Sonatrach-GDF: Khelil dit non à Sarkozy

par Hamid Guemache, Le Quotidien d'Oran, 28 juillet 2007

Souhaité par Nicolas Sarkozy, le projet d'une alliance capitalistique entre Sonatrach et Gaz de France (GDF) n'intéresse pas l'Algérie.

La Sonatrach n'y voit pas son intérêt dans le cadre de sa stratégie de développement à l'international. La réponse est officielle: elle émane du ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil, dans une interview à la revue «Pétrole et Gaz arabes» (PGA), publiée à Paris et à paraître le 1er août. Le ministre a clairement dit que « les sociétés françaises n'ont pas fait à Sonatrach des propositions de nature à contribuer à son développement international, ce qui a un caractère stratégique pour nous, comme l'ont fait Statoil ou le groupe italien ENI avec lequel nous sommes associés dans l'exploration au Mali ».

Après avoir longtemps entretenu le suspense en s'abritant derrière le manque de clarté de la proposition, le ministre de l'Energie et des Mines Chakib Khelil ne se contente pas de répondre à Nicolas Sarkozy sur le projet de partenariat entre Sonatrach et GDF ou avec Total ou Suez.

SONATRACH NE VEUT PAS D'INTERMEDIAIRES

Il contre-attaque en clarifiant la position de Sonatrach et ses critères pour choisir ses partenaires. Selon le ministre, Sonatrach veut « trouver des partenaires qui (lui) apportent une valeur ajoutée » pour pouvoir alors envisager « des alliances qui déboucheront sur des synergies importantes ». Chakib Khelil a rappelé que Sonatrach a « déjà des partenariats, même si ceux-ci ne sont pas exclusifs ». « Cette année, Sonatrach a signé un partenariat stratégique avec Energias de Portugal (EDP) et pris une participation dans le capital de cette firme », a-t-il donné comme exemple. Il a poursuivi que Sonatrach « a mis au point une stratégie à long terme et a identifié des partenaires potentiels qui présentent des complémentarités et des synergies intéressantes à l'amont, à l'aval ou en terme de marchés ». Pour citer un autre exemple, il a évoqué « la firme norvégienne Statoil, partenaire de Sonatrach dans divers projets en Algérie » et qui « est l'un des actionnaires de l'Institut algérien du pétrole ». « Elle nous a associés à l'exploration en mer profonde en Egypte », a-t-il ajouté. Sonatrach pourrait ainsi acquérir de l'expérience dans l'offshore, un domaine qu'elle ne connaît pas. En échange, Statoil profitera du savoir-faire de Sonatrach dans l'exploration dans les sables du Sahara. La compagnie semi-publique norvégienne a décidé de se développer à l'international et mise sur le pétrole et le gaz africains pour se diversifier et se préparer à l'épuisement de ses réserves gazières en Norvège.

Le ministre a déploré le manque de coopération avec les compagnies françaises. « A ce jour, nous n'avons pas pu développer de partenariats similaires avec Gaz de France ou avec Total d'ailleurs ». « Il s'agit d'un constat, pas d'un reproche », a-t-il noté, souhaitant que la récente visite à Alger du président Sarkozy puisse constituer « peut-être une occasion de pousser dans cette direction ». « De façon générale, nous voulons trouver des partenaires qui nous apportent une valeur ajoutée en termes, notamment, de technologie, de capacité, de management ou de marchés qui nous intéressent », a-t-il dit, soulignant que « c'est par rapport à ces besoins que l'on peut envisager des alliances qui déboucheront sur des synergies importantes ».

Il a toutefois rappelé que Sonatrach a « des exemples concrets de coopération réussie » avec les compagnies françaises. A titre d'exemple, « Gaz de France et Sonatrach ont ainsi créé Med LNG, ce qui leur a permis d'exporter conjointement du GNL vers le marché américain. Nous avons un accord pour une réservation de capacité de regazéification au terminal de Montoir de Bretagne - même si Fos serait plus intéressant pour nous - et Gaz de France travaille dans l'amont en Algérie », a ajouté le ministre. Il a poursuivi que « Total conduit des activités d'exploration-production dans notre pays et vient d'obtenir un projet pétrochimique en association avec Sonatrach ».

