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La filière blé face à la dépendance alimentaire Détournement de subventions à large échellePar : Khaled R., Liberté, 5 janvier 2011 La boussole en forme de cycle L’Algérie a réalisé d’excellents résultats en matière de production céréalière l’année dernière. Elle a même pu placer des quantités d’orge sur les marchés extérieurs. Un bon point qui traduit les efforts importants des agriculteurs et l’action positive des pouvoirs publics en matière d’encadrement de la filière. EFFET D’UN TRAFIC À LARGE ÉCHELLE SUR LA FARINE Vers une crise du pain ?Par : Smaïl Boudechiche S’achemine-t-on vers une grave crise de farine et donc de pain en pleine situation, non pas de rareté, mais d’abondance du blé tendre ? Cela semble paradoxal, mais c’est une éventualité à ne pas écarter vu que tous les ingrédients sont réunis pour la favoriser. Le mal, ou la gangrène, qui ronge le marché, d’apparence si tranquille et si garanti, a un nom. Il s’appelle la spéculation. Les auteurs sont connus et identifiés. C’est la mafia de la farine qui rôde tout autour pour exploiter la moindre faille du système de régulation. Tout comme il existe la mafia du sable, celle du béton et d’autres produits. Ils n’hésitent pas cette fois-ci à vouloir mettre la main sur un produit aussi sensible et aliment de base des Algériens, la farine, nécessaire à la fabrication du pain. Quand la mafia de la farine détourne les subventions Avant, on ne parlait pas, vu que leurs actions étaient marginales ou limitées dans le temps et dans l’espace. Maintenant si. Car leur menace se précise de plus en plus en devenant un véritable système parallèle, avec ses règles, qui pèse sur le système d’approvisionnement en provoquant des tensions sur le marché de la farine. Les boulangers s’inquiètentDemandant à des transformateurs de nous situer le fond du problème, dont la majorité préfère garder l’anonymat, craignant des représailles personnifiées de l’administration en l’absence d’un cadre juridique qui les protège, vu que l’association qui les regroupe n’a pas encore obtenu d’agréments, “le problème pour ne pas dire la crise existe et commence à prendre de l’ampleur”, nous ont dit des meuniers de la Mitidja. Qui en est responsable ? Là, les doigts sont orientés directement vers les meuniers indélicats ou carrément les faux meuniers attirés par l’appât du gain facile. Peut-on les identifier et les neutraliser ? Sur le papier, oui, puisque un simple contrôle des services spécialisés permettra de relever les anomalies, de découvrir les auteurs et de stopper la spéculation et de les sanctionner même. Plus de spéculateurs que de transformateurs : des unités de transformation fictives Sur le terrain, la réalité est tout autre car les spéculateurs bénéficient de couverture et de mansuétude leur permettant d’agir à leur guise. Ils s’organisent même pour pouvoir écouler de grandes quantités de blé tendre. Le secteur des transformations grouille de monde fictif et réel. Il y a les véritables meuniers qui activent sur le terrain avec des capacités réelles installées et puis, il y a les autres, qui n’ont de meuniers que le nom, mais qui sont inscrits normalement auprès de l’OAIC en bénéficiant des mêmes droits et avantages que les premiers pour ce qui est des quotas et des prix. Quel est leur nombre et leur taille ? Comment ont-ils pu se former et se constituer en un temps record, puisque le nombre officiel de meuniers est de 257 unités à travers le territoire national ? Mais quel est le nombre d’entre elles qui activent réellement ? Selon des meuniers, le nerf du problème se situe ici. Sur le papier, il y a un nombre très élevé d’unités avec des dimensions importantes et même des complexes de gros calibres, mais qui n’ont d’unités que le nom. S’ils n’avancent pas de chiffres précis, ils sont, en revanche, sûrs de leur existence en très grand nombre capable de détourner le marché et ils commencent à le faire. Leur existence même fictive leur donne droit aux mêmes