Dossier : Eau

5 200 milliards y sont consacrés

Alger a gagné la bataille de l’eau

Par :Ali Farès, Liberté, 21 janvier 2008

Il y a à peine cinq ou six ans, les Algérois étaient soumis au régime des nuits blanches, attendant avec impatience le liquide précieux couler par à-coups dans le robinet récalcitrant. La capitale était encore à la merci des caprices du ciel et des forages des champs de captage qui ont fini par tarir.

Le lancement des barrages, dès 2001-2002, de Bouroumi et Boukerdane à l’ouest d’Alger, ont certes apporté une amélioration mais toujours insuffisante. Ce n’est qu’à partir de la fin 2002, avec le cycle des années pluvieuses enregistrant une moyenne de 600 à 700 mm, que la situation a connu une certaine stabilité. Au 31 décembre 2004, le nombre d’opérations était de 88 avec une autorisation de programme globale de 36,1 milliards de dinars. Dans le cadre du programme complémentaire à la croissance (2005-2009), 84 opérations ont été demandées pour un investissement global de 52,8 milliards de dinars dont 40 opérations sont inscrites pour une enveloppe de 24,5 milliards de dinars. Les infrastructures hydrauliques sollicitées sont les stations de traitement de Boudouaou (540 000 m3/j), d’Alger (150 000 m3/j). La longueur totale du réseau AEP était de 2 800 km de distribution et 800 km d’adduction avec une capacité de stockage de 520 000 m3, 200 ouvrages de stockage (réservoirs, châteaux d’eau) et 65 stations de pompage. À la fin 2004, le volume alloué pour l’agglomération algéroise était de 646 377 m2/j et se faisait comme suit : 35 communes avec une fréquence d’alimentation de 14h/j, 7 communes H24, 11 communes un jour sur deux, 4 communes desservies par leurs propres ressources, comme Birtouta, Tessala El-Merdja, Ouled Chbel et Sidi-Moussa, avec des plages de cinq heures par jour. Qu’en est-il actuellement ?

