Président de l'association de lutte contre la corruption
Djilali Hadjadj à El Khabar

Propos recueillis par : A. Fayçal, 30 septembre 2004

El khabar : Quel est votre commentaire à propos du constat de la Banque mondiale sur la corruption en Algérie.
D. Hadjadj : Il s'agit d'un rapport consacré aux investissements, fondé sur un sondage d'opinions fait auprès des hommes d'affaires. Or, ce n'est pas la première fois que la question de la corruption est évoquée. "Transparency International" a déjà réalisé une enquête sur la corruption en Algérie.

Cependant, c'est la première fois que la Banque mondiale entreprend une telle démarche auprès des investisseurs qui comptent investir en Algérie, et des entreprises algériennes.

Le constat est, d'autre part, conforme à la classification de "Transparency International", qui a classé l'Algérie en 86e position, avec une note de 2/10. Selon les spécialistes les notes inférieures à 3/10 indiquent un niveau élevé de compromission. A titre d'illustration, une étude faite sur les investissements et la corruption dans les trois pays du Maghreb arabe (l'Algérie, le Maroc et la Tunisie), a démontré que la création d'une entreprise en Tunisie prend trois jours et au Maroc sept jours, tandis qu'en Algérie cela demande plus de 50 jours.

Et je pense que tout le monde est d'accord sur ce point, car le directeur des douanes a fourni, il y a deux jours, des informations sur la corruption dans les entreprises de l'Etat. Les petits pots-de-vin y sont également répandus, puisque ils sont devenus une condition sine qua non pour l'obtention de documents administratifs.

De toute façon, la Banque mondiale tente, à travers ce genre d'études, de rejoindre les autres institutions internationales, les grands investisseurs, et en particulier, les multinationales, qui sont devenues sensibles à cette question, d'où la mise en place, par ces organismes, de services d'évaluation des risques..

El khabar : Mais en évoquant la question de la corruption, la Banque mondiale cherche à fuir partiellement sa responsabilité dans la croissance de la pauvreté, provoquée par ses instructions qui imposent la réduction des dépenses publiques.

D. Hadjadj : En effet, la Banque mondiale se concentre, dans cette étude, sur les entreprises publiques pour indiquer que la non application du libéralisme par les autorités, est susceptible de laisser la voie libre au pots-de-vin. Cela fait effectivement allusion à la nécessité de réduire le nombre des travailleurs et des employés.

El khabar : Quelles sont les moyens garantissant la diminution de la compromission à votre avis?

D. Hadjadj : Je pense que la solution consiste à assurer les libertés démocratiques et la création d'alliances nationales et internationales. Il y a un nombre d'accords que l'on doit appliquer. Et nous devons adapter les législations nationales aux lois internationales. L'Algérie, semble-t-il, signe des accords internationaux et manque de les mettre en application. Cela donne l'impression qu'elle cherche seulement à satisfaire les institutions internationales.

El khabar : Comment cela?

D. Hadjadj : l'Algérie a signé le décret de son adhésion au traité internationale pour la lutte contre la corruption, élaborée par les Nations Unis. Nous avons souhaité que la signature soit faite par le parlement afin de soumettre cette question au débat.. L'Algérie a émis, lors des négociations à propos du traité, qui ont duré deux ans, à Vienne, deux réserves, liées au rôle de la société civile, des mécanismes d'application et du contrôle de l'application du traité. La délégation algérienne ne favorisait pas l'octroi d'un grand rôle à la société civile, sous prétexte qu'il existe des élus. Cette délégation a également refusé la mise en place de mécanismes d'application et de contrôle sous prétexte que cela donnerait droit aux interventions étrangères.

 

   
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