Les clichés des fortunes ostentatoires en Algérie

El Watan, 18 février 2010

De nouveaux quartiers huppés sont sortis du néant pour abriter les boutiques de luxe et les restaurants haut de gamme. Le quartier de Sidi Yahia, près de Hydra, illustre la frénésie affairiste apparue ces dernières années. Le temps où il ne faisait pas bon étaler sa richesse paraît déjà bien loin.

Les voitures peuvent être, aux yeux du profane, l’un des premiers signes extérieurs de richesse. Les amateurs de grosses cylindrées peuvent ainsi admirer les courbes imposantes des 4x4 urbains, aujourd’hui visibles dans toutes les villes algériennes. Les Algériens raffolent des formes distinguées des berlines allemandes. Les chiffres du concessionnaire automobile Sovac montrent l’attrait pour les élégantes voitures allemandes, dont les ventes sont en constante progression. En 2009, le concessionnaire a vendu plus d’une vingtaine de Q7 (d’une valeur de près de 9 000 000 DA) et cinq Audi A8 (près de 14 000 000 Da).

Par ailleurs, le marché de la piscine commence à se frayer une place en Algérie. Les sociétés d’installation de piscines semblent néanmoins regretter cette fâcheuse habitude qu’ont les Algériens de construire sur toute la surface du terrain. Même riches, les vieilles habitudes et les anciens réflexes ont encore la vie dure. Les joailliers ont peut-être plus de chances de se faire une place en Algérie. En un temps record, la société MS Diffusion a mis en place un réseau de plusieurs boutiques de luxe dans les plus grandes villes algériennes. Les amateurs du clinquant et du tape-à-l’œil peuvent désormais s’offrir une belle bague « Chopard » ou une montre « Balmain » pour - seulement - 300 000 DA. Toutes nos tentatives pour joindre les responsables de la société MS Diffusion, pour en savoir plus sur ce business, sont restées vaines.

L’autre secteur qui ne connaît pas la crise est celui des bateaux de plaisance. L’engouement est tel qu’une loi de finances 2010 a institué une redevance sur les yachts d’un montant de 250 000 DA. En l’absence de marinas et de véritables ports de plaisance, le petit port de Sidi Fredj est aujourd’hui saturé et ne peut plus faire face aux incessantes demandes des plaisanciers. Mais là encore, les milliardaires algériens ne ressemblent pas aux autres. Alors que les tarifs d’amarrage sont ridiculement bas, les plaisanciers rejettent toute idée d’une augmentation des prix. Il peut paraître étonnant que ces personnes qui jonglent avec des milliards soient réticentes à payer quelques dinars pour amarrer leurs bateaux à 3 milliards de centimes. Pour le sociologue et chercheur Mohammed Saïb Musette, l’émergence des nouvelles fortunes, que l’on appelle aussi les nouveaux riches ou encore les anciens pauvres, est propre à la dynamique de la société selon les rythmes du fonctionnement de l’échelle sociale.

« En Algérie, on a l’impression que ce rythme a connu une accélération rapide, hors normes. Certes, il est dans la logique de la classe moyenne supérieure de rejoindre, tôt ou tard, celle des riches. Cette ascension peut se faire dans la sphère de la production ou dans celle de la distribution. Les nouvelles fortunes, en Algérie, proviennent plus de la distribution à partir des importations que de la production des richesses », explique-t-il. La rapidité d’accès au sommet de l’échelle sociale est telle, dit M. Musette, que cette classe n’a pas encore acquis la culture nécessaire pour asseoir sa réussite sociale. Et puis, finalement, pourquoi être riche si on ne peut pas le montrer ?

Par Amel Blidi


Abdenasser Djabi. Sociologue

« Les nouveaux riches ont perdu leurs repères »

- Pourquoi les nouveaux riches algériens ont souvent une image si négative ?

Il y a même une appellation, en arabe, extrêmement péjorative, pour désigner les récentes fortunes algériennes. Le fait d’avoir une idée négative sur les nouveaux riches provient des moyens et des pratiques qui ont mené à leur enrichissement ainsi que la célérité avec laquelle ils ont réussi. Il y a de la suspicion qui entoure leurs fortunes, d’autant que les nouveaux riches sont apparus dans la période la plus sombre de l’Algérie. Notre pays traversait une mauvaise passe et de nombreuses perturbations ont secoué la société, comme la guerre civile... La façon qu’ont les nouveau riches de consommer participe également à entretenir leur image négative. En plus, évidemment, du décalage existant entre le niveau social, assez élevé, et le niveau culturel, extrêmement modeste, des nouveaux riches.