avantages que ceux qui activement normalement et légalement, en étant programmés dans les quotas d’approvisionnement aux prix subventionnés. Toutefois, les grandes quantités prélevées ne sont pas acheminées à la transformation comme prévu dans les unités de production affichées, mais prennent d’autres destinations, celles de la voie de la spéculation, moins encombrante, mais rapportant gros en échappant à tout contrôle. Ce faisant, ce sont des dilapidations énormes de quantités de blé financées par le contribuable et accordées initialement aux producteurs et aux consommateurs aux revenus faibles. La saignée va crescendo, pire, elle devient facteur de pénurie de la farine. Un grand transformateur de la Mitidja nous révèle que, fréquemment, de jeunes meuniers à l’aspect très dynamique et entreprenant viennent lui proposer l’achat de blé tendre et en grande quantité, jusqu’à 25 chargements par jour avec même des prix choc et une régularité dans l’approvisionnement. Le prix choc ? C’est le prix cédé par l’OAIC de 1 280 DA le quintal augmenté d’une marge de 400 DA, laissant aux transformateurs le reste, c’est-à-dire 300 DA. Ils se permettent ainsi une marge plus élevée que le transformateur qui est tenu de le revendre aux boulangers au prix plafonné de 2 500 DA. Achène Djaballah, agriculteur à Annaba “Le crédit RFIG nous pénalise”Par : Said Smati Liberté : Quelles sont vos capacités de production ? A. Djaballah : J’exploite une superficie de 63 hectares. En moyenne, je peux produire, avec la semence que je reçois du CCLS, 12 quintaux par hectare. Avec une bonne qualité et un bon suivi, je peux aller jusqu’à 30 quintaux par hectare. C’est un objectif facile à réaliser. Le problème du rendement est donc la qualité de la semence ? Si nous recevons une semence de bonne qualité, le rendement suivra. Une bonne semence est une variété qui dure 7 ans. Chez nous, elle ne dure qu’une année et devient ordinaire et passe à la consommation. En plus le traitement de la semence est de moindre qualité. En résumé, on peut dire que la bonne variété qui dure n’existe pas ou ne nous parvient pas. Doit-t-on comprendre que la semence de qualité est indisponible au niveau de CCLS ? Contrairement aux multiplicateurs (producteurs de semences, ndlr) qui achètent comptant et reçoivent la bonne semence, la majorité des agriculteurs qui sont inscrits dans le programme crédit RFIG, reçoivent une semence de moindre qualité. En fait, c’est le crédit RFIG qui nous pénalise. C’est déjà un exploit pour nous de pouvoir nous approvisionner à temps. La validation d’un dossier de crédit RFIG prend plus de trois mois. Et souvent en plus de la mauvaise qualité de la semence, l’agriculteur la reçoit en retard. La période des labours-semailles est achevée, alors que certains fellahs n’ont pas encore reçu leur semence. Quand ils la reçoivent, ils sont obligés de la semer mais elle n’aura pas le temps nécessaire pour donner du bon blé. Le problème se situe au niveau de la banque. On aurait aimé avoir un guichet unique pour le fellah. À qui vous vendez votre production ? Les agriculteurs vendent leur production au CCLS. Mais là aussi nous subissons des désagréments. Le problème à ce niveau se pose en termes de stockage quand la production est importante. L’agriculteur est obligé d’attendre 3 à 4 jours pour pouvoir déverser sa production au CCLS. Le CCLS produit la semence à partir du produit des agriculteurs. Pourquoi ne produisez-vous pas votre propre semence ? L’agriculteur n’a pas les moyens de traiter et de stocker la semence qui nécessite un traitement spécifique. L’initiative du groupe Benamor de constituer un réseau avec les agriculteurs est la solution idoine à ce problème. Il mettra à profit l’argent, et la technologie nécessaire à la bonne marche du processus. Cette initiative permettra à l’agriculteur de traiter directement avec le transformateur qui accompagnera l’agriculteur dans toutes les étapes de production du blé. |
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