|
|||||
|
Facilitation des échanges commerciaux au Maghreb Le FMI et les frontières algéro-marocainesLe Quotidien d'Oran, 22 novembre 2005 Les échanges commerciaux entre l’Algérie, le Maroc et la Tunisie représentent moins de 2% du commerce extérieur de chacun des trois pays. Sous l’égide et en présence du directeur général du Fonds monétaire international, les ministres des Finances et du Commerce extérieur des trois pays du Maghreb se sont rencontrés, hier, à Djenan El-Mithak, pour se concerter afin de faciliter la coopération. Cette rencontre fait suite à une réunion tenue à Paris en 2001 et dont l’objectif était l’examen des possibilités de développement de la coopération entre les trois pays à travers notamment la facilitation du commerce. Celle-ci avait été suivie par une mission du FMI dans les trois pays qui a été sanctionnée par un rapport sur les problèmes qui entravent le développement du commerce entre les trois pays. Cette nouvelle réunion, précédée par une rencontre d’experts, doit arrêter un programme de travail, en déterminant notamment les champs d’actions prioritaires grâce à l’échange d’expériences positives. Elle a été élargie, à Alger, aux ambassadeurs de la Mauritanie et de la Libye qui n’étaient pas concernés par le rapport initial. Le commerce régional entre les trois pays du Maghreb reste, selon les experts du FMI, nettement en-dessous de son potentiel. Si pour Rodrigo de Rato, directeur général du Fonds monétaire international, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont accompli «d’importants progrès sur la voie de la prospérité économique», cela reste néanmoins insuffisant. La stabilité macro-économique et le rythme soutenu des réformes, qui ont permis de relever sensiblement le niveau des revenus par habitant, s’expliquent, selon le premier responsable de l’institution internationale, «en grande partie et au-delà des réformes en cours», par l’intégration économique avec l’Union européenne dans le cadre des accords d’association. Le FMI estime, en effet, que les économies maghrébines restent confrontées à un défi considérable. «Elles se doivent d’accélérer leurs réformes économiques pour relever la croissance et partant, réduire le chômage et la pauvreté». Un credo devenu un véritable leitmotiv pour les experts de Brettons Wood. Rodrigo de Rato précisera qu’au rythme de croissance actuel, entre 4 et 5% par an, il faudrait plus de 20 ans pour atteindre des revenus par habitant, proches de ceux des pays de l’OCDE situés dans la tranche la moins élevée. Les taux de chômage actuels respectivement de «18% en Algérie, 11% au Maroc (19% dans les zones urbaines) et 14% en Tunisie» restent très élevés. D’autant que le chômage chez les jeunes dépasse les 20% pour les trois pays. Là aussi, il faut relever le taux de croissance du PIB. «Ces objectifs exigent une accélération des réformes économiques dans tous les domaines pour améliorer la productivité et accroître les investissements», relèvera-t-il. Un approfondissement de la coopération et la libéralisation des échanges aideraient les pays du Maghreb à améliorer leurs perspectives de croissance et à réduire le chômage. A travers la facilitation des relations commerciales, il s’agit, pour le patron de l’institution, de permettre aux trois pays de «tirer le plus grand profit de leur intégration commerciale avec l’Union européenne et le reste du monde, d’assurer une croissance économique plus élevée et de réduire le chômage en Algérie, au Maroc et en Tunisie». L’intégration économique du Maghreb donnerait naissance à un marché régional de plus de 75 millions de consommateurs. Il serait suffisamment vaste pour créer, selon le FMI, des économies d’échelle et rendre la région plus attrayante pour les investisseurs étrangers. Ses incidences seraient également importantes sur la productivité et l’efficacité économique. Elle créerait également des possibilités d’échanges entre les trois pays, en raison de la complémentarité de leurs structures économiques. «Le Maghreb n’exploite pas ces possibilité puisque le commerce bilatéral entre les trois pays ne représente qu’une fraction minime du total des échanges commerciaux de chacun d’entre eux». Les économies maghrébines ont des différences structurelles, chacune étant séparément tournée vers l’extérieur, sans cohésion régionale. Actuellement, les échanges commerciaux butent sur la complexité des accords de libre-échange bilatéraux ou multilatéraux, avec chacun un régime douanier propre. Il y a pour les experts du FMI un manque de transparence et de prévisibilité dans la législation douanière La réforme tarifaire algérienne est, selon Rodrigo de Rato, un exemple à suivre. Les procédures douanières sont jugées aussi contraignantes. Et là, l’expérience marocaine est à l’honneur. Le FMI estime également que les systèmes pour le traitement des documents sont inefficaces. Il recommande à ce sujet le système informatique mis en place par la Tunisie. Sans oublier, les difficultés liées au système bancaire et financier ainsi que la faiblesse des infrastructures de transport. «Tout se passe comme si la façon la plus rapide d’acheminer des biens de Tunis à Casablanca ou à Alger consisterait à passer par Marseille!», a noté le directeur général du FMI. La construction de l’autoroute Est-Ouest en Algérie améliorera, sensiblement, le transport routier dans la région. Cette rencontre devrait déboucher sur la mise en place de comités restreints pour approfondir l’examen de certains aspects. Ces comités devront soumettre leurs recommandations à une nouvelle réunion, devant se tenir soit à Washington, soit dans l’une des trois capitales du Maghreb. Après la réunion d’Alger, consacrée à la facilitation du commerce, une deuxième réunion devrait se tenir, l’année prochaine, et qui sera centrée sur les aspects du système financier, suivie à son tour d’une troisième réunion, l’année suivante, sur la promotion du secteur privé. La deuxième réunion devrait se tenir probablement au Maroc, et la troisième en Tunisie. Le directeur général du FMI a estimé, même si le sujet n’était pas à l’ordre du jour, que «la réouverture des frontières entre l’Algérie et le Maroc contribuerait fortement à stimuler les échanges commerciaux entre les deux pays et dans la région». Il occulte de fait les problèmes sous-jacents relatifs au contrôle des frontières, à la lutte contre la contrebande, le trafic d’armes, le trafic de drogue et d’autres dossiers tout aussi sensibles. Rodrigo de Rato a recommandé «une approche pragmatique qui s’inspire des efforts et expériences en cours et privilégie les questions techniques en mettant de côté les aspects politiques». Il faut reconnaître que traiter la question sous l’aspect strictement politique ne pourrait pas augmenter les échanges intra-régionaux sans les mécanismes nécessaires. La mise en place des mécanismes permettant de meilleurs échanges commerciaux entre les pays du Maghreb peut se faire sans une approche politique. Elle ne portera pas, pour autant, ses fruits, si le volet politique n’est pas au préalable aplani. Samar Smati |
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||