- Il apparaît que les nouvelles fortunes aiment – généralement – consommer ce qu’il y a de plus voyant. Quel rapport entretient l’Algérien avec le luxe ?

Le nouveau riche ou le « beggar », comme on l’appelle dans le langage populaire, est très différent du bourgeois traditionnel qui affiche une certaine « humilité » et qui cherche toujours à cacher sa fortune, à ne pas se montrer. Ceux-là mènent, le plus souvent, une vie ordinaire, loin du tape-à-l’œil. La bourgeoisie traditionnelle ressent une certaine empathie envers les autres classes. Ils ne veulent pas afficher leur opulence par égard aux autres, contrairement aux « beggars » qui font l’impossible pour se montrer, que ce soit dans les fêtes de mariage, dans la construction de villa ou dans l’achat de voitures.

- Quelle différence y a-t-il entre les nouvelles fortunes d’aujourd’hui et la classe appelée « tchitchi » des années 1980 ?

La génération « tchitchi » est intimement liée aux jeunes issus des quartiers chics. Cela peut même avoir certains côtés « sympathiques ». Le jeune tchitchi est celui qui aime s’habiller, qui est bien éduqué et qui a une certaine finesse dans son langage et dans son comportement. C’est l’exact contraire de l’image du beggar. Ce nouveau riche n’a que des côtés négatifs : il ne sait pas consommer et n’a pas appris à parler correctement. C’est une personne qui vit dans une absence de normes sociales, ce que les sociologues appellent « une anomie ». Il a perdu tous ses repères et ses valeurs. Il ne sait plus comment se comporter dans son nouvel environnement.

- Quels effets aura l’émergence des « nouvelles fortunes » sur la société algérienne ?

Il faudra certainement beaucoup de temps pour mesurer les effets de ces nouveaux riches sur la société algérienne. Pour l’heure, les répercussions sont plutôt négatives, puisqu’ils sont derrière l’inflation et les flambées incroyables des prix. D’un autre côté, ils sont responsables du mauvais goût, que ce soit lorsqu’ils construisent leurs villas, quand ils conduisent leurs véhicules ou même lorsqu’ils mangent dans les restaurants ou lorsqu’ils parlent avec leurs téléphones bariolés. Je pense, que de manière générale, leur influence est négative dans la mesure où ils sont derrière la détérioration du bon goût, notamment dans la construction et la manière de consommer. Dans le domaine culturel, ils sont inexistants. Le temps nous dira s’il y aura une reproduction de cette catégorie.

Par A. B.


Les cadres du ministère des AE publient leur déclaration de patrimoine

Douze ambassadeurs et cadres du département des Affaires étrangères ont publié, dans le Journal officiel du 24 janvier dernier leurs déclarations de patrimoine.

Ce fait, pourtant inscrit dans la loi, est important à relever, tant les hauts cadres qui répugnent à publier la liste de leurs biens et émoluments sont nombreux. Les responsables des impôts ont généralement 4 ans pour vérifier si la description de la déclaration du patrimoine correspond à la réalité. « Il existe plusieurs contrôles, il faut respecter les quatre années de prescription. Les inspecteurs font des contrôles sur pièce. Ils peuvent même se déplacer pour vérifier si la villa correspond à la déclaration », nous explique-t-on. Les militaires sont soumis, quant à eux, à leurs propres organes de contrôle. « C’est la raison d’Etat qui rentre en jeu », nous dit-on.

Par A. B.


Le port de plaisance de Sidi Fredj « saturé »

Depuis trois ans, le petit port de Sidi Fredj n’arrive plus à faire face à l’afflux des bateaux de plaisance. « Pendant longtemps, les Algériens ont été privés de pouvoir s’acheter quoi que ce soit, aujourd’hui, ils se rattrapent », nous dit le directeur du port de Sidi Fredj, M. Hamou. Alors que le port de Sidi Fredj dispose de 400 places, plus de 600 bateaux y sont actuellement amarrés.

