Le complexe sidérurgique de Annaba menacé par la fusion avec Arcelor

L’indien Mittal Steel va-t-il se retirer d’El-Hadjar ?

Rafik Benkaci, Liberté, 25 juin 2006

L'Algérie n'est pas le seul pays où le géant de la sidérurgie compte céder ses actifs, puisque, selon le quotidien français La Tribune, il serait prêt également à céder ses participations en Serbie et en Afrique du Sud. Le numéro un mondial de l'acier semble ainsi disposé à faire des concessions pour réaliser la fusion.

Le numéro un mondial de l'acier Mittal Steel serait prêt à céder ses actifs peu rentables en Algérie, selon le quotidien économique français La Tribune, dans son édition datée du 22 juin. Si elle venait à se confirmer, cette décision serait la conséquence directe de la bataille féroce qui oppose depuis cinq mois les sidérurgistes ennemis, Mittal steel et son rival Arcelor. L'Algérie n'est pas le seul pays où le géant de la sidérurgie compte céder ses actifs, puisque, selon La Tribune, il serait prêt également à céder ses participations en Serbie et en Afrique du Sud. Le numéro un mondial de l'acier semble ainsi disposé à faire des concessions pour réaliser la fusion. “Mittal est prêt à faire des efforts sur des cessions d'actifs sous-productifs”, a confié, avant-hier, à l'AFP, une source proche d'Arcelor. Dans un entretien récent au quotidien français Le Figaro, le patron d'Arcelor Guy Dollé s'est interrogé sur l'utilité des actifs de Mittal en Algérie et en Serbie. “À quoi servent les participations de Mittal en Algérie ?” s'est-il demandé, laissant clairement entendre que la cession de ses actifs dans ces pays est, entre autres, l'une des conditions que devrait satisfaire Mittal pour que son offre ait des chances d'aboutir. En septembre 2001, le groupe indien LNM avait repris, à hauteur de 70%, une dizaine de filiales du complexe sidérurgique d'El-Hadjar, dans la zone industrielle de Sidi Amar, dans la wilaya d’Annaba, qui en compte 22. Ispat-Annaba devenu depuis 2005 Mittal Steel Annaba compte actuellement quelque 9 000 travailleurs.

Depuis l'annonce fin janvier par Mittal Steel d'un projet d'offre publique d'achat (OPA) d'Arcelor en échange de titres et de cash, valorisant le groupe européen à 18,5 milliards d'euros, le feuilleton boursier de l'année a connu de multiples rebondissements. Pour contrer l'offre de Mittal Steel, Arcelor avait proposé, fin mai, un mariage avec le groupe russe Severstal.

La bataille qui oppose Mittal Steel à Arcelor pourrait trouver son épilogue aujourd'hui avec d'ultimes tractations, hier, à la veille d'un conseil d'administration d'Arcelor, qui négocie parallèlement avec Severstal et Mittal. Arcelor doit, en effet, trancher aujourd'hui entre le mariage proposé par le russe Severstal et l'offre hostile de Mittal Steel de 25,8 milliards d'euros dont il espère un renchérissement substantiel d'ici là. Le numéro deux mondial de l'acier, Arcelor, qui repousse depuis cinq mois les avances de Mittal Steel, pourrait finalement recommander l'offre du numéro un mondial s'il obtenait un relèvement significatif du prix, à moins que Severstal ne se décide à faire à son tour une offre ferme.

Rafik Benkaci


Effet pervers

Khaled R., Liberté, 25 juin 2006

La cession potentielle du complexe d’El-Hadjar présuppose que l’état algérien a les mains liées. Car, il ne dispose pas de la minorité de blocage, pouvant barrer la route à cette vente.