De l’eau H24 pour toute la wilaya jusqu’à fin 2008

La situation actuelle de l’AEP arrêtée au 1er décembre 2007 enregistre une production globale de 722 661 m3/j dont 331 988 m3/j à partir du spik de Keddara, 52 211 m3/j à partir de l’interconnexion des barrages de l’Ouest (Bourouni, Boukerdane, Ghrib), 330 000 m3/j à partir des champs de captage et 8 462 m3/j à partir des stations monoblocs de dessalement. 15% de la population est alimentée H24 et concerne les communes d’Ouled Fayet, Aïn Benian, Dély-Ibrahim, Béni-Messous, Rouiba, El-Marsa, Réghaïa, Staouéli, Souidanïa, Dar El-Beïda, Draria, El-Achour et Baba Hassan. 70% sont alimentés de 14 à 22 heures et concerne les communes de Bachdjarah, Bourouba, Gué-de-Constantine, Bir-Mourad-Raïs, El-Mouradia, Birkhadem, Hydra, El-Biar, Ben Aknoun, Baraki, Oued-Smar, Mohammadia, El-Harrach, Zéralda, Bab El-Oued, La Casbah, Oued Koriche, Belouizdad, Sidi-M’hamed, Alger-Centre, El-Madania, Hussein-Dey, Kouba, Magharia, Bordj El-Kiffan, Bab-Ezzouar, Chéraga, Douéra, Saoula et Birtouta. 13% à 14% alimentés un jour sur deux et concerne les communes de Bouzaréah, Bordj El-Bahri, Heuraoua, Aïn Taya, Eucalyptus, Rahmania, Mahelma, Bologhine, Raïs Hamidou, Hammamet, Khraïcia et Tessala El-Merdja. 1% à 2% connaissent une distribution perturbée de 6 à 10 heures et concerne les communes d’Ouled Chbel, Béni-Messous, la périphérie des communes de Baba Hassan et Khraïcia, des agglomérations de Douéra (Dekakna, Ouled Mendil, Sidi-Boukhris, Haï Yakoub et Ramdaïa), Bouchaoui-Centre, VSA et Sidi-Hassen à Chéraga et, enfin, Dergana à Bordj El-Kiffan. Comment expliquer cette amélioration ? Par le dédoublement de la conduite de la chaîne des hauteurs sur un linéaire de 30 km avec une population concernée de 200 000 habitants, le dédoublement de la chaîne côtière sur un linéaire de 22 km pour une population de 400 000 habitants, la réhabilitation de six stations de pompage au niveau des complexes principaux, à savoir l’usine des eaux d’El-Harrach (U1, U2, U3) et les SP1, SP2 et SP3 de Mazafran, l’achèvement de 20 forages dont 5 mis en service pour une production de 9 200 m3/j, l’augmentation des capacités de stockage par la réalisation de réservoirs et châteaux d’eau qui a fait atteindre le volume de 520 000 m3 à 700 000 m3, soit une autonomie passant de 22 à 28 heures et, enfin, le passage de la distribution pour certaines communes de un jour sur deux, voire un jour sur trois, à des plages horaires de cinq heures. Il faut savoir que la dotation est de 155 l/j par habitant et que le réseau de distribution est passé de 3 500 km à 3 800 km, soit environ un aller-retour Alger-Tamanrasset.
L’état d’avancement du programme en cours s’articule autour de plusieurs opérations, à savoir 12 ouvrages de stockage d’une capacité de 122 500 m3, 90 km de conduite de fonte de différents diamètres, réalisation de 3 stations de pompage, réalisation et équipement de 24 forages pour une production de 45 000 m3/j. Ce programme permettra d’assurer, notamment les besoins en eau du vaste programme de logements initié par le président de la République.
Pour les perspectives, il s’agira particulièrement de sécuriser l’AEP de toutes les communes, notamment la zone ouest connaissant un déficit et des perturbations. Pour cela, de grandes infrastructures seront mises en service comme l’adduction à partir du barrage de Taksebt (180 000 m3/j destinés à Alger), le dessalement d’eau de mer d’El-Hamma (200 000 m3/j) de Fouka (120 000 m3/j dont 60 000 m3/j destinés à Alger) et Cap-Djenet (100 000 m3/j dont une partie est destinée à Alger), la réalisation du barrage de Douéra, bien que destiné à l’irrigation, il permettra de soulager la nappe de la Mitidja et par conséquent d’améliorer la production d’eau souterraine destinée à l’AEP. En appoint, viennent la réalisation des ouvrages de stockage de 60 000 m3, la rénovation et l’extension de plusieurs réseaux secondaires et tertiaires à travers les communes pour la prise en charge du programme de logements (200 km) et la réalisation des stations de pompage. L’objectif fixé est une distribution H24 vers la fin de cette année pour tout le territoire de la wilaya d’Alger.

2010, collecte totale des eaux usées

Le réseau d’assainissement de la wilaya d’Alger du type unitaire (eaux usées et eaux pluviales) développe une longueur de 3 200 km. Le schéma général d’assainissement, mis en exécution en 1975, a été actualisé en 1995. Durant la période 2004-2007, de grands projets ont été concrétisés dont le nombre de stations de relevage qui atteint actuellement 30, la pose de 300 km de conduites d’assainissement (réseaux principal, secondaire et tertiaire), 3 stations d’épuration de Béni-Messous mises en service en juillet 2007, STEP de Baraki (travaux en cours d’achèvement), l’extension de la station de Réghaïa par la réalisation de la chaîne de traitement biologique (travaux en cours). La poursuite de la concrétisation du schéma général d’assainissement du Grand-Alger jusqu’à l’horizon 2015 a porté sur le lancement de plusieurs projets en matière d’épuration (4 projets) et de collecte des eaux (4 projets). Les ouvrages en cours de réalisation sont le dédoublement du collecteur Oued M’kacel sur 6 km (Bouzaréah, Oued Koriche, Bab El-Oued), le collecteur Raïs Hamidou (4e tranche, Alger-Centre, Belouizdad, Hussein-Dey) le collecteur intercommunal (El-Biar, Alger-Centre, port d’Alger). Pour ce qui est des perspectives, elles portent sur les réseaux d’assainissement et la protection contre les inondations avec la réalisation de collecteurs à Oued Ouchaïeh, Raïs Hamidou, Baba-Ali, Oued El-Karma, Tixeraïne, Souidanïa, El-Harrach (industriel), Eucalyptus, Douéra, d’une part, et des travaux d’aménagement et de recalibrage des principaux oueds (Oued Ouchaïeh, oued Adda, oued El-Karma, oued Terro, oued El-Hamiz, oued Réghaïa, oued Baccora, oued Abki, etc.), la rénovation du collecteur de refoulement au collecteur littoral ouest Staouéli sur 12 km, étude et diagnostic, en vue de réhabiliter 100 km de collecteurs anciens et de réaliser des bassins de retenue et de décantation d’une capacité de 80 000 m3. Parallèlement, il est prévu la réalisation de 5 Step (station d’épuration et de relevage) à Zéralda, Baraki (2e tranche) Béni-Messous (2e tranche), de Réghaïa
(2e tranche), de Baraki (3e tranche) ainsi que l’extension de la station de relevage de Bab-Ezzouar. L’objectif fixé pour l’horizon 2010 est la collecte de la totalité des eaux usées qui se déversent à ciel ouvert et dans les milieux récepteurs et leur acheminement vers les stations d’épuration.

