Le ministre de l’Énergie affirme que le dossier est entre les mains de la justice

Chakib Khelil remet en cause l’enquête de l’IGF sur BRC

Par : Meziane Rabhi, Liberté, 26 février 2007

En dépit des pressions, l’Algérie appliquera la taxe sur les superprofits, indique le ministre de l’Énergie et des Mines.

“Seul le président de la République peut me demander de démissionner. Personne d’autre ne peut me suggérer de le faire ou pas.” Les propos du ministre de l’Énergie et des Mines, M. Chakib Khelil, tenus samedi soir, en direct, sur le plateau de la Télévision algérienne, sonnent comme une réponse à ceux, notamment le Parti des travailleurs, qui ont demandé son départ. Le ministre de l’Énergie et des Mines, au-delà des résultats du secteur, est revenu sur certaines questions qui ont fait couler beaucoup d’encre : l’affaire BRC et la loi sur les hydrocarbures. Le ministre de l’Énergie, pour la première fois, répond aussi à ceux qui l’accusent de détenir une double nationalité. “Je suis Algérien, je n’ai aucune autre nationalité, ni américaine, ni française. J’ai vécu 20 ans aux États-Unis, je suis resté Algérien et le seul passeport que j’ai est un passeport algérien”, souligne Chakib Khelil.

BRC : “Tout le monde semble informé sauf moi”
Sur le dossier BRC (Brown Root et Condor), Chakib Khelil explique d’abord que cette société “modeste” a été créée par Sonatrach et la compagnie américaine Halliburton, il y a un peu plus de dix avant qu’il ne soit ministre.
Au début, il estimait que l’affaire était entre les mains de la justice, qui n’a pas encore rendu de jugement. Le ministre du moins ne l’a pas vu (décision de la justice). “Ni le ministre de l’Énergie, ni le président de Sonatrach n’ont eu connaissance de la décision prise pour donner une quelconque opinion”, estime M. Khelil. L’émission “Forum de l’ENTV” tire à sa fin, le ministre précise, par rapport au dossier, que BRC est une société de droit privé. De part ce statut, l’IGF n’avait pas les prérogatives de contrôle sur la société, la Cour des comptes peut le faire. “Même si l’IGF n’avait pas le droit de contrôle, elle a enquêté et nous n’avons pas dit qu’il fallait qu’elle enquête”, souligne le ministre. Du coup, le ministre affirme n’avoir pas eu les moyens pour étudier le rapport. “Je n’ai pas vu le rapport”, estime-t-il. “Les seules informations que j’ai sont celles publiées, avec ma photo dans le Jeune Afrique intelligent. Tout le monde semble informé sauf moi”, regrette-t-il.

La loi sur les hydrocarbures amendée n’a pas subi des modifications de fond, explique le ministre. Les changements introduits dans la loi portent sur l’institution d’une taxe sur les produits exceptionnels et l'obligation faite pour Sonatrach de s’approprier 51% des actions au moins dans tous les accords conclus. Cependant, le dispositif fiscal n’a pas changé et la loi actuelle reste concurrentielle, et il permet à l’Algérie d’être compétitive en matière d’attractivité des investissements directs. Le ministre se dit étonné que les questions relatives à la taxe sur les profits exceptionnels viennent de la presse algérienne. “J’ai été aux États-Unis la semaine passée, les journalistes ne m’ont pas posé cette question, ni la presse espagnole”, regrette-t-il. Le ministre explique encore une fois, que la taxe sur les profits exceptionnels est une loi algérienne qui s’applique aux entreprises étrangères. La compagnie nationale a été chargée par l'État en tant qu'agent fiscal de l'application de cette taxe, étant partenaire de ces compagnies dans le cadre de la loi 86-14. Dans le cadre de la nouvelle loi, l’application est dévolue à l’Alnaft. “Les États-Unis et la Grande-Bretagne le font, pourquoi pas l’Algérie ?”, s’interroge le ministre en demandant à la presse “un peu de soutien”.
Évoquant le bilan du secteur de l’énergie et des mines, le ministre annonce qu’entre 2000 et 2006 plus de 43 contrats d’exploration et de production d’hydrocarbures ont été signés. 68 découvertes de pétrole et du gaz ont été enregistrées.

En 2006, la production de l’Algérie en hydrocarbures a atteint 1,4 million de barils par jour contre 890 000 barils par jour en 2000. En matière d’investissement, on dépasse les 25 milliards de dollars US dans le domaine de l’exploration et la production. Le ministre a évoqué la réalisation de plusieurs projets, entre autres l’unité de production d’hélium et de l’azote à Skikda et la raffinerie d’Adrar (600 000 tonnes par ans).
M. Chakib Khelil a, par ailleurs, parlé des projets de gazoduc Medgaz et Galsi. Pour Medgaz, le ministre annonce le démarrage des travaux du projet. Concernant Galsi, tous les contrats ont été signés. Dans les mines, le ministre avance une croissance de la production de 10% durant les dernières années. En 2006, le secteur a enregistré une augmentation de la production de fer de 20%, du phosphate (72%) et des gravats (30%).

Le secteur a attribué 631 autorisations aux investisseurs privés ayant généré 3 milliards de DA en faveur du Trésor public. L’électricité, 7 nouvelles centrales électriques ont été réalisées d'une capacité globale de 2 600 MGW, la dernière est celle de Berrouaghia d'une capacité de 480 MGW qui sera réceptionnée ce trimestre. 13 stations de dessalement d’eau de mer sont en chantier, d’une capacité plus de 2 millions de mètres cubes. En 2006, les exportations en hydrocarbures sont estimées à 54 milliards de dollars, un record. 5 milliards de dollars constituent la part des associés provenant de la production du pétrole brut.
Les revenus du pétrole brut ne sont que de 13 milliards de dollars. La société nationale des hydrocarbures (Sonatrach) a versé 2 800 milliards de DA de fiscalité pétrolière au Trésor public. Le ministre de l’Énergie a évoqué 10 projets dans la pétrochimie pour produire de l’éthane, du méthanol et les aromatiques… évalués à 12 milliards de dollars.

Pas d’Opep du gaz
Le ministre de l’Énergie écarte une nouvelle fois l’idée d’une Opep de gaz. Les revenus de l’Algérie dépendent pour beaucoup des hydrocarbures, explique-t-il. 40% du PIB provient des hydrocarbures et constituent 70% de la fiscalité, ce qui n’est pas le cas en Russie.
Et puis le prix du gaz est indexé sur celui du pétrole. “Nous avons l’Opep qui régule le prix du pétrole, et le prix du gaz est indexé sur celui du pétrole, pourquoi alors créer une autre organisation”, répond-il. Chakib Khelil estime que les prix du pétrole se maintiendront entre 50 et 60 dollars même s’il s’attend à une éventuelle réduction de la demande au cours du 2e trimestre de l'année.

Meziane Rabhi

   
www.algeria-watch.org