La compagnie nationale des hydrocarbures ne souhaite pas établir des partenariats exclusifs dans la vente du gaz avec les compagnies étrangères. Sonatrach ne veut pas en effet d'intermédiaires avec ses clients européens et n'a pas besoin de GDF pour vendre son gaz en Europe.

L'Algérie a d'ailleurs rappelé qu'elle a toujours été un fournisseur fiable de gaz pour l'Europe. Le ministre de l'Energie et des Mines n'a pas évoqué la question du nucléaire et son lien avec l'alliance entre Sonatrach et GDF. Ce qui signifie que l'Algérie ne veut pas lier les deux sujets dans ses relations avec la France.

OPTIMISME SUR LE REGLEMENT DU DIFFEREND ENERGETIQUE AVEC L'ESPAGNE

Le ministre de l'Energie et des Mines a détaillé le conflit énergétique entre l'Algérie et l'Espagne. Chakib Khelil a révélé à la même revue que les négociations algéro-espagnoles sur différents sujets de différend gazier se poursuivent et des discussions ont été engagées dans la perspective d'une solution allant « dans l'intérêt des deux pays».

M. Khelil a rappelé que sa dernière visite en Espagne a permis de faire progresser les discussions « vers une situation qui serait dans l'intérêt des deux pays». «Il y a une volonté des autorités espagnoles à trouver des solutions», a-t-il relevé, précisant que «nous sommes en mode d'arbitrage mais les négociations continuent » en ce qui concerne la question du prix d'une partie du gaz algérien exporté vers l'Espagne.

Sur ce point, il a rappelé les données des contrats Sagane 1 et 2, signés par la compagnie nationale Sonatrach et l'espagnol Gas Natural, pour lesquels les livraisons algériennes sont acheminées par le gazoduc Pedro Duran Farell. « Pour ces deux contrats, il y a le problème des prix, et, pour l'un d'entre eux, des différences d'interprétation sur la notion de flexibilité des livraisons de gaz », a précisé le ministre, indiquant que « pour la partie espagnole, cette flexibilité pourrait atteindre jusqu'à 30%, alors qu'elle est généralement plutôt proche de 15%».

M. Khelil a ajouté que « sur le problème du prix de gaz importé, se greffe la question du prix régulé en Espagne ». « Nous estimons que la hausse de 20% demandée par Sonatrach se traduirait par une augmentation de seulement 6% pour le consommateur, car l'Etat espagnol devrait prendre en charge le différentiel et Gas Natural semble craindre d'avoir à le supporter », a-t-il dit, assurant que « l'Algérie et l'Espagne encouragent les deux sociétés à trouver une solution acceptable ».

L'autre différend en cours de négociations porte sur le projet de gazoduc Medgaz, autour duquel M. Chakib Khelil relève « deux problèmes »: l'un concerne la licence de commercialisation accordée à « Sonatrach Gas Compercializadora », une société de droit espagnol et filiale de Sonatrach. Il a précisé que cette licence « limite à un milliard de mètres cubes par an les volumes que «Sonatrach Gas Compercializadora» peut vendre directement sur le marché espagnol, alors qu'elle a le droit à 3 milliards de mètres cubes par an». Pour le premier problème, «nous nous sommes tournés vers la justice espagnole pour obtenir satisfaction»; pour le second, «le délai court jusqu'à septembre», a indiqué M. Khelil.

Le ministre a toutefois assuré avoir eu avec les partenaires espagnols « une bonne discussion sur ces sujets », qu'il « y a quelques signes positifs » et que les négociations se poursuivent toujours.

   
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