Un programme de prévention des inondations pour 2008

Les inondations meurtrières de Bab El-Oued en 2001 et celles de Zéralda en novembre 2007 prouvent on ne peut plus clair que la capitale est menacée par ce genre de catastrophe. La mise en place par la wilaya d’Alger d’un dispositif de prévention et d’intervention contre les risques d’inondations était devenue nécessaire. Il est composé de la Direction des ressources hydrauliques et de l’économie de l’eau, la Seaal, Asrout et parfois le concours des APC. Les points ciblés ou points noirs sont le boulevard Abderrahmane-Mira (Bab El-Oued), carrefour Bir-Mourad-Raïs, Sidi Yahia, avenue de l’ALN, rue de Tripoli et Caroubier (Hussein-Dey), rue Hassiba-Ben-Bouali, gare du 2-Mai, parking Béziers (Sidi-M’hamed), Trois-Caves - Boumati (El-Harrach), cités 1 200-Logements, 5-Juillet, USTHB (Bab-Ezzouar), RN11 (Aïn Bénian). Pour l’année en cours, le programme de prévention des inondations concerne l’étude d’aménagement de l’oued El-Harrach avec l’installation d’un système d’alerte, étude d’aménagement de l’embouchure de l’oued El-Hamiz, l’étude d’aménagement de l’oued Réghaïa, les études de protection contre les inondations des communes de Zéralda, Staouéli, Aïn Bénian, Eucalyptus, Birtouta, Tessala El-Merdja, Ouled Chbel et Rouiba, la réalisation d’ouvrages de protection contre les risques d’inondation (collecteurs, bassins de retenue, stations de relevage... ) et aménagement des oueds à travers les communes de Zéralda, Staouéli, Aïn Bénian, Chéraga, Béni-Messous, Hammamet, Raïs Hamidou, Bologhine, Oued Koriche, Bouzaréah, Bachdjarah, Kouba, Bab-Ezzouar, Bordj El-Bahri, El-Harrach, Saoula, Khraïcia, Birtouta et Eucalyptus.
Concernant oued El-Harrach dont les travaux d’aménagement sont achevés, il est question de l’aménagement de l’embouchure en deux berges sur 400 mètres linéaires, la réalisation de deux lignes à l’intérieur de la mer, dragage du lit de l’oued, une digue en clôture pour le dépôt des produits de dragage (6 ha, 150 000 m3). Le lot n°2 concerne la construction d’un mur de soutènement et de protection d’une longueur de 430 ml avec une hauteur moyenne de 9 mètres en remplacement de l’ancien mur de soutènement devenu caduc.
Enfin, le recalibrage et reprofilage de l’oued au niveau du marché de gros et l’aménagement des confluences de l’oued Smar et l’oued Adda.
En matière de réduction des risques d’inondations, une proposition en 40 points est déjà prête. Elle concerne entre autres le curage systématique et annuel des oueds à travers la wilaya avec un coût de 50 milliards de centimes pour un délai de 12 mois.

A. F.

 
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