Brown & Root Condor: Une holding "militaro-énergétique"

Par Madjid Laribi, 13 novembre 2006
http://www.hebdo.amd-maghreb.org/index.php?
option=com_content&task=view&id=152

Dans son édition du 9 octobre dernier, Le Maghrébin a fait part de l’enjeu majeure qui a poussé Bouteflika, dans une sorte d’un baroud d’honneur, à déballer sur la scène publique, sans toutefois toucher à l’essentiel, quelques bribes de ce qu’est réellement BRC, cette société crée en 1994 et dont le capital est détenu à 51% par la Sonatrach et à 49% par Halliburton. Dans cette édition et pour donner plus de détails, Le Maghrébin revient sur ce sujet qui est effleuré périodiquement par les journaux algériens, sans en informer leurs lecteurs de la teneur exacte de cette affaire.

Le dossier BRC (Brown & Root condor) n’a pas encore livré tous ses secrets. Et il ne faut pas compter sur la presse algérienne, muselée et souvent instrumentalisée dans la lutte de clans, pour faire toute la lumière sur cette affaire qui n’est qu’un segment d’un groupement transnational "militaro-énergétique". Et ce malgré que certains journaux ont crié haut et fort, sur tous les toits, à qui veut bien les entendre, que le chef de l’Etat a pris la ferme décision de mettre fin aux agissements de la société mixte algéro-américaine. Certains titres de la presse nationale ont même rassuré les Algériens que Bouteflika est maintenant au fait des malversations et dépassements de la compagnie BRC et des sanctions sévères sont donc à l’ordre du jour (sic). Ceci dit, l’on ne peut, connaissant le traitement réservé par le pouvoir à la presse, reprocher à la majorité des journalistes algériens, souvent désarmés, de ne pas aller au fond de certains dossiers. Mais ce n’est pas le cas pour les éditeurs !

Depuis, les journaux algériens continuent, d’une manière intermittente, a donner une série d’informations sur des opérations frauduleuses et des malversations dont se serait rendue coupable BRC, une joint-venture entre Sonatrach et l’américaine Brown Root filiale « engineering » de Halliburton. Pour rappel, cette dernière est une société de service très polyvalente qui jouit d’une réputation sulfureuse : elle est impliquée dans de nombreux scandales en Irak notamment et a été longtemps dirigée par l’actuel vice-président des Etats- Unies, Dick Cheney.

C’est ainsi que la presse s’étend complaisamment sur les dépenses exorbitantes…pour meubler un bureau selon une procédure de gré à gré -non légale- de passation de marché, en omettant de dire que le même mode opératoire a été utilisé pour la réalisation d’un hôpital militaire à Oran. En l’espèce, le coût de départ annoncé était de 250 millions de dollars pour une ardoise finale d’un milliard de dollars. Il est à noter au passage que le coût moyen d’un hôpital de ce type, de l’ordre de 160 millions de dollars, est généralement (sur)facturé à 200 millions de dollars à l’Algérie, la différence étant partagée entre chefs militaires et contractants étrangers. On a beau considéré qu’Halliburton peut se prévaloir d’une expertise avérée en matière de surcoûts (voir les contrats irakiens), le différentiel est en l’occurrence, absolument astronomique.

De la même manière, sont passés sous silence, pour secret défense ou par crainte du ridicule, les achats, aux Etats- Unies, d’équipements militaires stratégiques sophistiqués par BRC pour le compte de l’Etat- major- Général. Il s’agit de valises de « commandement » à la pointe de la technologie équipant les principaux chefs militaires et de sécurité.

Ce matériel hyper- précieux qui permet de suivre et contrôler toutes les communications, ne peut être vendu à l’Algérie sans que le Pentagone n’ait des intérêts dans son utilisation par les responsables militaires du MDN (Ministère de la Défense National). Et c’est là que le ridicule intervient ! En effet, ce sont les services de renseignement militaires russes qui informeront le DRS (Département de Renseignement et de Surveillance) que ces équipements de communication sont connectés en permanence sur les systèmes d’intelligence électronique américains et israéliens. Ainsi, ce qui se passe à Bordj- Badji- Mokhtar ou sur les hauteurs d’Alger est immédiatement su par les Américains et leurs alliés Israéliens. S’agit-il de la naïveté de la parts des hauts responsables militaires algériens ou bien sont-ils embarqués dans un rapport officiers traitants/agents.
L’implication de Brown & Root Condor concernera également d’autres activités tels que des montages de sociétés écrans algéro- sud africaines destinées à camoufler l’intervention directe de sociétés israéliennes spécialisées, chargées de mettre aux normes de l’Otan l’armement acheté en Russie (avions de combat SU 30 et Mig 29 SMT de dernière génération). Derrière BRC se profilent donc une sorte de holding des généraux algéro- américano- israélo- sud- africains. Un exemple de coopération pour la paix et la prospérité… bien comprises.

Alors pourquoi donc sortir partiellement cette affaire BRC sous impulsion discrète de Bouteflika et ne livrer, en fin de compte, que des broutilles en guise de révélations ? Pourquoi taire les montages crapuleux militaro- commerciaux impliquant des officines de pays aux orientations politiques si différentes en apparence ?

Le Maghrébin, comme souligné en haut, a rapporté dans son édition du 9 octobre que le terrain des luttes se situe ailleurs, que les révélations sur BRC ne servent que de moyens de pressions. Bouteflika et son entourage ont voulu faire des pressions sur les américains pour qu’ils reconsidèrent leur appui trop systématique aux militaires. BRC appartenant conjointement à Sonatrach et Halliburton a le privilège des marchés du ministère de la défense algérien et comme on le sait à présent intervient en tant qu’acheteur de matériels sensibles sur le marché US. Et c’est dans cette optique que Bouteflika, en plus du blocage de la loi sur les hydrocarbures, est allé jusqu’à flirter, lors du dernier sommet des pays non- alignés, avec Chavez et Castro, les ennemis éternels de l’administration américaine qui a préféré s’allier avec les généraux en s’assurant à la fois le pétrole et l’armée.

De son côté, le DRS et l’armée de façon générale utilisent la violence pour montrer qu’ils contrôlent la situation : L’on note ainsi une étrange recrudescence des attentats et la diffusion sur Internet d’une intéressante vidéo de cette organisation terroriste. La menace terroriste pour déstabiliser l’appareil politique récalcitrant, quand elle veut et où elle veut, reste une option éprouvée. Du côté de l’exécutif, "les supputations qu’aucun officiel n’arrive à contenir" se traduisent par l’abandon, par Bouteflika et son chef de l’exécutif, de leur projet de révision de la constitution, les arrières du chef de l’Etat et des caciques du FLN, ses alliés les plus fiables, n’étant plus assurées. Les deux principales figures de la devanture civile du régime, Bouteflika et Belkhadem, doivent donc renégocier leur protection -et celles des membres de leurs familles impliqués dans le business avec les chefs militaires. Ce sont eux par ailleurs qui « fuitent » le scandale BRC à dose homéopathique pour se replacer dans les sempiternelles tractations autour du partage du pouvoir. Par ailleurs, il est de notoriété publique que le conseil juridique algérien de BRC est Maître Bouteflika- frère du président- et anciennement avocat- conseil du groupe Khalifa.

 
Version imprimable
L'affaire Zendjabil, BRC, etc  
www.algeria-watch.org