Selon Mohamed Bennini, directeur général de l’Agence algérienne de promotion du commerce extérieur (Algex)

«Nos exportations hors hydrocarbures ne couvrent que 20 jours de l’importation nationale»

Yasmine Ferroukhi, La Tribune, 28 mars 2006

Le montant de nos exportations hors hydrocarbures, pour l’année 2005, n’excèdent pas les 769 millions de dollars alors que nos importations, elles, avoisinent les… 20 milliards de dollars.
Autrement dit, «ces exportations ne couvrent que 20 jours de l’importation nationale», selon les estimations du directeur général de l’Agence nationale de promotion du commerce extérieur (ALGEX), M. Mohamed Bennini, qui s’exprimait hier lors d’une journée d’étude consacrée aux exportations des petites et moyennes entreprises. Ce commerce contribue de manière «dérisoire» aux ressources de la nation, est-il déploré. Ces exportations sont absorbées à 98% par cinq pays européens qui sont la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas. La même source ajoute que la France occupe la première position avec plus de 27% des marchandises exportées, alors que 22% concernent les pays du Maghreb, avec une forte percée vers la Libye en 2005, soit plus de 74% par rapport à 2004.
M. Bennini a précisé que les statistiques officielles qui énoncent généralement le nombre de 400 à 500 intervenants dans le domaine des exportations, sont «à prendre avec précaution» compte tenu «des limites propres au système de saisies des services des douanes».
Il est donc à constater que l’ouverture économique progressive de notre pays n’a pas encore apporté les prémices de son insertion dans une économie mondiale pour placer nos produits sur de nouveaux marchés. Où se situe le blocage ? Est-il imputable à une administration aux mécanismes encore trop lourds décourageant toute initiative de nos opérateurs économiques, est-ce le manque de compétitivité des produits eux-mêmes ou sont-ce alors «les effets négatifs de l’accord d’association avec l’Union européenne», décriés par un certain nombre de ces opérateurs ?
De l’avis de M. Bennini qui était hier également l’invité de la Chaîne III de la Radio nationale, la raison en est toute simple : si nos produits hors hydrocarbures n’arrivent toujours pas à se faire une place sur le marché international, c’est que nos entreprises, «qui se plaignent de la concurrence étrangère», ne maîtrisent pas encore la chaîne de l’exportation pour tout ce qui est emballage, conditionnement et commercialisation. Cela tout en reconnaissant les entraves administratives. «Nos produits ne peuvent pas être concurrentiels dans l’immédiat sans un effort important de mise à niveau.» Il faut être en mesure de répondre à la demande extérieure à la fois «sur les aspects de la qualité et des prix». A la question de savoir si les dernières mesures contenues dans la loi de finances accordant des avantages comparatifs pour les exportateurs ont eu les effets attendus sur le niveau des exportations, M. Bennini dira que l’engouement pour l’exportation viendra plus tard et que les contraintes administratives pèsent toujours.
«Ce que nous avons aujourd’hui, ce sont quelques atouts sur les produits agricoles et agroalimentaires que nous pourrons assez rapidement mettre à niveau moyennant des mesures assez importantes tant au niveau de l’administration qu’au niveau des opérateurs eux-mêmes en termes de management».
Au sujet des «effets négatifs» de l’accord d’association avec l’UE évoqués par les opérateurs, alors que le chef du gouvernement avait rejeté toute renégociation de ses clauses, le directeur de l’Agex explique qu’il est clair qu’un accord international qui est déjà conclu ne peut être renégocié dans l’immédiat. «La question qui se pose, a-t-il dit, est celle de savoir si nous avons été préparés à une économie ouverte. Ma réponse est non. Nous ne sommes préparés ni à l’ouverture du commerce extérieur, ni à l’accord avec des préférences tarifaires, ni même à l’accession à l’OMC. Mais faut-il attendre d’être prêts et compétitifs pour s’ouvrir à l’économie mondiale ?» s’est-il interrogé avant de répondre : «On risque d’attendre longtemps. Au contraire, il faut affronter la concurrence mondiale pour mieux se mettre à niveau, c’est cela notre défi.» Même si on note une stagnation de nos exportations hors hydrocarbures, il est à relever à la fois «de nouveaux produits proposés à l’exportation en même temps que l’émergence de nouvelles entreprises», a-t-il fait remarquer. Quant au nombre des entreprises exportatrices, M. Bennini parle de 350 à 400 sociétés «au grand maximum».
Qu’exportons-nous ? «des produits pétrochimiques et chimiques, des produits de la sidérurgie, de l’agroalimentaire et des équipements agricoles […] Globalement, il s’agit essentiellement de demi-produits et produits bruts qui constituent 85% de nos exportations dans lesquels il ne faut pas oublier la part importante de déchets ferreux», a-t-il dit. Si la difficulté d’exporter touche surtout les produits manufacturés, l’invité de la Radio évoque au passage les efforts déployés par le ministère de la Petite et Moyenne Entreprise pour la mise à niveau grâce au programme MEDA.

Y. F.

   
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