entrée dans la région maghrébine, où les grandes puissances, à l'exemple des Etats-Unis, s'activent à s'assurer des intérêts importants. On en veut pour preuve l'accaparement par la compagnie américaine Occidental Petroleum Corp de cinq sur quinze des permis octroyés par la Jamahiriya, en plus du droit d'exploration en coopération qu'elle a obtenu pour quatre autres périmètres du même pays. «La compagnie américaine connaît les périmètres pour y avoir travaillé précédemment», a affirmé Al-Badri pour expliquer le succès de Occidental Petroleum Corp.

Il faut croire que les Américains veulent faire dans l'offensive dans une région qui a souffert d'un embargo féroce décidé sur instructions fermes de la Maison-Blanche. Ils ont déjà réussi une première phase dans ce sens en obligeant la Jamahiriya de Kadhafi à faire des concessions de taille et de forme. Désormais, Sonatrach devra tenir compte d'une concurrence rude et impitoyable dans la région.

Ghania Oukazi


 

   
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