Dans la perspective de relancer leurs relations bilatérales et multilatérales

Alger et Brasilia signent un «mémorandum d’entente»

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 27 février 2005

Un «mémorandum d’entente» entre l’Algérie et le Brésil a été signé hier à Alger par les chefs de diplomatie des deux pays, le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, et le ministre d’Etat brésilien des relations extérieures et envoyé spécial du chef de l’Etat fédéral du Brésil, Celso Luiz Nunes Amorim. Ce mémorandum à pour objectif de «relancer la coopération et le partenariat» entre Alger et Brasilia. Le texte dudit document a été paraphé hier à Djenan El Mithaq après l’entretien Belkhadem - Nunes Amorim. Un entretien qui, selon l’APS, a porté sur les questions de coopération bilatérale et les moyens de réactiver le partenariat algéro-brésilien. Belkhadem a appelé les chefs d’entreprises brésiliennes à investir en Algérie. L’examen d’une éventuelle commission mixte algéro-brésilienne a été également abordé durant cet entretien. La dernière en date remonte à près de dix-huit ans (1987). Toujours en ce qui concerne les relations bilatérales, Nunes Amorim estime que l’Algérie et le Brésil «ont beaucoup de sujets sur lesquels ils peuvent travailler ensemble». Sa visite à Alger est qualifiée de «prélude à d’autres visites encore plus importantes». L’envoyé spécial de Lula, en tournée au Maghreb et au Proche-Orient pour notamment inviter les hauts dirigeants des pays de la région au sommet prévu en mai prochain au Brésil entre le Mercosur et la Ligue arabe, a été reçu par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, lors d’une audience à laquelle ont assisté, outre Belkhadem, le directeur de cabinet à la Présidence, Larbi Belkheir, et les ambassadeurs des deux pays. Le sommet Amsud - Ligue arabe qui devrait avoir lieu les 10 et 11 mai prochain à Brasilia a, à ce propos, fait l’objet de discussions entre les deux parties. Abdelaziz Bouteflika est ainsi officiellement invité à prendre part à ce sommet. Aussi, le ministre brésilien a relevé qu’il est venu à Alger afin de transmettre une autre invitation pour une visite d’Etat au Brésil au président Bouteflika. Ce sommet qui sera co-présidé par Lula et Bouteflika sera axé sur le développement des relations économiques entre l’Amérique du Sud et le Monde arabe. Les autres questions d’intérêt commun ont été aussi passées en revue. L’Algérie et le Brésil, en tant que pays émergents, jouent des rôles axiaux non seulement dans leurs régions respectives mais aussi sur l’ensemble de la scène internationale comme cela est le cas en ce qui concerne le débat sur la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU. Le chef de la diplomatie algérienne a, dans ce cadre, salué l’action de l’Algérie en faveur des pays en voie de développement. «L’Algérie est un pays qui a toujours beaucoup lutté en faveur des pays en voie de développement», a souligné Nunes Amorim à l’issue de l’audience que lui accordée le président de la République. Une audience au cours de laquelle il n’a pas manqué d’exprimer l’aspiration du président Lula à «resserrer les liens avec l’Algérie». Arrivé vendredi à Alger, Nunes Amorim a affirmé que sa visite s’inscrit également dans le prolongement de la promotion des relations bilatérales et des échanges commerciaux entre l’Algérie et le Brésil. Les échanges commerciaux entre les deux pays se sont élevés en 2004 à 2,3 milliards de dollars, dont 1,9 milliard de dollars d’exportations algériennes vers le Brésil. De ce fait, l’Algérie est le premier partenaire économique arabe du Brésil et le second en Afrique derrière le Nigeria. Surclassant un régime franchement libéral durant la décennie écoulée, et depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2002 porté par environ 53 millions de voix (taux de 61%), Luiz Inacio Lula da Silva au Brésil, comme beaucoup de leaders latino-américains parvenus aux rênes d’autres capitales de l’Amsud en couleurs rose rouge, a dû se rendre à l’évidence qu’être de gauche n’est pas antinomique avec l’économie de marché.Les principaux partenaires commerciaux du Brésil étant les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne et, bien évidemment, les pays membres du Mercosur. Si le soja ou le café brésilien atteignent bien des pays du Maghreb et du Proche-Orient, les hydrocarbures ou les dattes de cette région du monde parviennent, inversement, jusqu’aux ports des rivages centraux du sud-ouest de l’Atlantique, du côté de Rio de Janeiro, Recife, Belem, Santos, Vitoria, Porto Alegre ou autres. Ayant vécu une situation économique étouffante dès le milieu des années quatre-vingt à la suite de la récession internationale de cette décennie-là, le Brésil, au même titre que l’Algérie, a pu remonter la pente grâce à ses plans d’ajustement et souffler quelque peu sur le plan financier surtout, et ce n’est là qu’une simple illustration, qu’il est le second plus important exportateur de produits agricoles. Le président de l’Etat fédéral du Brésil, ex-syndicaliste de la métallurgie avant de fonder le Parti des travailleurs et de parvenir à siéger à Brasilia, la capitale administrative et politique du pays, accorde aussi une importance de premier plan aux autres secteurs, notamment celui industriel et touristique. Le Brésil -peu peuplé au départ, soit il y a cinq siècles avec l’arrivée des Portugais-, compte aujourd’hui plus de 170 millions d’habitants dont près de 54 millions sont pauvres et est donc engagé, sous l’impulsion de Lula, le «candidat du peuple», dans un rude et long combat contre la misère sous les yeux attentifs du FMI et des institutions financières internationales.

Y. H.

   
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