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Me Ali Brahimi, initiateur de la demande de création d’une commission d’enquête parlementaire sur la corruption, à Liberté “Il y a absence de volonté politique de lutter contre la corruption”Par : Djamel Zidane, Liberté, 13 octobre 2010 Dans cet entretien, le député, avocat de profession, aborde le rejet de la demande d’enquête sur la corruption, l’ampleur du phénomène en Algérie et ses effets négatifs sur le développement durable du pays. Liberté : Monsieur, vous avez le mérite d'avoir au moins tenté (dans un environnement complaisant vis-à-vis d'un phénomène grave et destructeur, la corruption), de lever une commission d'enquête parlementaire. Vous avez même réussi à rassembler le nombre suffisant de députés pour déposer la demande sur le bureau de l'APN qui vous a refusé la mise en œuvre de la procédure. Tout de suite après deux ordonnances présidentielles sont venues — à point nommé dirait-on — sauver la présidence de l'Assemblée de ce qui avait tout l'air d'une forfaiture. Me Ali Brahimi : C’est effectivement ainsi que se sont passées les choses. Les quatre ordonnances prises à la faveur de l’intersession parlementaire visent à “tranquilliser” les députés et justifier le rejet ultérieur de la demande d’enquête initiée — faut-il le rappeler — dès le 29 juin 2010, bien avant les vacances parlementaires. La relativité et le caractère aléatoire de la mise en œuvre des mesures prises confirment cette crainte. La corruption est-elle, comme les apparences semblent l’indiquer, quasi généralisée ? Hélas, il semble bien que oui. Les révélations quotidiennes de la presse ainsi que les dires publics de plusieurs catégories d’agents économiques tels que les entrepreneurs ou de simples citoyens confrontés à la tchipa à l’occasion de démarches pour obtenir des droits, toutes ces sources le confirment. Après le refus opposé par l’APN de 2006 à l’obligation pour les hommes politiques de rendre publics leurs patrimoines personnels, les dernières élections sénatoriales notamment, ainsi que les dizaines d’élus locaux poursuivis en justice, révèlent ce scandale dans la sphère politique. Selon vous, doit-on s’inquiéter des progrès les plus visibles en traitant les symptômes de la corruption, tout en négligeant les causes profondes ? Les progrès les plus visibles de la corruption, comme vous dites, indiquent une extension horizontale et verticale très élevée du fléau. Ils révèlent effectivement un niveau et une vitesse de propagation et une profondeur inquiétants du mal. Le législateur semble faire du sur place à ce sujet, et lorsqu’il consent (condescend ?) à tenter d’ouvrir une brèche dans ce qui ressemble fort à un consensus d’équilibre entre les diverses composantes du pouvoir, on a l‘impression qu’il ne le fait que pour la galerie ou la consommation extérieure : ne pensez-vous pas que l’une des causes premières de l’extension de la corruption est née du sentiment profond d’impunité chez ceux qui la pratiquent, sentiment né de leur nomination aux postes les plus élevés de la République, par cooptation ? L’impunité tient au fait que la corruption est consubstantielle à l’illégitimité de la production et de l’exercice du pouvoir d’État. L’illégitimité des institutions et des dirigeants engendre la cooptation et le clientélisme au détriment de la compétition et de la compétence. Comme une bombe, l’impunité des gros poissons produit un effet de souffle qui propage le fléau vers les échelons les plus bas de la société. L’absence de sanction judiciaire et politique des prédateurs sonne comme l’hallali pour une espèce de curée générale produisant une perversion des valeurs qui déjuge l’État, broie le corps social et installe la loi de la jungle. Que doit-on faire de toute urgence et en toute priorité afin de tenter d’endiguer un phénomène qui s’étend comme un feu de brousse dans toutes les couches sociales, au point où ceux qui pratiquent la corruption se sont mis à regarder de haut tous les autres, c’est-à-dire ceux qui continuent de croire que la vertu, la tempérance, la dignité (etc., comprendre tout ce qui relève des qualités prônées par l’éducation traditionnelle) : le vice qui se moque de la vertu ? Le pouvoir se doit de prouver par des actes sa volonté politique sur ce dossier. L’arsenal législatif et réglementaire existe. Il reste à le mettre en application pour mettre fin à l’impunité et à l’accompagner par la mise en place des organes et des programmes d’accompagnement prévus par la loi (organisme central de lutte contre la corruption, codes de conduite, formations nécessaires, etc.). Quelle est la responsabilité d'un cadre qui signe un document, en tant qu'ordonnateur d'un acte de gestion contraire à la loi, sous la pression de personnages “d'en-haut” qui restent tapis dans l'ombre. Que dit la loi à ce propos et le juge ne devrait-il pas tenir compte des pressions souvent insupportables exercées sur le cadre ? C’est la responsabilité d’un auteur. En droit la pression de personnages d’en-haut s’appelle abus d’autorité. L’article 41 du code pénal assimile à des auteurs tous ceux qui ont provoqué à l’action par dons, promesses, menaces, abus d’autorité et de pouvoir, machinations ou artifices coupables. Mais les pressions n’exonèrent pas l’auteur direct de l’infraction de la responsabilité de ses actes. Par ailleurs, des circonstances particulières peuvent être considérées comme atténuantes par le juge. D'un point de vue éthique, la responsabilité ne devrait-elle pas être partagée dans ce cas ? Oui bien sûr ! Mais que peut l’éthique face au déni de justice et à l’impunité garantie par les mécanismes déjà cités. L’éthique et le droit voudraient d’abord que le cadre soumis aux pressions les refuse ou démissionne. |
Corruption | ||||
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www.algeria-watch.org
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