Réduction des budgets, violence, grogne des travailleurs

L’école fortement secouée par la crise

El Watan, 19 mars 2017

Des syndicats de l’éducation nationale exigent des mécanismes de protection du pouvoir d’achat des travailleurs, mis à rude épreuve par les mesures d’austérité prises dans le cadre de la loi de finances, pourtant largement rejetée par les travailleurs et dont les retombées se sont répercutées sur le quotidien des Algériens.

La violence en milieu scolaire, la grogne de milliers d’effectifs déçus par le statut régissant la profession et les besoins en personnels d’encadrement pédagogique et administratif sont autant de dossiers d’actualité nécessitant l’engagement de ressources financières, impossibles à satisfaire dans le contexte économique actuel.

Des syndicats du secteur alertent sur les conséquence de l’absence d’une politique sociale de crise. L’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef) revendique, à l’issue de son conseil national, tenu le week-end dernier, des mesures urgentes pour «sauver le pouvoir d’achat des effectifs du secteur de l’effondrement dans lequel il s’enfonce à grande vitesse». Dans le communiqué sanctionnant les travaux de ce conseil, le syndicat dénonce «le blocage des travaux de la commission de révision du statut particulier des travailleurs du secteur de l’éducation, seul cadre pouvant rendre justice aux catégories lésées par l’actuel texte».
Le conseil national a été également l’occasion de débattre des nouvelles dispositions du nouveau code du travail que le gouvernement a proposées pour amendement. L’Unpef prévient contre «les retombées de l’adoption du projet de révision du code du travail, de même façon que la révision de la loi sur la retraite».

Le syndicat maintient son appel au président de la République pour le gel de la loi sur la retraite. Il appelle à une véritable «politique sociale» pour affronter la crise, dont les retombées frappent de plein fouet le secteur de l’éducation. Le Conseil des enseignants des lycées d’Algérie (CELA) souligne l’impact des mesures d’austérité, vécues par le personnel de l’éducation. Le Cela, à l’issue de son dernier conseil national, dénonce la réduction des frais de gestion dans les budgets de gestion de fonctionnement de tous les établissements scolaires «à plus de 60%» et prévoit déjà une réduction dans le service pédagogique : moyens de tirage et produits d’entretien. La réduction des effectifs d’encadrement pédagogique et administratif a un rapport direct avec la montée de la violence en milieu scolaire, selon ce syndicat qui dénonce d’ailleurs «le recours aux caméras de surveillance au lieu de procéder au recrutement de l’encadrement nécessaire (adjoints d’éducation, psychologues, conseillers pédagogiques)».

La commission de révision du statut a également été au centre des préoccupations. Le Cela menace de se retirer de cette commission «étant donné la lenteur qui caractérise son rythme de travail et son refus d’ajouter de nouveaux grades de promotion ainsi qu’une nouvelle classification qui permettrait le paiement hors échelle pour certains postes lésés par l’actuel statut». Le syndicat, qui estime les besoins à plus de 100 000 postes budgétaires d’enseignement à la prochaine rentrée, appelle la tutelle à l’organisation immédiate d’un concours de recrutement et à veiller à la transparence dans les concours de promotion. Pour les deux syndicats, la défense des droits des travailleurs doit se faire dans un cadre plus élargi. L’Unpef appelle à la création d’une centrale syndicale autonome, tandis que le Cela adhère à toutes les actions de l’intersyndicale allant dans le sens de la revendication du gel de la loi sur la retraite, l’amélioration du pouvoir d’achat et la protection de «la dignité des travailleurs».
Fatima Aït Khaldoun-Arab

 
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