Le fait est que les responsables du port ont procédé à des travaux pour pouvoir accueillir plus de bateaux. « Il y a beaucoup de pression, nous sommes souvent dans l’obligation de refuser des demandes. Le port est saturé », se plaint M. Hamou, qui se dit dans l’obligation de refuser les demandes d’amarrage. M. Hamou se montre frustré de ne pouvoir offrir les meilleurs services aux plaisanciers. « Je voulais faire le raccordement à l’eau et à l’électricité, mais nous n’en avons pas les moyens. Des gens achètent un bateau à 3 milliards et ils n’ont même pas d’eau pour le laver », regrette-t-il. Et d’ajouter : « C’est l’un des plus beaux ports au monde, merveilleusement construit par Pouillon, nous devons travailler à le préserver. » Le port souffre d’ensablement. Les travaux de désensablement sont effectués tous les trois ans. Il commence à y avoir des petits yachts. Les tarifs d’amarrage dépendent de la longueur des bateaux. Trois fois rien. « Le port de la Madrague est quasiment vide. Il n’y a pas de commodités. De tout temps, les professionnels n’aiment pas se mélanger aux plaisanciers. Nous avons 15 à 20 demandes par mois. »

Le port de Sidi Fredj dispose de peu de moyens pour améliorer les conditions d’accueil. Le prix de l’amarrage des bateaux oscille, selon la longueur du bateau entre 994 DA et 4041 DA TTC par mois. « 33 % de notre chiffre d’affaires est destiné au port. C’est le montant de la concession. A partir de juin, nous allons appliquer de nouveaux tarifs, des augmentations de 10 à 20 %», nous explique-t-on. C’est en 2008 que l’achat de bateaux de luxe a affiché une montée spectaculaire. Les facilitations pour l’importation des embarcations de plaisance, en 2007, y sont pour beaucoup. Un scandale autour d’un trafic de bateaux de luxe avait alors éclaté, mettant en cause des importateurs faussaires et des douaniers qui ne déclaraient pas la valeur réelle des bateaux de luxe importés en Algérie.

Par Amel B.


Piscines Des joyaux : « Nous installons près de 300 piscines par an »

Installée depuis 1999 en Algérie, la société d’installation de piscines Desjoyaux commence à se faire une place dans le marché algérien. Elle installe, en moyenne près de 300 bassins par an. Un chiffre encore bien loin des aspirations des responsables de la société.

Les ventes s’intensifient généralement à l’approche de la saison estivale. « Dans la mesure où les plages algériennes deviennent difficilement fréquentables en famille, de plus en plus de foyers choisissent d’installer une piscine chez eux. On veut vulgariser la piscine. Il faut qu’elle soit accessible à tous. Il est vrai que c’est un marché destiné à une certaine classe, puisqu’on ne peut pas installer une piscine dans un appartement, mais nous faisons de notre mieux pour faire baisser les prix. Une piscine coûte environ le prix d’une voiture », explique Karim Hamiani, directeur administratif et financier. Il ajoute : « Avant, la piscine coûtait dans les 500 millions de centimes, aujourd’hui, elle est très accessible. » Desjoyaux occupe, selon ses représentants, près de 80 % du marché algérien. « Par avion, on voit de plus en plus de tâches bleues, cela fait plaisir », commente M. Hamiani. Pour les responsables Desjoyaux, la piscine est un marché porteur dans la mesure où les Algériens sont consommateurs de « bien-être ».

Par A. B.


Bavaria Motors, représentant de BMW en Algérie : « Nous ne proposons que les motorisations préférées de notre clientèle algérienne »

Le constructeur automobile BMW, représenté en Algérie par le concessionnaire Bavaria Motors Algérie, fait de bonnes affaires en Algérie.

Même les modèles les plus dispendieux sont bien cotés. « Même si les ventes de la gamme représentent un très beau mix, le modèle le plus vendu en 2009 a été la BMW Série 3. Pour 2010, l’excellent démarrage des ventes de la nouvelle BMW X1 présagent que ce modèle va être le best-seller de la gamme », explique Sihem Oulmane, responsable de la communication chez Bavaria Motors. En 2009, le concessionnaire automobile a ainsi écoulé 4 BMW Série1 Cabriolet, 10 Série 3 Cabriolet et 13 Série 3 Coupé. « BMW est un constructeur automobile premium, connu pour être un, sinon le meilleur motoriste. L’engouement de la clientèle algérienne pour cette marque est dû en bonne partie à cet aspect et également aux performances de puissance », explique Mme Oulmane.

Par A. B.

   
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