Moratinos hier à Alger

Réchauffement algéro-espagnol

Par : Rafik Benkaci, Liberté, 26 juillet 2007

Le ministre espagnol a affirmé, à l'issue d'un entretien avec le président Bouteflika, que les relations algéro-espagnoles étaient un “modèle” pour les pays de la région. “Nous avons beaucoup d'ambitions communes et nous avons investi tous nos efforts pour réussir cela”, a-t-il dit

Les relations entre l'Algérie et l'Espagne sont au beau fixe, a assuré hier le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, en dépit de quelques notes discordantes, notamment le différend sur la gaz qui a entraîné ces derniers mois une montée au créneau du ministre de l'Énergie Chakib Khelil. La visite d'une journée à Alger du chef de la diplomatie espagnole a visiblement permis de dissiper les malentendus.
En effet, le ministre espagnol a affirmé, à l'issue d'un entretien avec le président Abdelaziz Bouteflika, que les relations algéro-espagnoles étaient un “modèle” pour les pays de la région. “Nous avons beaucoup d'ambitions communes et nous avons investi tous nos efforts pour y réussir et faire des relations algéro-espagnoles un modèle qui doit inspirer d'autres acteurs de la région, dans la recherche de la paix, de la stabilité et de la prospérité pour les deux peuples”, a-t-il dit. “Nous avons continué à avancer dans tous les dossiers bilatéraux dans le cadre de notre partenariat politique, économique, énergétique, social et culturel afin de faire de la Méditerranée un espace de paix et de sécurité”, a ajouté M. Moratinos.
Le ministre espagnol avait indiqué à son arrivée qu'il évoquerait à Alger des questions ayant trait à l'économie, l'énergie, la sécurité ainsi que des dossiers internationaux, dont celui du Sahara occidental, objet de négociations à l'ONU entre le mouvement indépendantiste sahraoui Polisario et le Maroc. Chakib Khelil, qui s'était rendu le 19 juillet dernier à Madrid, avait déclaré, samedi, que le différend sur le gaz entre la Sonatrach et l'Espagne “était en bonne voie” de solution.
Sonatrach conteste une décision de la Commission espagnole de l'énergie (CNE) conditionnant l'augmentation de ses droits de vote dans la société Medgaz chargée de la réalisation du gazoduc Algérie-Espagne (Medgaz), à la limitation à 1 milliard de m3/an au lieu des 3 mds de m3/an du volume de gaz qu'elle est autorisée à commercialiser en Espagne.
Les droits de vote supplémentaires réclamés par Sonatrach correspondent à sa montée de 10% dans le capital de la société Medgaz, dont elle détient 36%. Auparavant, la société algérienne, par la voix de M. Khelil, avait menacé de recourir aux tribunaux espagnols et à la Commission européenne pour invalider la décision de la CNE, jugée “discriminatoire” par Alger. Par ailleurs, les relations algéro-espagnoles avaient subi un coup de froid depuis que Madrid avait annoncé, le 6 mars, qu'il accueillait favorablement le plan d'autonomie marocain du Sahara occidental, rejeté par le Polisario, soutenu par l'Algérie. Le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, au pouvoir depuis mars 2004, entretient de meilleures relations avec le Maroc que son prédécesseur conservateur.
En effet, M. Zapatero a infléchi la position de l'Espagne sur le Sahara occidental. Il a cessé, au grand dam du Polisario et de l'Algérie, de réclamer mordicus l'organisation d'un référendum d'autodétermination, se posant en simple “facilitateur” d’“une solution qui satisfasse les deux parties”. En revanche, le roi d'Espagne Juan Carlos avait affirmé en mars, lors d'une visite à Alger, que son pays restait en faveur de la “libre détermination” de l'ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975, et d'un “dialogue entre les parties dans le cadre de l'ONU”.

R. B.

   
www.algeria-watch.org