L’économiste Mohamed Achir est formel :

«Le FMI propose l'austérité !»

Le Soir d'Algérie, 5 juin 2017

Dans son dernier rapport sur l’Algérie, le Fonds monétaire international (FMI) a montré la feuille de route qui mène tout droit à l'endettement massif et sans aucune chance de mise en place d'une économie productive, ni d'un modèle social pérenne et respectueux d'un minimum de droits et acquis précédents. Pour l’économiste Mohamed Achir, le FMI veut renouer avec ses anciennes recettes normatives qui ont par le passé prouvé leur parfaite déconnexion avec les réalités socioéconomiques des pays.
Younès Djama - Alger (Le Soir) - «Sous les directives du FMI, il ne s'agira pas de réformer le modèle, pour rebondir avec un autre plus efficace, mais tout simplement de le raser faute de ressources sans rien pouvoir proposer en contrepartie», analyse Ferhat Aït Ali.
Cependant, l’enseignant universitaire a tout de même quelques observations, estimant que le rapport manquait de réalisme dans la confrontation des chiffres entre eux, dans le tableau annexé, et avec la réalité de nos finances à fin mai 2017. «On y trouve, entre autres points à éclaircir, le poids de la fiscalité pétrolière en pourcentage de PIB, qui repose sur les projections optimistes du gouvernement et non pas sur les réalités actuelles du marché pétrolier.»
Dans le détail, il explique : le PIB de 2016 étant évalué à 17 250 milliards de dinars, on peut, de ce fait, extrapoler ceux de 2017 et 2018, à des montants pas très éloignés de celui de 2016, aux environs de 17 400 et 17 600 milliards de dinars. «De ce fait, l'application des ratios retenus en matière de recettes globales et d'hydrocarbures, ainsi que de dépenses et de déficit budgétaire, donnent tout, sauf, les chiffres officiels des lois de finances ou ceux de l'exécution partielle, à la date d'émission de ce rapport.»
Pour l’économiste Mohamed Achir, le rapport de l’institution de Christine Lagarde est un appel indirect au gouvernement algérien pour un autre plan d'ajustement structurel qui vise à rétablir les équilibres macrofinanciers internes et externes. Et à libérer le taux de change, les taux d'intérêt ainsi que l'investissement direct étrangers. «Le FMI veut renouer avec ses anciennes recettes normatives qui ont, par le passé, prouvé leur parfaite déconnexion avec les réalités socioéconomiques des pays», souligne M. Achir.
Et contrairement à ce que recommande le FMI, l’économiste juge qu’en l'état actuel, des réformes structurelles peuvent être entamées sans recourir à l'endettement extérieur et sans vendre les actifs publics industriels. Il juge cependant qu’il est juste impératif d'avoir une vision globale et structurelle des réformes «appuyées par une légitimité et une adhésion de tous les partenaires socioéconomiques». Aussi, est-il temps de mettre en place un grand ministère de l'Economie, des Finances et de la Planification. Quant à la recommandation de relever les taux d'intérêt directeurs, Mohamed Achir pense qu'il faut exactement le contraire «car le coût moyen du capital reste très élevé en Algérie». Ce qui freine les motifs d'investissement et qui les fait fuir vers des marchés financiers informels. «Recommander l'augmentation des taux d'intérêt directeurs pour un pays qui souffre de chômage causé par un recul considérable des investissements productifs est vraiment bizarre», soutient notre interlocuteur. Certes, dit-il, des ajustements opérations sont nécessaires pour drainer le déséquilibre des positions financières internes et externes «mais ces ajustements ne doivent pas produire des effets néfastes sur l'investissement et l'emploi». «En gros, le FMI propose l'austérité», conclut M. Achir.
Y. D.

 
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