Après les découvertes dont 6 en effort propre

Les futures ambitions de Sonatrach

Par : ZAHIR BENMOSTEPHA, Liberté, 30 septembre 2007

En 2004, le groupe anglo-américain British Petroleum, réputé pour ses analyses et ses données chiffrées sur le secteur des hydrocarbures, indiquait dans sa revue statistique sur l’énergie dans le monde que la durée de vie des réserves pétrolières de l’Algérie n’est que de 16 ans. Ce qui voulait dire que si l’Algérie ne fait pas de découvertes significatives, elle sera un importateur net de pétrole à partir de 2020. Selon toujours les mêmes analyses en comparaison avec les pays du Golfe et d’autres pays grands producteurs de brut, les ressources de l’Algérie s’avèrent très modestes. En revanche, les ressources gazières de l’Algérie sont beaucoup plus importantes. Ses réserves prouvées sont à fin 2003 de 4 520 milliards de m3, soit 2,6% des réserves mondiales. Leur durée de vie, indique British Petroleum, est de 54 ans. Les réserves de gaz de l’Algérie sont classées septièmes au monde. Sa production, de 82 milliards de mètres cubes en 2003, place le pays au cinquième rang à l’échelle de la planète. Des chiffres qui n’ont pas laissé les plus hautes autorités de l’État indifférents puisque le pays s’est engagé résolument dans la perspective de l’après-pétrole en investissant gros dans d’autres industries de substitution comme l’industrie des biens et des services pour se préparer à l’échéance 2020. Cependant, disons le trivialement, notre pays est en train, depuis pratiquement huit ans, de “brasser de l’air” en injectant des milliards de dollars dans une économie en panne d’idées. Fort heureusement, les prévisions du groupe anglo-américain sont battues en brèche par une véritable montée en cadence de Sonatrach qui multiplie depuis quelques années les découvertes. Pas plus tard que ce jeudi, l’association Sonatrach-Anadarko-Maersk annonçait une découverte d’hydrocarbures dans le bassin de Berkine à la suite du forage de ZENN-1 situé dans le périmètre Zemlet en Naga. Cette nouvelle découverte porte à 16 le nombre de découvertes enregistrées par Sonatrach depuis le début de l’année : 6 en effort propre et 10 en association avec des groupes étrangers. Voilà qui conforte les statistiques élaborées par le cabinet KPMG dans le “Guide investir 2007” qui classe l’Algérie au 15e rang mondial en matière de réserves pétrolières. Notre pays est, selon le guide, un pays riche en hydrocarbures. Son domaine minier évalué à plus de 1,5 million de km2 est encore largement sous-exploité. Ses réserves prouvées en hydrocarbures sont de l’ordre de 45 milliards de tonnes en équivalent pétrole
De ces statistiques fournies par ce “Guide investir 2007”, il y a lieu de penser que notre pays est en passe d’éloigner cette fatidique échéance de l’après-pétrole. Autant dire s’offre à lui une chance supplémentaire pour repenser son économie dans les standards de l’efficacité et de la rationalité. N’empêche, il apparaît que le salut des générations futures de l’Algérie passe par Sonatrach en attendant de jours meilleurs pour les secteurs hors hydrocarbures. Et aujourd’hui, l’Algérie pour bon nombre d’étrangers s’identifie à Sonatrach. Exploration et production, en amont, raffinage et commercialisation, en aval. La seule Sonatrach emploie 40 000 personnes. Si l'on ajoute ses filiales, on arrive au chiffre de 70 000 cadres, agents de maîtrise et d'exécution. Une entreprise qui dispose de relais à l'extérieur avec des sociétés de trading à Londres et à Singapour.
Elle vient d'acquérir un second bateau pour le transport du GPL, la principale richesse de l’aveu du ministre de l’Énergie, Chakib Khelil. Prenant des participations en Amérique latine, en Asie ou au Moyen-Orient. Développant un gisement de gaz au Pérou, elle dispose en outre de 10% dans un consortium qui compte des compagnies sud-coréenne, américaine et argentine. Elle a finalisé un accord avec la société pétrolière indienne OMGC pour des actifs en Irak. Au Yémen, elle dispose d'une concession en association avec les Italiens d'Agip. Et la compagnie nationale compte même augmenter ses capacités de génération électrique en vue de l'exportation. À ce sujet, rappelons que Sonatrach et Sonelgaz ont créé une société mixte avec pour objectif de réaliser une centrale de 2 000 mégawatts. Ceci pour dire que la compagnie nationale a pris une ampleur telle qu’elle est en train de devenir un État dans l’État. Comme le dit si bien Chakib Khelil : “Nous voulons sortir du statut de simple vendeur de gaz.” Il faut reconnaître que la désignation de Chakib Khelil à la tête du ministère de l’Énergie obéit à cette stratégie de deux fers au feu qui pourrait permettre à l’Algérie de trouver toujours une issue de secours s’il venait que le redressement économique de l’Algérie ne se fasse pas dans les délais prévus. Autrement dit, donner le rôle de locomotive encore et toujours à l’énergie. Une idée qui est renforcée par les larges prérogatives octroyées au ministre de l’Énergie et des Mines dans le cadre de la politique générale du gouvernement. Ainsi, outre les attributions qu’il exerce dans les domaines de prospection, recherche, production, traitement, transformation, stockage,transport, commercialisation et distribution des hydrocarbures liquides et gazeux et leurs dérivés, recherche géologique et minière, extraction, traitement et valorisation des ressources minières de toute nature et au-delà des prérogatives qui lui reviennent dans la production, transport, commercialisation et distribution d'énergie électrique de toute origine, développement des énergies nouvelles et renouvelables et de l’énergie nucléaire, le ministre participe à la réalisation du programme national de dessalement d’eau de mer et apporte son concours au ministère chargé des Ressources en eau pour la mise en œuvre des actions de rationalisation de l’utilisation de l’eau, de protection qualitative et de préservation des ressources en eau. Enfin, en matière énergétique, le ministre de l'Énergie et des Mines arrête, avec les institutions concernées, les programmes d’électrification et de distribution publique du gaz naturel et veille à leur réalisation. Et ce n’est peut-être pas tout.

ZAHIR BENMOSTEPHA

   
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