La bataille, qui oppose Arcelor à Mittal Steel en vue de contrer l’OPA du géant indien de l’acier et qui s’achemine vers le mariage des deux firmes pour former le plus puissant groupe sidérurgiste dans le monde, n’a pas épargné l’Algérie. En fait, la globalisation en cours du marché de l’acier avec le feuilleton Arcelor risque d’avoir des conséquences négatives sur l’avenir du pôle de production national. En effet, Mittal Steel serait prêt à céder le complexe sidérurgique d'El-Hadjar, considéré comme un actif non rentable, pour augmenter son offre financière et répondre aux exigences du sidérurgiste européen. Si ce scénario venait à se réaliser, la filiale Algérie de Mittal Steel, considérée d’antan comme le fleuron de l’industrie nationale, pourrait changer tout d’abord de propriétaire. Dans ce cas, le nouveau repreneur pourrait remettre en cause le volet social conclu entre la direction et le syndicat d’entreprise qui garantit l’emploi et une progression des salaires versés aux travailleurs. Il pourrait modifier également l’orientation industrielle du site.
La cession potentielle du complexe d’El-Hadjar, ensuite, présuppose que l’état algérien a les mains liées. Car, il ne dispose pas de la minorité de blocage, pouvant barrer la route à cette vente. Ce qui veut dire que le dispositif institutionnel sur les partenariats-privatisations a été peu regardant sur cet aspect. Encore moins sur la stratégie industrielle du groupe en Algérie. Des experts, sur ce point, n’hésitent pas à affirmer que la production de la filiale Algérie ne répond pas à la demande locale et aux besoins nationaux. Elle obéit beaucoup plus à une stratégie mondiale du groupe qui pousse aux exportations. À tel point que des clients traditionnels d’El-Hadjar ont dû recourir aux importations pour continuer à assurer les commandes. Si l’Algérie, du reste, a raté le virage de la spécialisation au cours des deux dernières décennies, Mittal Steel — qui a pour vertu d’avoir modernisé l’outil de production d’El-Hadjar — n’a nullement visé l’intégration en allant vers la diversification de la gamme et la fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée en Algérie. Il a développé, néanmoins, les capacités de production du rond à béton dans la perspective d’une montée des besoins inhérents en particulier au programme de réalisation de 1 million de logements prévu par le plan de relance bis. Cette filière, contrairement au prétexte avancé par Arcelor reste très rentable. Elle risque, cependant, de faire les frais d’une course où tous les coups sont permis en vue de constituer des mastodontes pour dominer le marché, dégager les plus gros profits, au détriment des intérêts des salariés et du développement durable des pays où ils s’implantent.

K. R.

 


Le syndicat du complexe réagit à l’information sur le désengagement de mittal

Menadi : “Il n’y a pas de fumée sans feu”

Par : Salim Koudil, Liberté, 25 juin 2006

L’information rapportée par la presse française, selon laquelle il y aurait le risque d’un désengagement par le groupe indien Mittal Steel du complexe sidérurgique d’El-Hadjar en contrepartie d’un accord de rapprochement avec le groupe européen Arcelor, a fait sursauter plus d’un à Annaba et ses environs. Pour en savoir plus, nous nous sommes déplacés au niveau du siège de Mittal Steel, mais malgré notre insistance, aucun responsable n’a voulu nous recevoir. Cependant, l’angoisse était visible chez les quelques travailleurs du complexe qu’on a pu rencontrer. L’information avait fait le tour d’El-Hadjar dès la matinée. Avec environ 9 000 travailleurs, le complexe est considéré comme le véritable poumon économique de la région et personne n’ose s’imaginer le départ de Mittal Steel. L’angoisse et la peur ont gagné tous les travailleurs qui ne veulent pas croire à ces informations.
Approché par nos soins, Menadi, le secrétaire général de la section syndicale du complexe a tenu à démentir cette information tout en ajoutant qu’il n’y a aucune raison pour que cela arrive.
Il rappellera les acquis des travailleurs depuis la prise en main du groupe indien en octobre 2001 du complexe (Mittal Steel détient 70% des actions d'El-Hadjar alors que l’entreprise publique Sider en possède 30%) avec chiffres à l’appui : une augmentation des salaires de l’ordre de + 36% et aussi le maintien de l’emploi. Menadi ajoutera que le complexe ne cesse d’engranger des bénéfices au fil des années et qu’il ne peut être considéré parmi les actifs peu rentables du groupe mère.
En tout cas, dans la région d’Annaba tout le monde suit de très près les négociations entre Mittal et Arcelor et attend avec angoisse les retombées qui peuvent en découler. D’ailleurs, l’un d’eux a tenu à nous dire qu’“il n’y a pas de fumée sans feu et que si l’on parle de désengagement, c’est qu’il y a quelque chose qui se trame”.

Salim Koudil

 

   
www.algeria-watch.org